Économie

L’Afrique embauche

Le recrutement de cadres pour les entreprises actives sur le continent devient un marché très concurrentiel. En voici les principaux acteurs. Ils décrivent le candidat idéal et les métiers les plus prometteurs.

Par - Frédérique Letourneux
Mis à jour le 3 novembre 2016 à 11:55

« N ous sommes là pour faire du business ! » Paul Mercier, directeur exécutif du département Africa & Maghreb de Michael Page, en est convaincu, des opportunités existent : « Aujourd’hui, la plupart des grandes entreprises témoignent que l’Afrique est l’une des régions du monde qui possède les plus importantes capacités à rentabiliser les capitaux investis. Mon pari est qu’il en ira de même pour les ressources humaines. » Si la recherche de cadres pour le continent reste un marché de niche, il tend à se révéler de plus en plus rentable. Depuis un an, sept personnes travaillent à temps plein à Paris dans ce cabinet de recrutement international pour débusquer les compétences et les profils à haute valeur ajoutée. Ils sont destinés à occuper des postes à responsabilité sur toute l’Afrique. L’Algérie, le Maroc, le Nigeria, et, dans une moindre mesure, le Sénégal, ont été identifiés comme les principales zones d’activité. Sans oublier l’Afrique du Sud, qui est gérée directement par le tout nouveau bureau de Johannesburg, ouvert le 1er août dernier.
L’incursion de Michael Page, l’un des principaux cabinets de conseil en gestion des ressources humaines sur ce marché, en témoigne, les recrutements pour l’Afrique s’alignent progressivement sur les standards internationaux : « Les entreprises deviennent de plus en plus offensives et agressives, confirme Didier Acouetey, fondateur d’Afric Search. De nombreux postes sont aujourd’hui à pourvoir dans les départements marketing et ressources humaines, ainsi que dans les branches financières et commerciales. » La chasse aux compétences est ouverte pour les jeunes diplômés comme pour les plus expérimentés.
Quant à cibler les entreprises qui embauchent, cinq grandes tendances se confirment. Les secteurs pétroliers et miniers restent portés par une conjoncture extrêmement florissante. Le milieu bancaire continue sa restructuration et sa modernisation. Les télécoms surfent sur la vague d’une croissance spectaculaire ces dernières années, qui devrait se poursuivre au même rythme à moyen terme. Après les percées réussies de Coca-Cola et de Nestlé sur le continent, le secteur de l’agroalimentaire – souvent appelé l’« agrobusiness » – est en pleine progression. Enfin, le BTP et la construction maintiennent la cadence, toujours à la recherche de main-d’uvre de terrain tout autant que de managers. Pour appuyer ce constat, nous avons demandé à des acteurs du monde économique africain de nous révéler leurs besoins en termes de recrutement. Petit tour d’horizon.

BTP-construction
Grand pourvoyeur de main-d’uvre
Routes, autoroutes, infrastructures, logements Le BTP se porte très bien sur le continent. Les entreprises européennes et chinoises s’y précipitent, rêvant toutes de décrocher le « gros lot », le grand contrat qui assurera du travail pendant des années ! Qui dit chantiers à venir dit besoins en main-d’uvre très importants : « Le BTP reste un des secteurs d’activité les plus touchés par la pénurie d’emplois », assure Cheikh Daff, responsable des ressources humaines Afrique chez Sogea-Satom, filiale de Vinci Construction. Ingénieur génie civil, sécurité ou travaux routiers, responsable de matériel, chef de chantier : autant de besoins identifiés et de compétences recherchées. « Notre cible privilégiée reste les jeunes diplômés, et nous avons même développé de nouveaux partenariats avec des établissements d’enseignement supérieur en Afrique qui dispensent des formations à nos métiers, comme le groupe inter-États EIER-ETSHER basé à Ouagadougou, au Burkina, et l’École supérieure polytechnique de Thiès, au Sénégal », poursuit Cheikh Daff. L’objectif est ensuite de former et de fidéliser ces jeunes diplômés et de promouvoir la promotion en interne.

Banque et finance
En « back » comme en « front »
« L’Afrique est encore sous-bancarisée », note Paul Mercier, de Michael Page. Traduction : la clientèle des banques ne peut que grandir, ce qui fait du monde bancaire l’un des futurs secteurs clés de l’emploi. « Il se réorganise avec l’apparition de nouveaux métiers dans la monétique, le financement structuré et le domaine des banques d’affaires », confirme en écho Didier Acouetey, d’Afric Search. Les banques africaines et internationales recrutent à plein : « Nous sommes à la recherche de rédacteurs bancaires, de commerciaux et d’analyses financiers, explique Thierno Seydou N. Sy, directeur de l’administration et des ressources humaines de la Banque sénégalo-tunisienne. Mais aussi de responsables de bureaux et d’agences qui doivent avoir une double compétence, commerciale et financière. Côté front office, les besoins en guichetiers et en caissiers sont permanents. Nous recrutons des étudiants à bac + 2 qui ont suivi des études de commerce et de gestion, et nous les formons en interne. » Les banques sont également à la recherche d’informaticiens capables d’améliorer le système de la monétique et de gérer le développement de nouveaux produits. En pleine expansion, le secteur est très volatil. Résultat, les salaires explosent : « Dans certains cas, ils atteignent même des niveaux qui ne sont pas conformes aux réalités économiques », reconnaît Thierno Seydou N. Sy, qui travaille sur un système de gestion interne des ressources humaines favorisant les profils polyvalents.

Télécoms
La concurrence est partout
« Nous avons commencé comme des start-up, mais en raison de notre forte croissance, il a fallu développer une vraie marque », explique Yves Mayilamene, directeur des ressources humaines du groupe Celtel, en charge du recrutement et du développement. En d’autres termes, si les besoins en cadres techniques – techniciens et informaticiens compétents en nouvelles technologies – restent d’actualité, des postes sont également à prendre dans les départements marketing et commerciaux : « C’est un secteur très concurrentiel et il faut continuellement gagner de nouvelles parts de marché, proposer de nouveaux produits, poursuit Yves Mayilamene. Les sociétés commencent à se structurer en véritables multinationales avec un pôle marketing, finances, ressources humaines. À Celtel Nigeria, par exemple, il faut gérer 200 personnes ! » Depuis le début de l’année, 150 personnes ont été recrutées à des postes de management chez Celtel, et le rythme devrait se poursuivre. Et les profils « junior » sont particulièrement prisés : « Environ 40 % de nos effectifs sont recrutés sans expérience, à la sortie de l’université. Pour les intégrer, nous avons développé un programme de formation spécifique, le young graduate. »

Pétrole et mines
Compétences locales avant tout
Porté par une conjoncture exceptionnelle – le prix des matières premières n’a jamais été aussi élevé que depuis une dizaine d’années -, le secteur minier est florissant. Les besoins en recrutement suivent de près la tendance conjoncturelle. Présente au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Mali, au Burkina, au Ghana, en Tanzanie, la société Randgold Resources recherche ainsi des ingénieurs et des géologues. Le profil idéal ? « Nous recrutons en priorité de jeunes Africains qui ont déjà une première expérience dans le secteur », assure Mamadou Samaké, executive manager de Randgold Resources au Mali. « Au fur et à mesure, les cadres locaux sont formés en interne et sont appelés à occuper des places de commandement. » Des recrutements sont à prévoir tout particulièrement au Mali dans l’année à venir. « Nous cherchons des spécialistes dans l’exploitation souterraine pour la mine d’or de Loulo [située près de la frontière Mali-Sénégal, NDLR] qui bientôt ne pourra plus être exploitée à ciel ouvert. »