Politique

Tchad : sur qui Mahamat Idriss Déby s’appuie-t-il pour dialoguer avec les rebelles ?

Réservé aux abonnés
Mis à jour le 20 août 2021 à 16:21

Mahamat Idriss Déby, à N’Djamena, le 12 juin 2021.

Le 17 août, le président de la transition tchadien a dévoilé les noms des membres du comité technique spécial chargé de mettre en place un dialogue avec les groupes « politico-militaires ». Décryptage.

Mahamat Idriss Déby Itno a choisi de faire confiance à Goukouni Weddeye, qui présidera le « comité technique spécial relatif à la participation des politico-militaires au dialogue national inclusif ». L’ancien président n’est pas novice dans le rôle de médiateur avec les éléments frondeurs de certaines régions tchadiennes : ces dernières années, il avait été l’un des rouages du système mis en place par feu Idriss Déby Itno pour dialoguer avec les notables rebelles du Tibesti.

Selon nos sources, il a participé à plusieurs médiations entre les frondeurs de Miski, à la demande de l’ex-maréchal, qui avait aussi dépêché sur place son fils, actuel président de la transition. En 2018 déjà, Goukouni Weddeye, très influent au sein de sa communauté gorane, avait entamé une démarche entre les mécontents du Tibesti et le gouvernement du Premier ministre Albert Pahimi Padacké, aujourd’hui chef du gouvernement de la transition.

Onze généraux

Deux autres membres du comité devraient former l’avant-garde du pouvoir dans les discussions avec les groupes « politico-militaires » proches des Goranes : Moussa Medella Youssouf et Oumar Souni. Le premier est très influent au sein des communautés du Kanem, région au sein de laquelle ont eu lieu les derniers combats avec le Front pour l’alternance et la concorde au Tchad de Mahamat Mahdi Ali (lui-même originaire de cette zone) – dans lesquels Idriss Déby Itno a trouvé la mort.

Le second est quant à lui un pilier de la communauté gorane et surtout le père d’une des épouses de Mahamat Idriss Déby Itno, Dahabaye Oumar Souni, par ailleurs directrice des relations publiques de la présidence depuis 2018 et actuelle conseillère technique aux médias au sein du palais. Dix autres généraux siégeront au comité, dont Oki Dagache, qui fait figure de chef de file de l’ancienne garde rapprochée militaire d’Idriss Déby Itno.

L’ombre de Mahamat Idriss Déby Itno et de l’ANS

Selon nos informations, Mahamat Idriss Déby Itno a choisi de suivre personnellement les avancées des travaux. Parmi les 29 nommés au comité figurent ainsi deux de ses plus proches collaborateurs : Aziz Mahamat Saleh, son directeur de cabinet et Idriss Youssouf Boy, son secrétaire particulier. Ce dernier est le frère d’un autre membre du comité, le général Tahir Youssouf Boy, et le fils de Youssouf Boy, ancien patron de la garde présidentielle et beau-frère d’Idriss Déby Itno décédé en 2008. Les deux hommes seront chargés de faire le lien avec le président de la transition.

Idriss Youssouf Boy a également été choisi pour son réseau dans les services de renseignement tchadien, l’Agence nationale de sécurité (ANS), dont il a été le directeur adjoint. Autre ponte de l’agence présent dans le comité technique : Ahmed Kogri, directeur de l’ANS depuis 2017. Très connecté en France, où il a été en partie formé et où il a travaillé, proche de la DGSE et des renseignements français, il devrait faire jouer ses réseaux dans les discussions avec les rebelles de la diaspora.

La composition complète du comité

Goukouni Weddeye, Nassour Guelendouksia Oueidou, Mariam Mahamat Nour, Aziz Mahamat Saleh, Idriss Youssouf Boy, Moussa Medella, Oki Dagache, Saleh Bakay, Ahmat Koussou, Mahamat Saleh Kaya, Oumar Bahar, Mornadji Mbaissanabe Kar Ouba, Hamat Issaka Diar, Aboubakar Sidick Choroma, Hissein Tahir Sougoumi, Wardougou Bechir, Tahir Youssouf Boy, Ahmed Kogri, Oumar Souni, Soumaine Hassan, Idriss Dokony Adiker, Ali Gourane, Alhadj Adam Fadoul, Allamine Bourma Treye, Fatime Tchombi, Aboubarkar Siddick Amine, Youssouf Abakar, Yesko Bolou, Saleh Haggar Tidjani.