Société

Affaire Shakiro et Patricia : au Cameroun, homophobie et transphobie ont (toujours) le vent en poupe

Mis à jour le 13 août 2021 à 16:55
Damien Glez

Par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Glez

Shakiro et Patricia, deux femmes transgenres, ont violemment été agressées dimanche à Douala. Condamnées à cinq ans de prison en mai, un juge venait d’ordonner leur remise en liberté provisoire le 16 juillet…

« Merci, cher Camerounais » : c’est le message posté sur Facebook par la femme transgenre camerounaise connue sous le nom de Shakiro, en début de semaine, après qu’elle a été, selon un communiqué de l’ONG Human Rights Watch (HRW), « passée à tabac » et « menacée de mort ». Chacun peut bien sûr y lire du second degré, le reste du message n’ayant guère le goût ému de la gratitude : « je vais rester chez moi dormir jusqu’à ma mort ». À moins que le remerciement ne soit sincèrement dirigé vers les agresseurs et autres harceleurs, qui pourraient donner à la victime l’opportunité de quitter l’enfer qui est le sien : « Apres la prison, c’est l’hôpital, et après [ce] sera les USA »…

Violente agression

Cette partie du post Facebook montre que la sortie de prison de Shakiro n’aura pas été une sinécure et que l’Occident est aujourd’hui sa nouvelle frontière. C’est le 11 mai que Shakiro et Patricia avaient été condamnées à cinq ans de prison et à des amendes de 200 000 francs CFA (environ 300 euros) pour tentative de conduite homosexuelle, outrage public aux mœurs et non-possession de leur carte d’identité nationale. Remises en liberté provisoire mi-juillet, les deux femmes transgenres viennent donc d’être tirées de force d’un taxi, ce dimanche 9 août au niveau de la Cité-Cicam à Douala, puis déshabillées, démaquillées, insultées, menacées de mort et rouées de coups pendant environ 30 minutes, le tout capté dans une vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux. Une dizaine d’agresseurs sont identifiables sur les images.

Des réseaux sociaux violents, comme c’est le cas en général et plus particulièrement lorsqu’il s’agit des droits des minorités et identités sexuelles. Certains twittos minimisent la ratonnade de ce début de semaine en la qualifiant de « faits divers », au regard de la loi camerounaise qui punit l’homosexualité. D’autres invoquent carrément la loi divine et convoquent l’épisode biblique de Sodome et Gomorrhe. D’autres encore versent dans une outrance fleurie, parfois mâtinée de complotisme, accusant les victimes d’avoir suscité toute cette violence pour obtenir un visa présumé « garanti » par les réseaux LGBT internationaux.

Bien sûr, certains tiennent à préciser que la « déchéance sociétale de ce pays » vient davantage des détourneurs de fonds publics. Et les organisations des droits de l’Homme dénoncent « la barbarie » d’une violence « institutionnalisée » contre les personnes LGBT. Si les arrestations et agressions pour des faits présumés d’homosexualité ont sensiblement baissé ces dernières années au Cameroun, elles semblent, depuis peu, repartir à la hausse. Le pays ne fait guère exception sur le continent, même si le concours de beauté « Miss Afrique du Sud » vient d’autoriser la participation de candidates transgenres.