Politique

Mali : que s’est-il passé dans le cercle d’Ansongo ?

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Par - à Bamako
Mis à jour le 10 août 2021 à 10:22

Une camionnette de l’armée malienne patrouille dans la ville de Konna le 20 mars 2021 alors que le Premier ministre malien et sa délégation visitent la ville du centre du Mali pour assister à l’inauguration du nouveau port fluvial, qui a été détruit par les bombardements pendant la guerre en 2013.

Une série d’attaques a causé la mort d’au moins une cinquantaine de personnes, ce dimanche 8 août, dans le cercle d’Ansongo (région de Gao), au Nord du Mali. Dans cette zone dite des « trois frontières », les civils sont de plus en plus ciblés.

Peu avant la tombée du jour, ce dimanche 8 août, une série d’attaques a ensanglanté les villages d’Ouattagouna, Karou, Dirga et Daoutegueft, dans le cercle d’Ansongo. Aux environs de 18 heures, des hommes armés, dont on ignore le nombre, sont arrivés à moto et ont ouvert le feu sur des civils dans ces quatre localités du Nord, situées aux abords du fleuve Niger.

Selon la direction de l’information et des relations publiques des Armées maliennes (Dirpa), la salve d’attaques a fait au moins 49 morts. On dénombre ainsi 21 personnes tuées dans la localité de Karou, sept à Dirga, sept à Daoutegueft et 14 à Ouattagouna, selon des patrouilles des Forces armées maliennes (Famas) envoyées sur les lieux afin d’y mener des opérations de ratissage et de sécurisation.

« Les victimes sont surtout des hommes, mais on compte aussi quelques enfants », confie une source militaire. Un bilan provisoire, à l’heure où de nombreux blessés sont encore pris en charge au Centre de santé de référence d’Ansongo, à un peu plus de 75 kilomètres au nord d’Ouattagouna.

Plus important massacre de civils de 2021

Avec 49 morts, cette série d’attaques constitue le plus important massacre de civils qu’ait connu le Mali en 2021. Dans le cercle d’Ansongo, les attaques visent généralement les forces de sécurité et les représentants de l’État, plus que les civils.

« Un massacre de cette ampleur perpétré sur des civils est inédit dans la zone, même si on relève de nombreux actes de banditisme dans le cercle d’Ansongo », pointe Héni Nsaibia, chercheur au sein de l’Armed Conflict Location and Event Data Project (Acled). Des actes de banditisme, mais aussi des enlèvements.

S’il soupçonne les populations d’avoir collaboré, on peut imaginer que l’EIGS ait répliqué »

Mais depuis le début de 2021, les violences contre les populations se sont multipliées dans la zone dite des « trois frontières ». Il y a un peu plus de deux mois, de l’autre côté de la frontière, le Burkina Faso faisait face à l’attaque la plus meurtrière du pays depuis le début des violences en 2015. Dans la nuit du 4 au 5 juin, entre 132 et 160 civils -le bilan officiel est contesté- ont perdu la vie dans une attaque menée par des groupes armés.

Représailles

Selon une source militaire, « les attaques d’Ansongo pourraient avoir été menées en représailles de plusieurs succès militaires dans la région ». Depuis plusieurs mois en effet, les opérations menées par la force Barkhane, conjointement avec les forces nigériennes, ont permis la capture et la neutralisation de plusieurs commandants locaux de l’État islamique au Grand Sahara (EIGS).

« S’il soupçonne les populations d’avoir collaboré en fournissant notamment du renseignement à Barkhane ou à l’armée malienne, on peut raisonnablement imaginer que l’EIGS ait souhaité répliquer et frapper fort », analyse Héni Nsaibia.

Une hypothèse « extrêmement probable », juge un gradé de l’armée malienne, selon lequel « les Famas ont intercepté un groupe de terroristes dans la zone il y a moins d’un mois, sur la base de renseignements fournis par les populations ».

Zone d’influence de l’État islamique

Si l’attaque n’a pour l’heure pas été revendiquée, la zone est connue pour être le théâtre d’affrontements entre le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Gsim ou Jnim), branche sahélienne d’Al-Qaïda, et l’État islamique au Grand Sahara (EIGS).

Faut-il alors chercher la responsabilité du côté de l’EIGS ou de celui du Jnim ? Pour plusieurs spécialistes de la question sécuritaire au Sahel, les attaques de masse perpétrées contre des civils rappellent davantage le mode opératoire de l’EIGS, quand le Jnim a plutôt tendance à se placer en « protecteur des populations et à frapper les symboles de l’État et l’armée ».

Pourtant, certaines factions se revendiquant du Jnim sont suspectées d’avoir mené d’importantes tueries visant les populations civiles. Comme à Solhan au Burkina Faso, en juin dernier. « Tout semble indiquer que les responsables seraient des éléments affiliés au Jnim dont le groupe aurait perdu le contrôle, et qui agissent localement », fait valoir un spécialiste du conflit au Sahel.

Reste qu’en plus du mode opératoire, la zone d’opération des tueries du cercle d’Ansongo pointe davantage vers l’État islamique au Grand Sahara, affirme le chercheur Héni Nsaibia. « Le Jnim serait moins présent à proximité du fleuve, on le trouve davantage vers Tessit ou Talataye. Les communes frappées sont dans une zone d’opération sous influence de l’EIGS. »