Dans le centre-ville de Niamey. © ISSOUF SANOGO/AFP

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Économie

Niger : Goroubi, une boîte à miracle agricole au sud de Niamey

Vergers, potagers, cheptel, forêt… Dans l’exploitation d’Aziz Mahamadou, tout est bio et bientôt certifié bio, y compris l’unité de transformation. Surtout, la société a misé sur le moringa, un arbuste dont les feuilles aux multiples vertus et usages devraient bientôt rapporter gros.

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Par - Envoyé spécial à Niamey
Mis à jour le 22 septembre 2021 à 10:39

Aziz Mahamadou dans le jardin tropical qu’il a recréé au siège de son entreprise, à Niamey. © François-Xavier Freland pour JA

Au siège de la société Goroubi, à Niamey, il y a d’abord un jardin potager tropical. Quelques arbres fruitiers arrosés régulièrement et, surtout, des pousses de moringa. Aziz Mahamadou a tenu à recréer dans la capitale l’écosystème de son exploitation, située 70 kilomètres plus au sud, afin de pouvoir « enseigner les plants de moringa » auprès de ses clients (parmi lesquels beaucoup d’Européens), sans leur faire courir de risque sécuritaire.

Surnommé « arbre à miracles » ou « never die », le moringa consomme peu d’eau. Réputé pour ses qualités nutritionnelles, ce super-aliment est aussi utilisé en dermatologie.

Aujourd’hui, 60 pharmacies distribuent nos produits au Niger

« Nous avons d’abord développé une gamme thérapeutique, car le moringa peut être bénéfique dans beaucoup d’affections. Il purifie le corps, renforce les défenses immunitaires et prévient des risques cardiovasculaires. Il a des propriétés antibactériennes qui permettent d’éliminer 90 % des bactéries et virus présents dans l’eau. Aujourd’hui, 60 pharmacies distribuent nos produits au Niger », se félicite le patron.

Un modèle d’agriculture durable

Fils d’instituteur originaire de la région de Tahoua, Aziz Mahamadou a appris très jeune les rudiments du maraîchage dans le jardin familial. Aujourd’hui, sa ferme agropastorale s’étend sur plus de 30 hectares. Il l’a appelée Goroubi, du nom de l’affluent du Niger sur la rive duquel s’étend l’exploitation, qui est entièrement bio. En plus du verger (agrumes, mangues, papayes…) et des carrés potagers (tomates, poivrons, piments, etc.), caprins, ovins et bovins paissent en quasi-liberté. C’est dans ce cadre verdoyant que s’élève sa forêt de moringa, sur 15 hectares.

Le label Ecocert nous permettra bientôt d’exporter nos produits en tant que “certifiés bio” vers l’UE, le Canada et les États-Unis

« Les feuilles sont ramassées à la main, nous faisons très attention à ne pas les abîmer, précise Aziz Mahamadou. Elles ont des vertus nutritives et donnent un regain d’énergie à l’organisme. Le moringa est très utilisé en poudre pour la pâtisserie. On en fait des tisanes et des infusions, aromatisées à la menthe, au gingembre, à la citronnelle, au kinkéliba… » Au-delà de ses vertus nutritionnelles, le moringa produit de la biomasse et une huile très riche issue du pressage à froid des amandes de ses graines. Cette huile pure multiusage est utilisée comme lubrifiant par l’industrie aérospatiale ou comme matière première en cosmétique. Et pour fabriquer tout cela, Goroubi dispose d’une unité de transformation alimentaire bio, UTA-Bio, où sont également produits des purées et jus de légumes ou de fruits frais.

« Notre huile a déjà obtenu la certification de l’Agence nigérienne de normalisation, de métrologie et de certification. Nous suivons actuellement tout le processus pour obtenir le label Ecocert, qui nous permettra bientôt d’exporter nos produits en tant que “certifiés bio” vers l’Union européenne, au Canada et aux États-Unis », explique Aziz Mahamadou, qui a également développé des activités de conseil et d’assistance agricole. Goroubi, dont le chiffre d’affaires s’établissait à environ 30 millions de F CFA (environ 45 700 euros) avant la crise sanitaire, est un modèle d’agriculture durable, à la fois « bio », mais aussi soucieuse de créer de la valeur ajoutée.