Santé

Au-delà du Covid, l’équité vaccinale doit devenir la norme

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Mis à jour le 23 août 2021 à 19h53

Par  Dr Catherine Kyobutungi

Epidémiologiste et directrice exécutive du Centre africain de recherche sur la population et la santé

Vaccination contre le Covid, à l’hôpital d’Accra, au Ghana, le 19 mai 2021.

Vaccination contre le Covid, à l’hôpital d’Accra, au Ghana, le 19 mai 2021. © Seth/Xinhua/Rea

La pandémie actuelle a révélé la dépendance de l’Afrique envers le reste du monde en matière de santé. Il est temps d’y remédier.

L’importance que revêtent, dans nos sociétés, les principes d’équité et d’inclusion fait l’objet d’une prise de conscience mondiale.

Aujourd’hui, chacun s’accorde à dire qu’une répartition égale des ressources est essentielle pour faire face à la plupart des défis sanitaires. Les problèmes de santé publique les plus graves peuvent presque tous être résolus, mais les solutions ne sont pas facilement accessibles à ceux qui en ont le plus besoin. Là réside l’iniquité.

En juin, moins de 1% des Africains avaient reçu deux doses. »

Bien que ces disparités et inégalités ne soient pas nouvelles, la discussion prend de l’ampleur. Alors que la planète est engagée dans une course contre la montre pour mettre fin à la pandémie de Covid-19, un facteur y fait obstacle : l’iniquité vaccinale.

Vagues dévastatrices

En juillet 2021, 85 % des doses de vaccin administrées dans le monde l’avaient été dans des pays à revenus élevés et intermédiaires supérieurs, et moins de 1 % dans des pays à faibles revenus. Or les pays à revenus intermédiaires et faibles représentent plus des trois quarts de la population mondiale.

Le continent africain est probablement celui qui souffre le plus de cette inégalité. Alors qu’il abrite 17 % de la population mondiale, seules 4 doses pour 100 personnes ont été administrées à ce jour, contre 76 en Amérique du Nord, 74 en Europe, 48 en Amérique du Sud et 46 en Asie.

En juin 2021, moins de 1 % des Africains avaient reçu deux doses. Moins de 2 % des 2,7 milliards de doses de vaccin contre le Covid-19 administrées dans le monde l’avaient été en Afrique.

À l’évidence, l’inégalité de cette distribution freine la réponse mondiale à la pandémie. Alors que la vie est sur le point de revenir à la normale dans les pays à forts taux de vaccination, plusieurs États à faibles taux de vaccination sont aux prises avec des vagues dévastatrices : nouvelles infections, hausse du nombre de personnes hospitalisées et des décès.

Propagation des variants

Parallèlement, la propagation de nouveaux variants, principalement parmi les non vaccinés dans les pays où la population a été largement vaccinée, fait craindre une résurgence du virus dans ces pays.

Selon l’OMS, l’Afrique risque fort de se trouver face à une troisième vague, en raison du trop lent déploiement du vaccin et de la propagation des variants. Si tel était le cas, les systèmes de santé du continent, déjà sous pression, seraient mis à rude épreuve. Cela entraînerait davantage de décès et l’érosion des acquis obtenus dans la lutte contre le VIH/sida, la tuberculose, le paludisme, la santé maternelle et infantile, etc.

La question de l’iniquité vaccinale doit donc être abordée au plus vite. Personne n’est en sécurité tant que tout le monde n’est pas en sécurité ; il est temps d’agir.

Une distribution équitable des vaccins est essentielle à la reprise économique mondiale. »

La communauté mondiale doit se mobiliser rapidement, faute de quoi nous risquons de prolonger la pandémie. Les pays, quels que soient leurs pouvoirs d’achat respectifs, doivent travailler de concert pour éliminer les obstacles à l’accès aux vaccins, et entreprendre des actions visant à renforcer la chaîne approvisionnement-production- distribution.

Indépendance

Au-delà du risque de prolongation de la pandémie qu’elle fait courir, l’iniquité vaccinale a amplifié les inégalités sanitaires et financières à l’échelle planétaire. Selon la Banque mondiale, une distribution équitable des vaccins est essentielle à la reprise économique mondiale.

Les dirigeants, les gouvernements, le secteur privé et la communauté scientifique doivent redoubler d’efforts pour renforcer la recherche vaccinale contre le Covid-19. Ils doivent aussi lever les obstacles à la distribution mondiale de vaccins et les facteurs limitant leur accès.

L’Afrique ne produit que 1% des vaccins utilisés sur le continent pour la prévention des maladies infantiles. Cela  illustre la nécessité d’augmenter les capacités de fabrication de médicaments ou de vaccins, et de renforcer les organismes de réglementation du continent.

À plus long terme, les pays à revenus faibles et intermédiaires doivent lutter pour acquérir une indépendance vaccinale en investissant dans leurs propres capacités de fabrication. Le CDC Afrique, par exemple, met en œuvre un plan visant à ce que cette production ne couvre plus 1% mais 60% des besoins du continent d’ici à 2040.

En Ouganda, au Nigeria, des candidats vaccin sont en cours d’élaboration. »

En outre, les gouvernements africains doivent continuer à investir dans la recherche scientifique locale, sur le Covid-19 comme sur les maladies infectieuses en général, qui menacent le développement. Des recherches prometteuses ont vu le jour en Ouganda et au Nigeria, où des candidats vaccins contre le Covid-19 sont en cours d’élaboration.

Ces exemples pourraient inspirer de nombreux autres pays. L’Afrique sera plus proche de l’équité vaccinale à l’avenir si elle dispose de ses propres candidats vaccins, qu’ils soient fabriqués sur le continent ou ailleurs.

Barrières commerciales

Atteindre cette équité relève également d’un effort mondial. Les pays développés doivent augmenter leur allocation de vaccins, accroître leur aide financière au programme AMC de la Covax et à d’autres initiatives visant à fournir des vaccins aux pays à revenus faibles et intermédiaires. Les pays du G7 ont ainsi promis 870 millions de doses  supplémentaires à la Covax et aux pays à faibles revenus. Il est indispensable que ce mouvement se poursuive.

Les fabricants doivent faire en sorte d’augmenter leur production jusqu’à qu’il y ait un nombre de doses suffisant pour vacciner la majeure partie de la population mondiale.

Il est tout aussi important que la communauté scientifique mondiale continue de développer de nouveaux vaccins, sûrs et efficaces, contre le Covid-19 car disposer de davantage d’options augmentera les disponibilités globales de vaccins.

Les gouvernements doivent investir dans des campagnes de sensibilisation. »

Pour les pays à revenus élevés, intensifier le partage des doses excédentaires est un impératif. Il incombe aux gouvernements du monde entier de réduire les obstacles à la chaîne d’approvisionnement, à la fabrication et à la distribution de vaccins : barrières commerciales, contrôles à l’exportation et goulets d’étranglement réglementaires.

L’Afrique et les autres pays à revenus intermédiaires de la tranche inférieure doivent éliminer les obstacles à l’équité vaccinale dans leur propre pays (mauvaise distribution, désinformation, etc.) et veiller à ce que les vaccins soient largement distribués, en particulier aux personnes à risque. Il est de la responsabilité des gouvernements d’investir davantage dans des campagnes de sensibilisation portant sur l’innocuité et l’efficacité des vaccins.

Le monde peut devenir meilleur et plus fort. L’équité vaccinale est un moyen d’y parvenir.

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