Société

La Côte d’Ivoire doit-elle craindre une nouvelle vague de Covid-19 ?

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Mis à jour le 6 août 2021 à 18:33

Le Premier ministre Patrick Achi se fait vacciner contre le covid-19, le 1er mars 2021.

Alors que l’épidémie était sous contrôle dans le pays, le nombre de cas positifs ne cesse d’augmenter ces dernières semaines. Et certains craignent une pénurie de vaccins.

En Côte d’Ivoire, l’épidémie de coronavirus connaît un regain. Le pays a enregistré 243 nouveaux cas le 5 août alors que, depuis avril, les chiffres stagnaient à moins d’une centaine par jour. Des personnalités, même au sommet de l’État ont été confinées, après avoir été en contact avec des personnes positives au Covid-19. Dans un communiqué publié le 3 août, le secrétaire général de la présidence, Abdourahmane Cissé, a annoncé qu’Alassane Ouattara se mettait en confinement. Le lendemain, c’était au tour du ministre de la Défense, Téné Birahima Ouattara, d’annoncer qu’il observait une période d’isolement, après avoir été en contact avec une personne testée positive.

Cette multiplication des cas positifs a poussé les autorités à modifier les célébrations de la Fête de l’indépendance, le 7 août. « La cérémonie commémorative du 61e anniversaire de l’indépendance de la République de Côte d’Ivoire consistera en une cérémonie symbolique de prise d’armes, le samedi le 7 août 2021 à 11 heures, sur l’esplanade du Palais de la présidence de la République », a annoncé le protocole d’État. Un coup dur, d’autant que des discussions avaient été engagées avec les deux anciens présidents Laurent Gbagbo et Henri Konan Bédié pour qu’ils participent à cette cérémonie, dans une logique de réconciliation nationale.

Troisième vague ?

Au jeudi 5 août, la Côte d’Ivoire comptait 50 893 cas confirmés, 49 710 guéris et 338 décès. Le pays a enregistré 845 cas actifs, détectés à 95 % dans la capitale économique, Abidjan. Ces chiffres doivent-ils faire craindre une nouvelle vague de la pandémie ? « Il est vrai que, depuis avril, nous avons toujours varié entre 2 % et 3 % de taux de positivité. Mais à partir du 19 juillet, ce taux a commencé à monter progressivement. Mardi, nous avons même enregistré 4,7 % », relate le Bénié Bi Vroh Joseph, directeur de l’Institut national d’hygiène publique. Mais il est un peu prématuré de parler de troisième vague car nous restons en dessous de 5 %, seuil de contrôle de la maladie. »

Pour le professeur, plusieurs facteurs expliquent ces nouveaux cas. « Tout d’abord, il y a le relâchement pratiquement total de toutes les mesures, notamment des gestes barrières. Les gens ne portent pratiquement plus de masque. La deuxième raison pourrait être liée au fait que nous sommes en période de vacances. Il y a beaucoup de brassages de populations et de rassemblements tels que concerts, mariages, funérailles, etc. Enfin, on vient de sortir de la saison des pluies. C’est un facteur à prendre également en compte », prévient-il.

Une dizaine de pays africains font face à une nouvelle vague due au variant Delta du Covid-19. Même s’il n’a pas encore été détecté en Côte d’Ivoire, les autorités misent sur la sensibilisation pour maîtriser le nombre de cas et éviter une troisième vague. Lors de la dernière rencontre du Conseil national de sécurité le 29 juillet, présidé par Alassane Ouattara, le ministre, secrétaire du conseil national de sécurité, Fidèle Sarassoro, a tiré la sonnette d’alarme sur la circulation du virus.

« Au regard des flambées observées aussi bien en Afrique que dans le reste du monde, le Conseil national de sécurité a décidé, après analyse, de renforcer les mesures de contrôle et de surveillance épidémiologique aux portes d’entrée du pays, en particulier à l’Aéroport international Félix-Houphouët-Boigny d’Abidjan », a-t-il écrit dans un communiqué à l’issue de la réunion.

Retards de livraison

Pour l’heure, les autorités misent sur la sensibilisation au respect des gestes barrières et un appel à la vaccination. Depuis le début de la campagne le 1er mars 2021, 1 087 577 doses, tous vaccins confondus, ont été administrées à la date du 3 août. Mais moins de 155000 personnes ont reçu les deux doses, réduisant l’efficacité de leur couverture, s’inquiètent les autorités sanitaires.

Alors que le pays souhaite accélérer la vaccination, des retards dans la livraison pourraient provoquer une pénurie de doses. « L’insuffisance de vaccins sur le marché mondial a un impact sur le plan d’approvisionnement de la Côte d’Ivoire, qui prévoit la réception de 1 492 059 doses de vaccins entre fin juillet et fin septembre 2021 », a déclaré Pierre Dimba, le ministre de la Santé. La hausse des coûts des vaccins à l’international, couplée à la crise que traverse l’Inde, qui l’empêche d’honorer les commandes en temps et en heure, a entraîné de nombreux retards. Résultat, la livraison de vaccins que la Côte d’Ivoire devait réceptionner fin juillet a finalement été reportée.

Les prix des différents vaccins peuvent varier en fonction des intermédiaires et de la demande. S’il faut compter de 12 à 20 dollars pour Astrazeneca, le prix est en moyenne de 24 dollars pour Pfizer et de 15 dollars pour Sinopharm. « Le marché international est assez tendu. Il y a beaucoup de demandes. Tout le monde commande et l’offre n’est pas à la hauteur de la demande. Cela fait monter les enchères », explique le Pr Bénié Bi Vroh Joseph.

Mais il insiste sur le fait que ces retards n’ont pour l’heure pas d’incidence grave. À travers le dispositif Covax ou grâce à des partenaires, la Côte d’Ivoire a reçu 1,29 million de doses. « Globalement, il n’y a pas de pénuries pour le moment. Nous parvenons à compenser [en jouant] entre les différentes zones en fonction des besoins », assure le directeur de l’Institut national d’hygiène publique. Mais il prévient : « Il faut que nous en recevions ce mois-ci. » Une livraison de 500 000 doses supplémentaires est prévue « dans les premières semaines du mois d’août ».