Politique

Centrafrique : l’opposant Karim Meckassoua peut-il être destitué ?

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Mis à jour le 9 août 2021 à 11:15

L’ancien président de l’Assemblée centrafricaine, Abdoul Karim Meckassoua, en juillet 2017, à Paris.

Réélu député dans le troisième arrondissement de Bangui, Abdou Karim Meckassoua est menacé de destitution depuis juillet. Accusé d’être l’un des instigateurs de la rébellion de la Coalition des patriotes pour le changement (CPC), l’opposant pourrait voir son immunité parlementaire levée.

À son domicile du quartier Pk5 de Bangui, en cette matinée du 23 juillet, Karim Meckassoua reçoit une dizaine de personnes. En majorité, ce sont des « électeurs qui viennent manifester leur soutien », selon l’équipe de communication de l’opposant. Tout sourire, vêtu d’un boubou bleu, l’opposant parle avec chacun d’entre eux, avec de grands gestes de la main. Mais ce décor festif ne parvient pas à cacher l’inquiétude ambiante : la veille, l’ancien président de l’Assemblée nationale, réélu député en début d’année, a reçu une notification de la Cour constitutionnelle lui signifiant une requête de son ancien challenger aux législatives et réclamant sa destitution.

Ibrahim Algoni, candidat du Mouvement coeurs unis (MCU, au pouvoir) estime en effet que Karim Meckassoua devrait être dépossédé de son siège de député en raison des accusations dont il fait l’objet et de la procédure judiciaire qui le vise pour complicité d’atteinte à la sûreté intérieure de l’État. L’opposant est en effet soupçonné depuis janvier 2021 par la justice centrafricaine d’avoir participé à la création de la rébellion de la Coalition des patriotes pour le changement (CPC).

« Complicité dangereuse » avec François Bozizé

Dès le lendemain de l’élection présidentielle de décembre 2020, plusieurs opposants, dont Karim Meckassoua, avaient ainsi été l’objet d’une interdiction de sortie du territoire alors que le parquet de Bangui enquêtait sur les agissements et les origines de la rébellion. Cette interdiction n’a été levée qu’en juin. Mais les soupçons ont perduré, relayés par des proches du président Faustin-Archange Touadéra parlant de « complicité dangereuse » entre l’ancien président François Bozizé, actuel coordinateur de la CPC, et Meckassoua.

Les détracteurs de l’ancien président de l’Assemblée nationale pointent notamment du doigt le séjour commun du député de Bangui et de l’ancien chef de l’État, en juillet 2020 à Oyo, au Congo, où les deux hommes avaient été reçus par Denis Sassou Nguesso. Fin juin, le Conseil de sécurité de l’ONU a en outre publié un rapport sur la situation sécuritaire du pays, dans lequel les experts ont annoncé avoir « recueilli des informations selon lesquelles Meckassoua poussait en 2020 des membres des groupes armés et l’entourage de François Bozizé à lancer une action militaire pour destituer le président ».

Le régime veut coûte que coûte en finir avec lui »

« Plus récemment, des membres du MPC de Mahamat Al-Khatim et du FPRC de Noureddine Adam ainsi que certains acteurs politiques ont expliqué que Meckassoua avait participé à la préparation de la tentative du coup d’État du 13 janvier, en coordination avec Bozizé et son entourage, ainsi que Nourredine Adam, Ali Darassa et plusieurs généraux du MPC. Selon ces témoignages concordants et crédibles, Meckassoua espérait diriger un gouvernement de transition si le coup d’État de la CPC aboutissait », peut-on encore lire dans le rapport.

« Toutes ces manœuvres viennent du régime »

Sous le figuier qui ombre la concession de son patron, Amadou, membre du protocole de Karim Meckassoua, passe de nombreux appels. Au bout du fil, des conseillers ainsi que des amis de l’opposant. Appelés, Nicolas Tiangaye, De Carême Benam, Shabaz, mais surtout son avocate Arlette Sombo, ne mettent que quelques minutes pour arriver à son domicile. « On travaille sur la rédaction de la réplique pour ma défense auprès des juges de la Cour constitutionnelle », explique Meckassoua.

Le député et son équipe mettront quatre longues journées à finaliser leur réponse à la haute juridiction. Karim Meckassoua y rejette les accusations et demande le rejet de la requête le visant. Son entourage est formel : le pouvoir et Faustin-Archange Touadéra se cache derrière ces procédures. « Toutes ces manœuvres viennent du régime qui veut coûte que coûte en finir avec lui », s’emporte un membre du parti Chemin de l’espérance, la formation politique de Karim Meckassoua.

« Son amour pour le pays est tel qu’il ne croit pas à la prise des armes comme mode d’accession au pouvoir », soutient Gildas Benam, coordinateur du parti. « C’est une affaire entre Karim Meckassoua et la justice », rétorque un proche de la présidence. « La démocratie, c’est aussi répondre à la justice », défend Simplice Mathieu Sarandji, président de l’Assemblée nationale et cadre du MCU. « Karim Meckassoua est un Centrafricain comme un autre. Je ne suis pas juge, mais si on lui reproche quelque chose, c’est à lui de voir avec la justice. Le pouvoir n’a rien à y voir ».