Économie

Banque : comment Bernard Koné Dossongui a bouclé le « deal de l’année »

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Mis à jour le 7 septembre 2021 à 17:59

Bernard Koné Dossongui, patron d’Atlantic Financial Group. © DR

L’opération la plus marquante l’an passé a impliqué Atlantic Financial Group, BNP Paribas et Banque centrale populaire. Plongée dans les coulisses d’un coup de maître.

« Une très belle opération. » Devant la technicité du montage qui a permis à l’Ivoirien Bernard Koné Dossongui de reprendre les filiales malienne, comorienne et gabonaise de BNP, il y a un an, les experts sont unanimes : la sophistication du « deal » est remarquable, et rare en Afrique francophone. Les guillemets marquent ici à la fois l’anglicisme employé et le fait que, derrière l’opération, une partie délicate à trois rebonds s’est en réalité jouée.

Notable également, le fait que l’opération se soit déroulée dans un contexte économique incertain avec, malgré tout, l’implication de cinq pays d’Afrique subsaharienne, ainsi que du Maroc et de la France.

« Cette transaction transfrontalière, impliquant plusieurs juridictions – au Mali, au Gabon, en Côte d’Ivoire, au Togo et au Cameroun –, a été réalisée pendant les moments particulièrement difficiles de la pandémie de Covid-19 », souligne le cabinet Clifford Chance à Casablanca, dont les équipes emmenées par Mustapha Mourahib et Ouns Lemseffer, avec Yasmine Andalous et Meriem Komiha, ont représenté le groupe marocain Banque centrale populaire (BCP), colosse au produit net bancaire de 1,74 milliard d’euros en 2020.

Financement structuré

Le holding bancaire et d’assurance de Koné Dossongui, Atlantic Financial Group (AFG), a en effet acquis en mars, mai et octobre 2020 la totalité des titres mis en vente, dès 2019, par BNP Paribas au Mali (Bicim), aux Comores (BIC Comores) et au Gabon (Bicig) pour plusieurs dizaines de millions d’euros.

BCP devrait également reprendre la participation d’AFG dans Atlantic Business International

Prêteur de l’opération : le marocain BCP, à travers sa filiale Chaabi International Bank Offshore. Représenté par le bureau marocain de Clifford Chance en tant que chef d’orchestre de l’opération, BCP, chargé de la structuration de l’opération, devrait également reprendre la participation d’AFG dans Atlantic Business International.

Ce holding est le résultat de l’alliance conclue entre Dossongui, BCP et, plus tard, le capital-investisseur britannique DPI, pour chapeauter le réseau Banque Atlantique au sud du Sahara.  La revente des parts du groupe de Koné Dossongui permet en effet de financer en partie le rachat des filiales de BNP Paribas.

Selon nos informations, en contrepartie de cet appui financier, le géant marocain a obtenu du groupe de l’entrepreneur ivoirien une série de garanties.

« Dans le cadre de l’acquisition par AFG de l’intégralité des titres de BNP Paribas dans la Bicim, un certain nombre de garanties (nantissement de titres ou de créances…) devaient être apportées par d’autres sociétés du même groupe, impliquant notamment Banque Atlantique Cameroun », précise Christine Ewande Moutome, avocate au sein du cabinet Nyemb, qui est intervenue sur les aspects de droit camerounais de l’opération.

Armada juridique

Conseillé par le cabinet Viguié Schmidt & Associés, appuyé par le cabinet Chauveau en Côte d’Ivoire, AFG a ainsi réuni une équipe de juristes locaux pour reproduire le schéma appliqué au Cameroun au niveau des autres filiales subsahariennes.

Une triple prouesse : juridique, technique et relationnelle


 

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Ainsi, le cabinet Adama Doe-Bruce a été impliqué au Togo, FSD Conseils au Mali et Project Lawyers au Gabon. Là encore, les experts du droit ont relevé qu’il n’était pas courant que les sûretés et autres garanties requises dans le cadre d’un financement structuré proviennent des filiales pour remonter vers le holding. L’inverse est la norme. Ce qui contribue également au caractère inédit de ce deal.

Enfin, pour les avocats qui sont intervenus sur le dossier, la prouesse aura aussi été relationnelle. Une dizaine de cabinets ayant dû se mettre d’accord, sur la transaction et sur le prix. « L’inverse est beaucoup plus fréquent », glisse un avocat d’affaires qui a souhaité conserver l’anonymat.