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Les charniers de Korhogo

La nouvelle – nous l’annoncions dès le 18 juillet (n° 2271) – est un sérieux coup dur pour les Forces nouvelles : un communiqué du 2 août de l’Opération des Nations unies en Côte d’Ivoire (Onuci) « confirme l’existence à Korhogo, dans le nord du pays sous contrôle rebelle, de trois charniers contenant au moins 99 corps. Certaines de ces personnes sont mortes par balles. Selon les témoignages concordants et dignes de foi, d’autres sont décédées par asphyxie ».
Ces conclusions accablantes sont le fait d’une « mission d’établissement des faits » mise en place par l’Onuci, à la suite des soupçons de graves violations des droits de l’homme au cours des affrontements des 20 et 21 juin. Ils ont opposé à Bouaké mais aussi à Korhogo la direction des Forces nouvelles à des « dissidents » fidèles au sergent-chef Ibrahim Coulibaly, alias « IB », mis ne examen et placé sous contrôle judiciaire en France depuis bientôt un an. Il a été arrêté à Paris et accusé de préparer, en association avec des mercenaires qu’il aurait recrutés, une action de déstabilisation de la Côte d’Ivoire…
Diligentée par des chargés de droits de l’homme et des éléments de la police civile de l’Onuci, la mission d’établissement des faits s’est rendue à Korhogo du 1er au 12 juillet, puis du 22 au 26 juillet. Elle a bénéficié de la protection de militaires onusiens et de la force Licorne. Mais aussi, reconnaissent les enquêteurs, de la collaboration des autorités politiques et militaires des Forces nouvelles, dont le porte-parole, l’adjudant Antoine Beugré, a précisé : « Nous n’avons pas reçu de rapport. Ce que nous savons, c’est qu’il y a eu des combats les 20 et 21 juin, il y a eu des morts, ils ont été enterrés. »
Le rapport sur cette macabre découverte sera très prochainement remis à la Commission d’enquête internationale chargée de faire la lumière sur toutes les violations des droits de l’homme commises en Côte d’Ivoire depuis le 19 septembre 2002 jusqu’au 24 janvier 2003, date de la signature des accords de Marcoussis. Lesdits accords avaient décidé de sa mise en place mais, composée de cinq membres, elle n’a commencé ses travaux d’investigation qu’à la mi-juillet.
Ses conclusions pourraient venir encore allonger la longue liste des morts et des disparus depuis bientôt deux ans. Car ce n’est pas la première fois que les différentes forces impliquées dans le conflit ivoirien sont épinglées sur le terrain des droits humains. Le 6 octobre 2002, une soixantaine de gendarmes loyalistes et une cinquantaine de leurs enfants ont été abattus par des éléments de la rébellion dans une caserne à Bouaké. Révélé par une agence de presse catholique, ce massacre ne sera confirmé que plus tard par Amnesty International.
En décembre 2002, plusieurs dizaines de corps ensevelis sont découverts par des soldats français à Monoko Zohi, dans l’ouest du pays. Ces exécutions sont attribuées aux forces loyalistes. Les 25 et 26 mars, une sanglante répression d’une « marche pacifique » de l’opposition fait plus de 120 morts, selon l’ONU, qui met en cause les « les plus hautes autorités de l’État ».
La révélation de l’existence de charniers à Korhogo intervient au moment où la communauté internationale tente laborieusement de faire redémarrer un processus de paix en panne depuis plusieurs mois. Et risque de relancer une polémique préjudiciable audit processus. Diabaté Beh, porte-parole du Collectif des victimes du Nord, est déjà monté au créneau le 5 août, estimant les victimes à au moins 300 morts. Il a commis un pool d’avocats et devait porter plainte contre tous les dirigeants politiques et militaires des Forces nouvelles, le 9 août. Le jour même où Guillaume Soro et ses camarades sont attendus à la table du Conseil des ministres.

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