Politique

Côte d’Ivoire : pourquoi Laurent Gbagbo abandonne le FPI à Pascal Affi N’Guessan

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Mis à jour le 10 août 2021 à 09:54

Laurent Gbagbo prononce un discours lors d’une réunion avec des chefs traditionnels et des membres de son parti dans sa résidence à Mama, son village natal, le 28 juin 2021.

L’ancien chef de l’Etat et fondateur du Front populaire ivoirien (FPI) a rendu publique lundi son intention de créer un nouveau parti politique. Une décision soudaine mais pas si surprenante.

L’ancien président a décidé de mettre fin au bras de fer juridique qui l’oppose depuis plusieurs années à Pascal Affi N’Guessan pour le contrôle du Front populaire ivoirien (FPI). « Aujourd’hui, je suis revenu de prison, il nous faut avancer. Je propose : laissons Affi avec l’enveloppe qu’il détient. Nous allons baptiser le FPI autrement. Nous allons continuer à lutter. Le FPI, c’est nous. Nous allons changer de nom. C’est tout », a-t-il déclaré lundi 9 août à la tribune du Palais de la Culture.

Laurent Gbagbo était entouré de son vieux compagnon de route Assoa Adou et de Georges Armand Ouegnin, président du parti Ensemble pour la démocratie et la souveraineté (EDS, étiquette sous laquelle les pro-Gbagbo ont été élus lors des dernières élections législatives). Pourtant convoqué, Pascal Affi N’Guessan était lui absent.

Président de la branche du FPI reconnue par la justice ivoirienne, il avait longtemps contesté la légitimité de l’ancien chef de l’État Laurent Gbagbo a en reprendre les rênes. L’ex-Premier ministre avait ensuite tenté de poser des conditions, auxquelles Laurent Gbagbo n’avait cependant pas souhaité accéder.

Rendez-vous manqué entre Gbagbo et Affi N’Guessan

Présent lors du retour de l’ancien président le 17 juin à Abidjan, Pascal Affi N’Guessan avait ensuite essayé à plusieurs reprises de s’entretenir avec lui. D’après nos informations, il avait notamment échangé avec Narcisse Kuyo, le directeur de protocole de Gbagbo, il y a deux semaines.

Selon un proche d’Affi Nguessan, Narcisse Kuyo aurait alors répondu que le principe est acquis, mais que l’ancien président ne pouvait pas encore le recevoir. Motif invoqué : ce dernier devait finir d’aménager ses bureaux, avant de fixer une date.

« Nous avons aussi échangé avec sa seconde épouse Nady Bamba, qui nous a assuré qu’on nous rappellerait. Mais depuis, rien. Nous avons bien compris que Laurent Gbagbo ne souhaitait pas recevoir Pascal Affi N’Guessan », précise un des bras droits de ce dernier, contacté par Jeune Afrique.

La présidentielle de 2025 en ligne de mire

En impulsant la création d’un nouveau parti, Laurent Gbagbo s’assure également d’en contrôler totalement les instances. Une manière pour certains analystes de contrer l’influence de son épouse Simone, avec laquelle il est en instance de divorce. Présente ce lundi au palais de la Culture, l’ancienne Première dame a encore des ambitions et conserve une certaine popularité.

Si la décision de Laurent Gbagbo de créer un nouveau parti politique a pu surprendre, ce n’est pas la première fois que l’ancien président émet l’idée. « Il avait imaginé la disparition du FPI depuis 2004. Cela avait entraîné la création en 2006 du Congrès national de la résistance pour la démocratie (CNRD) puis de l’alliance LMP lors de la présidentielle de 2010. Il souhaitait d’ailleurs qu’elle perdure après le scrutin pour avoir une assise plus large », confie l’un de ses proches.

Les contours de la nouvelle formation de Laurent Gbagbo ne sont pas encore connus. Lors de sa détention à La Haye, Laurent Gbagbo avait notamment confié à plusieurs de ses visiteurs qu’il voulait refaire du FPI un parti de gauche. Toujours est-il que l’ancien président veut aller vite. Le congrès constitutif devrait être organisé au plus tard en octobre afin de permettre de lancer une grande campagne de recrutement. Avec, déjà, dans le viseur, l’élection présidentielle de 2025.

Pascal Affi N’Guessan a pour sa part réagi de façon virulente par voie de communiqué. « Laurent Gbagbo a choisi la rupture et la division. Il enterre l’espoir qu’avaient nos militants, nos électeurs, nos sympathisants, en l’unité de la gauche, en la réconciliation de notre famille politique », estime-t-il regrettant une « décision dictée essentiellement par la soif de pouvoir et la volonté de revanche ». Et de conclure, lui aussi tourné vers 2025 : « J’assure les militants et sympathisants du FPI de ma ferme volonté de poursuivre ma mission pour la renaissance du parti en vue de la reconquête du pouvoir ».