Politique

Niger : que peut espérer l’opposition ?

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Mis à jour le 25 août 2021 à 15:15

L’ex-ministre des Affaires étrangères Ibrahim Yacouba (MPN), l’ancien président Mahamane Ousmane (RDR) et l’ex-Premier ministre Hama Amadou (Moden Fa Lumana).

Entre le départ à l’étranger de Hama Amadou et le rejet des résultats de la présidentielle par Mahamane Ousmane, les leaders de l’opposition ne semblent pas prêts au dialogue.

Au Niger, comme souvent en Afrique de l’Ouest, lorsque le camp de la majorité passe dans l’opposition, il semble voué à y rester longtemps. Au pouvoir depuis la chute du régime de Mamadou Tandja en 2010 et l’investiture de Mahamadou Issoufou en avril 2011, qui a marqué le retour du pays sur le chemin de la démocratie, le Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS-Tarayya) règne en maître sur le Niger. Cela ne fait certes pas si longtemps, tout juste dix ans, mais pour certaines figures de l’opposition, comme l’ex-Premier ministre, ancien président de l’Assemblée nationale et président du Mouvement démocratique nigérien (Moden Fa Lumana), Hama Hamadou, dont la candidature à la présidentielle avait été invalidée, c’est déjà trop.

Tensions postélectorales

Après l’annonce de la victoire de Mohamed Bazoum au deuxième tour de la présidentielle avec 55,67 % des suffrages exprimés, la fin du mois de février 2021 a été émaillée de violents incidents survenus en marge des manifestations. Plusieurs centaines de personnes ont été arrêtées, dont Hama Amadou, accusé, entre autres, d’« appel au meurtre », de « complicité de dégradation de biens » et d’« incitation à la violence et à la haine ethnique », avant d’être remis en liberté, le 30 mars, et autorisé à partir en France pour s’y faire soigner.

En même temps que la communauté internationale saluait la décision de Mahamadou Issoufou d’avoir respecté la Constitution en ne briguant pas de troisième mandat et que le pays pouvait s’enorgueillir de vivre sa première transition présidentielle démocratique depuis l’indépendance, ces tensions postélectorales ont terni son image, certains opposants criant à l’irresponsabilité des « antidémocrates », les autres dénonçant « la dictature ». Si le climat s’est rapidement apaisé, une chose est sûre : compte tenu du contexte sécuritaire régional instable, le président Bazoum sait qu’il risque gros s’il ne lâche pas un peu de lest face à une opposition déterminée à faire entendre sa voix.

Cap plutôt radical

Hama Amadou à l’étranger – quasiment contraint à l’exil –, l’ancien président Mahamane Ousmane, chef du Rassemblement démocratique et républicain (RDR-Tchanji), candidat malheureux au second tour de la présidentielle (avec 44,33 % des voix), semble désormais s’imposer comme « le » leader de l’opposition. Contrairement au chef du Moden Fa Lumana, il semble vouloir utiliser la méthode du contournement. Pas de phrases trop blessantes, pas d’injures, mais un cap plutôt radical : il ne reconnaît pas les résultats du scrutin présidentiel, niant « la légitimité » de l’actuel exécutif, et il « exige » la libération des « prisonniers politiques ».

Si l’ancien chef de l’État n’a aucune chance d’obtenir gain de cause sur le premier point, malgré ses nombreux recours auprès de la Cour de justice de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), l’exécutif pourrait en revanche avoir intérêt à montrer des signes d’apaisement en relâchant quelques opposants, dont le général à la retraite Moumouni Boureima, autre figure emblématique de la coalition pour l’alternance politique, Cap 20-21.

A priori optimiste

Car l’opposition montre des signes de renaissance. Certains de ses représentants ont remporté des victoires remarquées, à l’issue des élections locales de décembre 2020, dans les deux plus grandes villes du pays : Oumarou Dogari, du Moden Fa Lumana, élu à la tête de la mairie de Niamey, en avril, et Abdoul Rahim Balarabé (alias « Baby »), fidèle lieutenant de Mahamane Ousmane et figure du RDR, élu président du conseil (maire) de Zinder.

Le premier travail de l’opposition pour créer les conditions de l’alternance, c’est d’abord d’assurer son unité

« Au Niger, comme un peu partout en Afrique, où les règles du jeu ne sont ni justes ni transparentes, le premier travail de l’opposition pour créer les conditions de l’alternance, c’est d’abord d’assurer son unité. Les chapelles multiples et les créations de structures politiques souvent fantaisistes renforcent les positions des partis au pouvoir », analyse très justement le président du Mouvement patriotique nigérien (MPN-Kiishin Kassa) et ex-ministre des Affaires étrangères (de 2016 à 2018) Ibrahim Yacouba, arrivé en cinquième position à l’issue du premier tour de la présidentielle, le 27 décembre 2020, avec 5,38 % des voix.

« J’ai compris que les prises de position de quelques leaders de l’opposition ou de la société civile sont importantes pour améliorer la prise de conscience, mais ne sont pas déterminantes pour impulser significativement le changement, poursuit l’ancien syndicaliste. Il faut atteindre une masse critique de “citoyens du changement” issus de toutes les couches socioprofessionnelles, urbaines et rurales, capables de produire une dynamique de l’alternance. » Peut-être s’imagine-t-il, demain, fédérer autour de lui cette opposition émiettée… A priori optimiste, il conclut : « Personnellement, je continue de croire que l’alternance est possible au Niger, sinon, on serait inscrit définitivement et fatalement dans la reproduction du règne d’un seul parti. »