Politique

Centrafrique : qui est Alhissen Algoni, le jeune tombeur de Karim Meckassoua ?

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Mis à jour le 16 août 2021 à 10:33

Karim Meckassoua, député centrafricain.

Il a déposé la requête qui a fait tomber l’opposant Karim Meckassoua, destitué de son poste de député par la Cour constitutionnelle. Portrait d’un jeune homme méconnu mais qui ne manque pas de soutiens.

Visage jeune et tout sourire, Alhissen Algoni arbore l’écharpe du parlementaire centrafricain et salue chaleureusement chacun de ses invités du jour. Parmi eux, des notables du quartier PK5, des membres des associations de la jeunesse et des femmes du quartier, mais aussi quelques soutiens politiques. Félicitations, accolades et éclats de rires sont de rigueur. Boissons et nourritures aussi, en ce début d’après-midi du 12 août. À cet instant, Alhissen Algoni vient officiellement de devenir député de la deuxième circonscription du 3ème arrondissement de Bangui, après la décision de la Cour constitutionnelle prononçant la déchéance de Karim Meckassoua.

« Faire tomber Meckassoua est une grande fierté »

Deux mois plus tôt, c’était pourtant ce dernier qui avait été déclaré vainqueur des législatives pour représenter l’arrondissement à l’Assemblée nationale. Mais Algoni, qui jouit de soutiens politiques de taille, a ensuite déposé une requête auprès de la Cour constitutionnelle, demandant la destitution de l’opposant. Démarche que la Cour a donc validé le 10 août et officialisé deux jours plus tard. « Faire tomber Meckassoua aujourd’hui est une grande fierté pour moi », s’est réjoui le jeune néo-député de 28 ans, fils d’un homme d’affaires centrafricain.

Diplômé d’une licence en droit privé, le jeune homme a fait sa scolarité entre l’université de Bangui et celle de Douala, au Cameroun. Depuis 2016, il s’est lancé dans la vie associative, avant de créer sa propre organisation, « Vaka ti mbi » (« Mon quartier d’abord », en Sango). « Mon quartier était divisé et en proie aux violences communautaires. J’ai senti que je devais et pouvais intervenir et aider la situation à s’améliorer », explique-t-il à Jeune Afrique.

Les législatives de décembre 2020 approchant, son profil apparaît alors sur les tablettes du Mouvement coeurs unis, le parti au pouvoir. Mais l’intéressé choisit d’abord de se présenter aux législatives en indépendant… Jusqu’à créer la sensation.

Un proche de la famille Yalo

Algoni se qualifie ainsi au second tour et gagne le droit d’affronter seul à seul le poids lourd Karim Meckassoua. « Il a vu que ses chances étaient minimes, surtout quand Meckassoua a bénéficié du soutien de grands hommes politiques comme Bendounga, Bokassa ou Bozizé. Il lui fallait donc trouver lui-même un appui politique », détaille un proche d’Algoni.

En politique, il n’y a ni grand ni petit »

« Vu le contexte du 3ème arrondissement et la suite de la crise, j’ai vu que la jeunesse était abandonnée. Je savais que j’allais affronter Meckassoua, que je respecte. Mais en politique, il n’y a ni grand ni petit », explique Alhissen Algoni pour justifier son engagement.

Le jeune candidat, déjà très proche de la famille Yalo – il a fréquenté et grandi avec plusieurs petits frères de Sani Yalo-, obtient alors un premier tête à tête avec ce dernier, proche conseiller et intime du chef de l’État. « C’est un papa que je respecte beaucoup. Il m’est de grand conseil », l’encense Alhissen Algoni.

« Algoni a profité d’un règlement de compte »

Un accord ne tarde pas à être trouvé. Et pour cause : Sani Yalo et Karim Meckassoua sont ennemis politiques de longue date. Grâce à Yalo, Algoni obtient le plein soutien des dirigeants du MCU et récolte de multiples appuis, dont celui d’Arthur Piri, neveu de Touadéra et un des principaux cadres du premier cercle présidentiel.

Le clan présidentiel a trouvé la personne idéale pour gérer le cas du bruyant Meckassoua

Lors de son premier meeting pour la campagne électorale du second tour, Sani Yalo et Arthur Piri apparaissent publiquement à ses côtés et appellent à voter pour le jeune candidat. « Le clan présidentiel a trouvé la personne idéale, un jeune très engagé, pour gérer le cas du bruyant opposant Meckassoua », commente à Jeune Afrique un diplomate en poste à Bangui.

« Algoni a profité d’un règlement de compte, le pouvoir voulant se débarrasser de Meckassoua, pour se retrouver à l’Assemblée nationale, et c’est un pari réussi », poursuit-il. Investi officiellement député, Alhissen Algoni affirme désormais vouloir s’occuper de sa circonscription et travailler à la sécurité et le vivre-ensemble de ses administrés. Mais le voilà de fait propulsé dans le grand marigot de la politique banguissoise.