Politique

Mali – Côte d’Ivoire : que reproche-t-on à Ben Souk, le proche de Soro arrêté à Bamako ?

Réservé aux abonnés | | Par - à Bamako, avec Aïssatou Diallo, à Abidjan
Mis à jour le 17 août 2021 à 18h09
Sess Soukou Mohamed, dit Ben Souk.

Sess Soukou Mohamed, dit Ben Souk. © Compte Twitter Bensouk

Cet ancien député ivoirien, proche de Guillaume Soro, a été interpellé à Bamako le 10 août. Pourquoi, et dans quelles circonstances ?

L’affaire fait couler beaucoup d’encre au Mali. Et pour cause : son principal protagoniste n’est autre que Sess Soukou Mohamed, dit Ben Souk. Cet ancien député de Dabou (Côte d’Ivoire) est un proche de Guillaume Soro, l’ex-président de l’Assemblée nationale ivoirienne, aujourd’hui en exil. Son interpellation, le 10 août à Bamako, complète le tableau de chasse du procureur de la Commune-IV, Idrissa Hamidou Touré.

Le 11 août, ce dernier a précisé dans un communiqué que Ben Souk avait été interpellé en vertu d’un « mandat d’arrêt international [émis] le 16 novembre 2020 » par la justice ivoirienne, qui l’accuse « d’actes subversifs pouvant admettre une qualification pénale, commis sur le territoire national ».

Ne le voyant pas revenir, ses amis ont d’abord pensé à un enlèvement. »

Selon Idrissa Hamidou Touré, une commission d’enquête préliminaire, dirigée par la gendarmerie, a été diligentée « pour identifier les différentes implications et déterminer leur volonté criminelle en vue d’une saine application de la loi ».

Le 10 août, ne voyant pas revenir Ben Souk, ses proches ont d’abord pensé à un enlèvement. « On a cru que [le président ivoirien] Alassane Ouattara l’avait kidnappé », explique Mme Hadja Assa Sow, dont Ben Souk a épousé la fille. C’est alors qu’il rendait visite à cette dernière, dans le quartier populaire de Doumanzana, que l’ancien député a été arrêté, en plein jour. Selon Assa Sow, il a été appréhendé par des hommes en civil qui l’ont embarqué dans un 4×4 gris aux vitres teintées.

« Un lieu tenu secret »

Où est-il détenu ? « Des connaissances à la SE [Sécurité d’État] m’ont dit qu’il était interrogé là-bas, affirme Assa Sow. Je suis son jatigui [son hôte], et tout ce qui lui arrive me concerne. C’est le beau-frère des Maliens, et on ne peut pas livrer son beau-frère. »

Assa Sow dit avoir saisi la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH). Celle-ci a également cru a un enlèvement, jusqu’à la publication du communiqué du procureur. En revanche, insiste Aguibou Bouaré, son président, l’information selon laquelle Ben Souk serait détenu dans les locaux de la SE n’est pas confirmée.

Contestant la légalité de l’arrestation de leur client, les avocats de Ben Souk ont regretté, dans un communiqué publié le 16 août, que ce dernier ait été « conduit dans un lieu tenu secret » sans que quiconque en ait été informé. Ils dénoncent, en outre, une « entorse aux règles du droit », affirmant que l’ancien député n’a pas reçu « de convocation régulière [de la part] des autorités maliennes » et insistant sur le fait que la Côte d’Ivoire n’est pas « un pays sûr » vers lequel il pouvait être extradé.

Il connaît Guillaume Soro depuis l’époque où celui-ci dirigeait la Fesci. »

En Côte d’Ivoire, Ben Souk passe pour l’un des plus anciens camarades de Guillaume Soro, qu’il a rencontré au temps où celui-ci dirigeait la Fédération estudiantine et scolaire de Côte d’Ivoire (Fesci). Il est aussi membre de Générations et peuples solidaires (GPS), le mouvement que dirige Soro.

Condamné à vingt ans de prison

Depuis décembre 2019, date du retour avorté de ce dernier en Côte d’Ivoire, plusieurs membres de GPS,  accusés de comploter contre le régime d’Alassane Ouattara, ont été arrêtés. Soro lui-même a été condamné à la prison à la perpétuité, le 23 juin dernier, pour tentative d’atteinte à la sûreté de l’État.

Accusés de « complot », « atteinte à la sureté de l’État » et « diffusion de fausses informations », une vingtaine de ses proches ont été jugés en même temps que lui, parmi lesquels Souleymane Kamagaté, son ex-chef du prococole, ou l’ex-ministre Affoussiata Bamba Lamine, son avocate. Ben Souk, lui, a écopé d’une peine de vingt ans de prison, et le ministère ivoirien de la Justice a formulé une demande d’extradition à son encontre.

Ses avocats disent néanmoins ne pas avoir connaissance d’un mandat d’arrêt et s’étonnent que le procureur évoque un document émis en novembre dernier, plusieurs mois avant le procès au terme duquel leur client a été condamné.

Cache-sexe

« Le communiqué du procureur fait mention d’un mandat d’arrêt émis en novembre 2020, insiste Moussa Touré, responsable de la communication au sein du GPS. Il évoque des actes de désobéissance civile [pour protester contre la candidature de Ouattara à un troisième mandat]. Mais toutes les personnes interpellées dans le cadre de cette affaire ont été remises en liberté, notamment Pascal Affi N’Guessan, sur lequel pesaient pourtant seize chefs d’accusation. » Moussa Touré dénonce « un cache-sexe pour justifier a posteriori cette arrestation ».

Ses relations avec l’imam Mahmoud Dicki gênent Abidjan. »

Depuis plusieurs mois, Ben Souk vivait à Bamako. Plusieurs de nos sources le présentent comme un émissaire discret entre Soro et Mahmoud Dicko. Il fréquentait en effet chaque vendredi la mosquée où prêche l’influent imam. « Son activisme auprès de Dicko gêne énormément à Abidjan », croit savoir Moussa Touré.

Karim Keïta en échange ?

L’interpellation de Ben Souk survient alors que les liens entre Bamako et Abidjan se sont distendus à la suite du coup de force d’Assimi Goïta, en mai dernier. Le Mali espère-t-il rentrer dans les bonnes grâces de la Côte d’Ivoire, qui prônait l’adoption de sanctions contre les militaires en mai dernier ? Le président de la transition malienne a offert trente moutons à Alassane Ouattara lors de la fête de l’Aïd et, le 10 août, il a envoyé son Premier ministre, Choguel Maïga, assister au 27e congrès de l’Union postale universelle (UPU), à Abidjan.

Escompte-t-il qu’Abidjan acceptera, en retour, de lui livrer Karim Keïta ? C’est du moins ce que redoute Me Kassoum Tapo, l’un des avocats du fils de l’ancien président malien, réfugié en Côte d’Ivoire. La justice malienne souhaite en effet l’interroger sur la disparition, en 2016, du journaliste d’investigation Birama Touré. Un mandat d’arrêt international a été émis contre lui, mais Kassoum Tapo a demandé son annulation.

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