Économie

Tony Elumelu : « La libre circulation des biens est le cœur du problème »

Le milliardaire et philanthrope nigérian, à la tête de Heirs Holdings et de United Bank for Africa, estime que le commerce intra-africain va changer le visage de l’économie du continent.

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Mis à jour le 23 août 2021 à 09:51

Lors de la conférence Invest for Growth in Africa, organisée par France Invest, à Paris, le 30 octobre 2019. © Vincent Isore/IP3 PRESS/MAXPPP

Les ambitions dans le secteur énergétique de l’entrepreneur nigérian Tony Elemelu prennent forme : le champ pétrolifère Oil Mining Lease (OML 17), racheté en janvier 2021 par le milliardaire, est désormais connecté à sa centrale électrique d’Afam, dans l’État de Rivers, d’une capacité de 966 MW, dont il a pris le contrôle en novembre 2020.

Redressement économique

« La prochaine étape sera le raccordement à OML 17 de ma cuisine à gaz personnelle », s’amuse Tony Elumelu, interrogé par The Africa Report/Jeune Afrique. L’ajout de la centrale d’Afam aux actifs de Heirs Holdings, la société d’investissement du philanthrope, a permis d’accroître la puissance du parc électrique qu’il contrôle à 1 936 MW, en tenant compte de la centrale d’Ughelli, dans l’État du Delta.

Le redressement économique du Nigeria a également profité au groupe, qui couvre aujourd’hui presque tous les secteurs de l’économie du pays. Le taux d’occupation du Hilton Abuja, propriété d’Heirs Holdings, « était tombé » à 20 % pendant la pandémie et est remonté à 60-70 % plus récemment », se réjouit Tony Elumelu. À cela s’ajoute, selon les chiffres du premier trimestre, la hausse de plus de 24 % des bénéfices pour le groupe de l’United Bank for Africa (UBA), présente dans 20 pays africains.

Nous nous améliorons dans la circulation  des personnes et des capitaux

Pour Tony Elumelu, l’Afrique connaîtra bientôt de véritables changements grâce à l’intégration économique régionale. Alors que l’expansion géographique d’une entreprise à l’échelle continentale est considérée par certains comme un handicap, le patron nigérian estime, au contraire, que le réseau de l’UBA deviendra un atout lorsque le commerce intra-africain décollera.

« Nous nous améliorons dans la circulation des personnes et des capitaux. Le cœur du problème réside au niveau des marchandises. J’aimerais voir des économies africaines où les marchandises sont dédouanées en moins de deux heures, à leur arrivée au port », explique le tycoon nigérian.

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Si les résultats d’UBA sont en hausse, la partie n’a pas été aisée. En 2020, la Banque centrale du Nigeria (CBN) a fait sortir 900 milliards de nairas (2,2 milliards de dollars) hors du système bancaire en augmentant de 27,5 % le taux de réserve de liquidités obligatoires, tout en mettant la pression sur les banques pour qu’elles prêtent davantage au secteur privé.

« Soyons justes envers notre régulateur, la Banque centrale a un mandat qui tient compte d’indicateurs comme la liquidité, l’inflation, avec ses objectifs propres, explique Elumelu. Elle n’est pas motivée par le profit ; elle veut accélérer le développement du pays. En tant que président de banque, je ne souhaite pas l’augmentation du ratio de réserves de liquidités, mais je peux comprendre que pour la CBN ce soit un outil non négligeable pour réaliser ses politiques monétaires. »

Prêts non performants

Que penser alors des directives de la CBN visant à prêter davantage aux PME, souvent confrontées à des taux d’intérêt à deux chiffres par les banques, dont UBA ?

Le philanthrope, dont la fondation offre un « un capital d’amorçage non remboursable, une formation et un encadrement » aux jeunes entreprises, sait les difficultés qu’il y a à leur apporter l’appui nécessaire pour qu’elles puissent décoller.

Pour autant, s’empresse-t-il d’ajouter : « Il y a des banques qui essaient. Et elles se retrouvent avec des prêts non performants à gérer. Les opérateurs économiques ne peuvent pas “surperformer” leur environnement macroéconomique, avertit Tony Elumelu. Et les mêmes autorités qui vous poussent à prêter davantage reviendront vous dire que vos prêts douteux sont élevés. Au point de vous exposer à des sanctions ! »