Politique

RDC : les coulisses de l’arrestation manquée de Matata Ponyo

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Mis à jour le 6 août 2021 à 16:00

Augustin Matata Ponyo, à Kinshasa, le 14 octobre 2014.

L’ancien Premier ministre de Joseph Kabila a failli être arrêté le 3 août… mais l’opération a finalement été annulée à la dernière minute.

C’est par un tweet accompagné de quelques photos que l’ancien Premier ministre Augustin Matata Ponyo a annoncé qu’une descente de police avait eu lieu à son domicile le 3 août. D’après son témoignage « une dizaine de policiers dirigés par un général » ont fait irruption dans sa résidence, et l’ont, dit-il, menacé pour « avoir refusé de répondre à un mandat de comparution illégal sur le dossier Bukanga Lonzo ».

Avant que les agents de police ne décident d’intervenir à son domicile, Matata Ponyo avait d’abord refusé de répondre à une invitation du 20 juillet de Jean-Paul Mukolo, procureur général près la Cour constitutionnelle. Ce dernier voulait entendre l’ex-Premier ministre sur l’affaire du parc agro-industriel de Bukanga Lonzo.

Mandat de comparution

Selon nos informations, c’est à la suite de ce refus que Jean-Paul Mukolo a émis un mandat de comparution à l’attention de Matata Ponyo pour le 3 août, dans la matinée. Notifié de cette requête, ce dernier a répondu au procureur général afin de lui signifier qu’il s’opposait une nouvelle fois à cette procédure, évoquant, dans sa réponse, la « fragilité » de son état de santé suite à l’empoisonnement dont il a assuré avoir été victime, le 20 juillet. L’opération a alors été ordonnée par le général Stephane Egbake Monga Akambo de la police judiciaire.

Sur place, la régularité de la procédure a été questionnée par Matata Ponyo et ses proches. « Nous avons commencé à chercher à contacter le procureur général par téléphone, mais il avait pris le soin de s’organiser pour être injoignable. Une autre autorité a pris la décision de mettre un terme à l’opération », précise un témoin de la scène.

Interdit de quitter Kinshasa

Selon un rapport de l’IGF à l’origine de la saisine du parquet, le Trésor public avait débloqué 285 millions de dollars pour le projet de Bukanga Lonzo, emblématique du second mandat de Joseph Kabila, mais seuls 80 millions auraient réellement servi, dont 40 pour la seule station électrique. Toujours selon l’IGF, près de 205 millions de dollars auraient donc été détournés. Matata Ponyo est présenté comme « l’auteur intellectuel de la débâcle ».

La levée des immunités de ce sénateur ayant été votée pour qu’il soit entendu dans une autre affaire de détournement de fonds, ce dernier avait refusé de répondre favorablement à l’invitation du procureur. Matata Ponyo attend en effet le classement sans suite du dossier lié au dédommagement des victimes de la « zaïrianisation ». Il lui est pour le moment interdit de quitter Kinshasa.