Économie

Aérien : les compagnies locales font une entrée risquée dans le ciel nigérian

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Mis à jour le 24 août 2021 à 11:07

Bombardier CRJ 900 de la compagnie Ibom Air, à Lagos, le 05 mai 2020.

Depuis 2013, le Nigeria ne possède plus de pavillon national mais des compagnies locales ont décidé de s’aventurer sur le marché intérieur.

Le trafic aérien n’a pas cessé son activité malgré l’arrêt des vols de Nigeria Airways grâce à l’émergence de plusieurs compagnies locales. Plus de vingt compagnies aériennes ont obtenu des licences d’exploitation. Trois d’entre elles ont fait décoller des appareils jusqu’à présent : United Nigeria, qui a commencé ses vols en février, Ibom Air, financée par l’État, et Green Africa Airways, qui a opéré son premier vol au début du mois d’août.

Néophytes de l’industrie aérienne, les petites compagnies locales vont devoir vite apprendre à coopérer davantage, explique Seyi Adewale, PDG de la compagnie nigériane de fret Mainstream Cargo, à The Africa Report/Jeune Afrique. La compagnie aérienne Ibom Air a annoncé en mai 2021 le tout premier accord de partage de code au Nigeria, avec Dana Air. D’autres accords de ce type seront nécessaires, précise Seyi Adewale. S’ils peuvent être réalisés, ils seront « une excellente opportunité pour tous ».

Les arguments en faveur de cette coopération sont multiples selon l’expert nigérian. Il explique que le secteur aéronautique devrait s’élargir dans les prochaines années du fait du manque d’infrastructures routières dans le pays et du fait que les différents états de la Fédération souhaitent générer leurs propres revenus et cherchent donc à inciter les entreprises à venir s’installer dans leur région en particulier. 

Un avion Dana airline à l’aéroport Murtala Muhammed de Lagos, Nigeria.

Sunday Alamba/AP/SIPA

Une monnaie trop faible 

Toutefois, ces ambitions pourraient vite être revues à la baisse à cause de la faiblesse de la monnaie nigériane qui reste « le principal problème auquel sont confrontées les compagnies aériennes locales », affirme Seyi Adewale. La plupart des coûts des compagnies aériennes sont en dollars américains, alors que leurs revenus sont en nairas. Pour répercuter plus efficacement les coûts de faiblesse de la devise nationale sur leurs clients, les compagnies aériennes ont choisi de fixer leurs tarifs en nairas en fonction du taux du dollar sur le marché des changes.

De son côté, le gouvernement fédéral tente d’allouer plus de dollars aux compagnies aériennes et de leur accorder des dérogations à certaines taxes aériennes. Certains se demandent combien de temps pourra durer cette politique qui n’est pas viable à long terme, explique depuis Lagos Tolu Odutola, pilote nigérian et expert du secteur de l’aviation. « Les compagnies aériennes doivent au moins couvrir leurs frais d’exploitation. J’espère qu’elles ont gardé des atouts dans leurs manches que nous n’avons pas encore vus », ajoute-t-il. 

Selon ce pilote, Ibom Air, compagnie qui appartient au gouvernement de l’état d’Akwa Ibom, a fait de son côté « tous les bons choix ». La compagnie aérienne assure des vols quotidiens entre Uyo, Lagos, Abuja, Calabar et Enugu et a ajouté Port Harcourt en juin dernier. Pourtant, même Ibom Air ne sera pas capable de supporter ses pertes à long terme. Il ajoute que la récente dévaluation du naira, qui n’est probablement pas la dernière, pourrait se révéler coûteuse pour les compagnies aériennes et les passagers. 

« La plupart de nos clients n’ont pas les moyens de payer le prix du billet. Certains d’entre eux ont dû annuler leur voyage en raison du coût élevé », regrette le pilote.

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Gouvernance défaillante

Pour toutes ces raisons, le Nigeria a encore du mal à développer une industrie aérienne performante. En effet, il n’y a pas de compagnie nationale et l’Autorité de l’aviation civile nigériane (NCAA) a pointé du doigt des faiblesses dans la gouvernance interne pour expliquer les échecs commerciaux précédents. 

Selon la NCAA, les compagnies aériennes se sont concentrées sur les besoins des classes supérieures à hauts revenus et n’ont pas réussi à développer des offres pour les clients ordinaires. 

Le Nigeria n’est « pas prêt » à avoir une compagnie aérienne nationale, affirme le pilote Tolu Odutola. Il faut pour cela une période de croissance et un processus de consolidation pour les petites compagnies. Beaucoup considèrent que cette consolidation est nécessaire. En effet, les petites compagnies fonctionnent actuellement avec le minimum d’équipement requis, ce qui fait augmente le risque d’incidents et d’accidents. 

De plus, la faiblesse de la monnaie nationale est susceptible d’accélérer le processus : pour une petite compagnie il faut décider rapidement s’il est viable de rester en activité. Celles qui pourront éventuellement faire partie de la future compagnie nationale devront être choisies en fonction de leur mérite : un projet d’association et de partage de code entre compagnies aériennes pourrait leur permettre de mieux s’en sortir. Pour le pilote Todo Odutola, ce projet va prendre au moins trois ans. Autrement dit : le plus tôt les nouvelles compagnies aériennes s’associeront en termes de partage de codes, plus elles seront nombreuses à survivre.