Société

Mali : dans les coulisses des négociations pour la libération de Bah N’Daw et Moctar Ouane

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Mis à jour le 11 août 2021 à 09:31

Moctar Ouane (à g.) et Bah N’Daw, respectivement Premier ministre et président de la transition malienne, de septembre 2020 à mai 2021.

Malgré quelques avancées, les négociations portant sur la libération des anciens président et Premier ministre de la transition piétinent. JA vous livre les raisons du blocage.

La possible libération de Bah N’Daw et de Moctar Ouane, président et Premier ministre de la transition (de septembre 2020 à mai 2021), assignés à résidence surveillée depuis plus de deux mois, ne cesse d’alimenter les débats à Bamako, où le bras de fer se poursuit entre les autorités et l’ancien couple exécutif. Dernier développement de l’affaire : le 2 août, Alioune Tine, l’expert indépendant des Nations unies sur la situation des droits de l’homme au Mali, a pu rencontrer les intéressés sur leur lieu de résidence respectif.

Ces rencontres ont pu se tenir grâce à l’intervention de plusieurs ministres, dont Mamadou Kassogué, le garde des Sceaux, et Abdoulaye Diop, le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale. Au cours de ces échanges, plusieurs avancées majeures, dont Jeune Afrique a eu connaissance, ont été évoquées.

En tenue de sport

À la villa des hôtes, située dans le centre-ville de Bamako, où il est logé depuis sa libération de Kati le 27 mai dernier, c’est un Bah N’Daw en tenue de sport, de « bonne humeur » et volontiers « philosophe » que l’expert onusien assure avoir rencontré. Au cours de leurs échanges, l’ancien président de la transition a informé son interlocuteur de l’avancée des négociations portant sur sa libération.

Selon nos informations, les autorités maliennes lui ont confirmé, ainsi qu’à Moctar Ouane, que tous deux pourraient prochainement jouir pleinement des droits que leur confère leur statut d’ancien président de la République et d’ancien Premier ministre.

Toujours selon nos sources, la sécurité de Bah N’Daw sera composée de 22 gardes issus des rangs de la sécurité d’État. Il aura également à sa disposition un cabinet composé, entre autres, d’un aide de camp, d’assistants et d’un chef de cabinet.

De son côté, Moctar Ouane ne pourra bénéficier que d’une société de gardiennage pour assurer sa sécurité, et d’autres facilités, tel un cuisiner. Néanmoins, « compte tenu de la situation de Ouane, qui a une relation assez compliquée avec certains militaires, il a été demandé d’aller au-delà des textes de lois et de lui garantir une sécurité renforcée [assurée] par des militaires », nous informe une source diplomatique qui suit le dossier de près.

La lettre de la discorde

Malgré la médiation d’un comité local de transition, conduit par la Cedeao et composé de l’Union africaine et de la Minusma, et bien que le tandem Bah N’Daw-Moctar Ouane se soit doté d’un avocat en la personne de Mamadou Ismaïla Konaté – qui fut ministre de la Justice sous Ibrahim Boubacar Keïta –, les deux parties peinent à trouver un terrain d’entente depuis la nomination du gouvernement de Choguel Kokalla Maïga.

« La junte a demandé à Bah N’Daw et à Moctar Ouane de signer une lettre qui décharge l’État de la responsabilité de leur sécurité », nous explique notre source diplomatique. Selon nos informations, dans cette même lettre, il leur a été demandé de s’abstenir de toute parole ou de tout acte susceptibles de nuire à la sécurité de l’État.

Mais, si Bah N’Daw ne cache pas à ses interlocuteurs qu’il lui tarde de s’éloigner des arcanes du pouvoir et de retourner « labourer [s]es champs », les deux assignés à résidence ont refusé de signer ladite lettre. C’est l’une des raisons pour laquelle leur libération est au point mort, alors même que le président de la transition, Assimi Goïta, avait promis aux membres de la Cedeao de libérer ces prisonniers une fois le gouvernement formé.

Le Premier ministre, Choguel Kokalla Maïga, a quant à lui informé ses proches collaborateurs d’une libération prochaine de Bah N’Daw et de Moctar Ouane. À ce jour, aucune date n’a pourtant été fixée. Au sein de l’exécutif, on assure que quelques réglages sont nécessaires avant de donner le feu vert. « Il faut savoir distinguer les promesses des actes », assure pour sa part un proche de Moctar Ouane, qui ne cache pas sa méfiance à l’égard des autorités.