L’emblématique rond-point de la Colombe-de-la-Paix, à Lomé. © Louis Vincent pour JA

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Économie

Koffi Tsolenyanu : « À Lomé, la construction de logements sociaux est un axe prioritaire »

Développement du parc immobilier, accès à un habitat décent, mise à niveau des infrastructures… Koffi Tsolenyanu, le ministre togolais de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Réforme foncière, revient sur les défis qui restent à relever en matière d’aménagement du Grand Lomé.

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Par - Envoyé spécial à Lomé
Mis à jour le 5 octobre 2021 à 14:59

Koffi Tsolenyanu, le ministre togolais de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Réforme foncière, à Lomé, en juillet 2021. © Nadoun Coulibaly pour JA

Lorsqu’il dirigeait la Chambre nationale des notaires, Me Koffi Tsolenyanu était un interlocuteur privilégié des pouvoirs publics en matière de réformes foncières. C’est donc presque naturellement qu’il s’est vu confier le portefeuille de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Réforme foncière au sein du gouvernement de Victoire Dogbé, en octobre 2020. Développement du parc immobilier, accès à un habitat décent pour tous, mise à niveau des infrastructures et des services essentiels, préservation de l’environnement… Le ministre revient sur les principaux défis qui restent à relever en matière d’aménagement du Grand Lomé.

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Jeune Afrique : Quelles sont vos priorités pour répondre aux besoins des Loméens ?

Koffi Tsolenyanu : Notre première mission est d’œuvrer pour un développement urbain durable, afin d’améliorer la qualité de vie des habitants. Pour cela, nous devons promouvoir des villes viables et, en particulier, l’accès à des logements décents, surtout pour les couches de la population à revenus faibles et intermédiaires. Nos priorités vont également à l’aménagement, à la construction et à la réhabilitation des ouvrages d’assainissement, ainsi qu’à la sécurisation du foncier.

Nous investissons massivement dans les infrastructures routières et aéroportuaires

Où en est le schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme du Grand Lomé (SDAU), élaboré en 2016 ?

Il n’est pas encore approuvé. Cependant, certains projets qui y sont inscrits sont en cours de réalisation, comme l’aménagement des espaces destinés à l’habitat, l’identification et l’acquisition de parcelles pour les logements sociaux, ou encore l’aménagement des voiries du Grand Lomé.

Ces projets d’infrastructures ont-ils déjà un impact ?

Lomé se positionne comme un hub logistique. Aussi, pour conforter sa stature de centre d’affaires dans la sous-région, le gouvernement investit massivement dans les infrastructures routières et aéroportuaires.

À cet effet, deux voies de contournement et trois axes routiers internationaux ont été construits ou entièrement rénovés, ainsi que deux ports secs. La voirie interne du Port autonome de Lomé (PAL) a été rénovée et sa capacité augmentée à 7 000 conteneurs EVP [équivalent vingt pieds]. Parmi les toutes dernières évolutions, notons aussi la digitalisation des activités du PAL, la délocalisation du port de pêche, ainsi que la création d’une plateforme logistique multiservice qui permet d’accélérer le traitement des marchandises et d’accroître le trafic.

Nous devons sauvegarder cette richesse qu’est la mer

Enfin, parmi les principaux chantiers concernant les zones d’activités, citons l’aménagement du marché du port de pêche, la création de la Plateforme industrielle d’Adétikopé (PIA), le poste de contrôle juxtaposé de Noépé [frontière Togo-Ghana] et le projet de développement rural de la plaine de Djagblé [en périphérie de Lomé].

Quel premier bilan faites-vous pour l’opération « 20 000 logements » lancée en 2016 ?

Elle entre dans sa phase opérationnelle. La construction de logements sociaux est un axe prioritaire du gouvernement. Et ce programme « 20 000 logements » procède de la volonté du chef de l’État Faure Gnassingbé de se fixer des objectifs réalistes et mesurables.

L’idée est de s’inspirer des expériences faites dans le domaine de la construction des logements collectifs depuis le début des années 2000, afin d’adapter les projets de construction aux besoins et aux aspirations de nos populations. Depuis quelques années, des efforts sont entrepris pour combler le déficit en logements et renforcer le parc immobilier, pour garantir l’accès équitable et inclusif aux logements. Dans ce cadre, nous avons signé un protocole d’accord avec Shelter Afrique [pour la construction de 3 000 logements] et d’autres protocoles d’accord sont envisagés.

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Quels sont les problèmes spécifiques à la capitale ?

Le premier défi de l’urbanisation porte sur la maîtrise du rythme de croissance galopant de la population. Cette croissance effrénée de la ville entraîne des problématiques liées à l’organisation de l’espace – pour que l’on puisse disposer de territoires cohérents – et à l’aménagement de sites fiables et adaptés. Pour relever ces défis, il nous faut mobiliser les ressources financières et techniques nécessaires à la mise en œuvre du SDAU du Grand Lomé.

Quelles sont ses particularités, en tant que métropole côtière ?

L’océan et son littoral sont des ressources vitales pour le pays. Ils nous procurent plusieurs services et avantages : la pêche, les activités industrialo-portuaires de négoce, le commerce maritime, mais aussi le tourisme littoral. L’économie du pays dépend en grande partie de la performance du port de Lomé. Les recettes douanières réalisées par le PAL constituent 80 % du total des activités maritimes et 60 % des revenus de l’État [en 2019]. Et la plateforme portuaire togolaise confirme son statut de hub régional, le transbordement représentant plus de 60 % du trafic global du port. Quant au secteur halieutique, il emploie près de 22 000 personnes, dont plus de 55 % de femmes, et représente 4,5 % du PIB du pays.

Le centre d’enfouissement des déchets d’Aképé a permis de débarrasser la ville des dépotoirs sauvages

Toutefois, nous devons sauvegarder cette richesse qu’est la mer. Le gouvernement prend des dispositions pour améliorer l’environnement marin et réduire l’érosion côtière. Nous participons au programme de gestion du littoral ouest-africain [Waca-ResIP] et avons mis en place l’Organisme national pour l’action de l’État en mer (Onaem). Des structures administratives comme la préfecture maritime, le Haut Conseil pour la mer et le Corps des marins marchands du Togo [Comma-Togo] ont également été créées pour protéger les espèces marines, lutter contre la pollution, contre la piraterie et la criminalité maritimes.

Quels sont les enjeux en matière de réforme foncière ?

Nous avons à cœur de mobiliser le foncier et de fluidifier la procédure de création du titre foncier. L’ossature du régime foncier – actualisée par la loi du 14 juin 2018 – nous permet de nous concentrer sur la réforme de la politique foncière agricole, dont un avant-projet de loi est en cours d’élaboration. Nous procédons en ce moment à la revue cartographique, à la mise en place d’un système d’information foncière et la création des zones d’aménagement agricoles planifiées (Zaap).

Que prévoit la stratégie de développement urbain en matière d’environnement et de services de base ?

Ce sont des défis majeurs pour nous. La mise en service du centre d’enfouissement des déchets d’Aképé a permis de débarrasser la ville des dépotoirs sauvages. Par ailleurs, nous mettons en place un dispositif pour la gestion du biogaz produit par les déchets.

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S’agissant de l’énergie, notre stratégie prévoit que tous les Togolais aient accès à l’électricité d’ici à 2030 et de nombreux projets sont mis en œuvre. Nous luttons contre le réchauffement climatique par la décarbonisation et la promotion des énergies renouvelables, comme avec la construction de la première centrale solaire photovoltaïque du pays, récemment inaugurée à Blitta.