Politique

Tunisie : derrière Kaïs Saied, le soutien inconditionnel de Naoufel

Réservé aux abonnés | | Par - à Tunis
Naoufel Saïed, frère du président tunisien, en octobre 2019

Naoufel Saïed, frère du président tunisien, en octobre 2019 © Nicolas Fauqué

Sur Facebook, Naoufel Saïed défend le « coup de force » de son président de frère. Un porte-parole tout acquis à sa cause, et parfois virulent…

« Proud of you bro » (« fier de toi mon frère »). D’une manière aussi inattendue qu’éloignée du formalisme avec lequel il s’exprime habituellement, Naoufel Saïed a dit sa fierté à son aîné, Kaïs Saied, sur Facebook le 29 juillet. Les annonces du président tunisien « ne sont pas un coup d’État et sont totalement conforme à la Constitution. », affirmait-il déjà la veille dans une autre publication. Une manière officieuse de légitimer la décision de Kaïs Saïed de geler les travaux du Parlement et de s’octroyer le pouvoir exécutif face à un danger imminent qui menacerait le pays.

Ce n’est pas la première fois que Naoufel se fait l’interprète de son cadet. Admiratif du parcours du plus jeune de la fratrie, il en a même fait, depuis plusieurs mois, sa spécialité. À chaque événement ou prise de parole du locataire du palais de Carthage, il décrypte, décode et éclaire ses propos sur sa page Facebook.

Confiance absolue

Originaires de Béni Khiar, les deux frères ont grandi à Radès, en banlieue de Tunis et se sont tous deux tournés vers le droit. Passé d’abord par l’École normale supérieure (ENS), Naoufel sera assistant à la faculté des sciences juridiques de Tunis avant de rejoindre le cabinet d’audit, d’expertise comptable et de conseil KPMG puis de devenir avocat.

Il avait assuré que les tentatives de rabaisser le président ne feraient qu’augmenter sa popularité

Depuis toujours, il soutient Kaïs de manière inconditionnelle et analyse avec lui les événements qui font et défont le monde. Les deux hommes sont liés par un rapport fraternel très étroit et une confiance absolue, au point de faire craindre, au lendemain de l’investiture de Kaïs Saied en 2019, que Naoufel, directeur de sa campagne, n’intervienne ou ne s’immisce dans la vie politique. S’il a œuvré à mettre son frère en pleine lumière, il n’était jusque-là pas un homme public.

Au fil des mois, le juriste s’est en tout cas attribué un rôle de vigie. Régulièrement, l’ancien vice-président de la Ligue de Tunisie pour la culture et la pluralité (LTCP) livre ses réflexions dans des publications sur les réseaux sociaux et précise des points, dont ceux assez complexes relatifs à la constitution, évoqués par son frère lors de ses prises de paroles.

Évidemment, il est tout acquis à la cause de son frère et le défend en toute occasion. Une subjectivité qui serait touchante si elle n’était encombrante : elle interfère avec la communication du palais, à la fois rare et succincte. Mais certains ont noté que le timing des interventions de celui qui avait été surnommé « Monsieur frère » correspond aujourd’hui à celui des déclarations officielles et se font très rares quand l’activité du président n’est pas rendue publique.

Comme une revanche

Frère et presque père attentif, porte-parole personnel et premier fan de Kaïs Saied, Naoufel a vécu la liesse populaire qui a accueilli les annonces du 25 juillet non seulement comme un moment historique mais aussi comme une revanche. Les silences du président et son expression dans une langue arabe châtiée et érudite avaient installé une certaine incompréhension dans l’opinion publique, qui s’attendait par ailleurs à ce que le chef de l’État mette en œuvre ses promesses plus rapidement. Aujourd’hui, il écrit : « Dites de lui ce que vous voulez, dites qu’il a été lent à la détente (…) Mais il a fait preuve de tolérance et de patience, il s’est insurgé avec son peuple contre un système qui l’a maltraité, qui l’a laissé les pieds nus et le ventre vide. Ayez confiance mon président ! Le peuple a compris que son moment est venu et que soit il vivra dans la dignité soit il ne vivra pas. Et digne il le sera ».

Avec la même virulence, il avait assuré à l’issue des cent premiers jours à la présidence de Kaïs Saïed que « les tentatives de rabaisser le président de la République ne feront qu’augmenter sa popularité ». Pour le moment, les événements lui donnent raison. Mais les Tunisiens attendent toujours la feuille de route qui tracera l’avenir du pays.

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