Société

Covid-19 : comment la Guinée fait face aux nouveaux variants

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Mis à jour le 11 août 2021 à 09:41

Le service des maladies infectueuses à l’hôpital Donka, à Conakry, en mai 2020.

Face à la nouvelle flambée de cas de coronavirus, les autorités ont durci les mesures sanitaires. Mais avec un taux de vaccination nationale de 4 %, le pari de l’immunité collective est loin d’être gagné.

Les Guinéens s’étaient-ils crus immunisés à vie contre le coronavirus ? Abandon du port du masque et du lavage des mains, reprise des rassemblements publics… Le relâchement s’était généralisé.

Le 3 août dans la soirée, sur les antennes des médias d’État, Alpha Condé a annoncé des mesures drastiques contre la nouvelle flambée de cas de Covid-19 : couvre-feu ramené de 23 heures à 22 heures, pour finir à 4 heures du matin ; renforcement des contrôles à l’entrée des villes minières ; présentation d’un test PCR négatif pour les voyages interurbains ; obligation du port du masque ; interdiction des rassemblements de plus de 50 personnes… Le 10 août, nouveau renforcement : contrôle sanitaire aux frontières accru, fermeture des lieux de loisir très fréquentés, obligation pour les fonctionnaires de présenter un pass sanitaire pour accéder à leurs bureaux.

Variants virulents

Des mesures qui répondent à un tableau clinique présenté dans le communiqué présidentiel : « De nombreux variants ont été détectés dans la sous-région, y compris la Guinée. Parmi eux, les plus virulents sont les Delta, Alpha, Beta, Gamma et Eta. Cette situation est probablement à l’origine de la troisième vague dans notre pays, où l’immunité collective n’est pas encore atteinte à cause du faible taux de couverture vaccinale, estimé à ce jour à 4 %. Le taux de positivité est passé de moins de 2 % à 11 % ces derniers jours ; le nombre de malades isolés, de moins de 100 à 1 035 ces trois dernières semaines. Entre juin et juillet, le nombre de malades en réanimation est passé de 20 à 146 – contre un nombre de décès [monté] de 10 à 60 pour la même période. »

La Guinée n’est pas trop en retard par rapport à la moyenne africaine

En début d’année, alors que le pays faisait face à la deuxième vague de la pandémie, les autorités sanitaires s’étaient donné pour ambition de vacciner 20 % de la population, via un projet de 70 millions de dollars élaboré dans le cadre de l’initiative Covax de l’OMS. Et ciblant uniquement les zones touchées. Huit mois après, seul un cinquième de ce pourcentage a été atteint.

« Le taux d’absorption des vaccins reçus jusqu’ici est relativement bon. Plus des trois quarts des doses l’ont été, le reliquat est en voie de l’être. Il n’y a pas eu de gaspillage, en dehors des doses périmées, qui étaient arrivées avec une date de péremption très proche. Il a fallu les retirer », relève Georges Alfred Ki-Zerbo, le représentant de l’OMS en Guinée.

Et de renchérir : « La Guinée n’est pas trop en retard par rapport à la moyenne africaine. Le taux de couverture vaccinale sur le continent a souffert de problèmes d’approvisionnement : les stocks ont été bloqués, en particulier entre juin et juillet, avec la crise en Inde. Il y avait une concentration des vaccins dans les États les plus riches. Grâce à des plaidoyers pour que des pays comme la Guinée reçoivent leur quote-part, ils vont être de plus en plus nombreux à en recevoir. »

D’autres raisons logistiques, liées aux conditions de conservation des vaccins (jusqu’à –80 °C pour celui de Pfizer), peuvent expliquer ce retard. Malgré tout, le directeur de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSS) a revu les ambitions vaccinales du pays à la hausse. Le Dr Sakoba Keita a annoncé le 4 août que la Guinée projetait de vacciner 40 % de sa population, soit six millions de personnes, d’ici au 31 décembre, dont 60 % dans la capitale, qui concentre plus de 85 % des malades.

Créer la demande

« Il faut une très bonne coordination, rappelle Georges Alfred Ki-Zerbo. Même si on possède des stocks suffisants, il faudrait que les opérations soient fluides, surtout au niveau du terrain : créer la demande au sein des communautés en les informant et en les rassurant. »

Au total, 6,686 millions de doses de vaccin sont attendues

Selon des données du ministère des Affaires étrangères transmises à Jeune Afrique,  corroborées par celles de l’ANSS, la Guinée a commandé à la Chine 1, 3 millions de vaccins Sinopharm supplémentaires. Une première livraison de 300 000 doses a été réalisée ce 5 août.

Outre un don américain de 186 000 unités, 2,5 millions de doses supplémentaires devraient provenir des États-Unis et 300 000 de Russie. Au total, 6,686 millions de doses sont attendues, et devraient permettre de vacciner 5,793 millions de personnes, soit 40 % de la population, selon les estimations des autorités sanitaires guinéennes.

Côté OMS, on met surtout l’accent sur le « renforcement des mesures de santé publique, explique le représentant de l’institution en Guinée. Il y a eu un relâchement, comme dans beaucoup de pays, concernant les gestes barrières : lavage des mains, distanciation physique, gestion des rassemblements et de la mobilité ».

Accélérer la vaccination

Georges Alfred Ki-Zerbo n’occulte toutefois pas la nécessité d’accélérer la vaccination : « Il y a un pipeline important de vaccins attendus en Guinée. Le pays en a homologué six : AstraZeneca, Pfizer, Johnson and Johnson, Sinovac, Sinopharm et Spoutnik. Des lots devraient arriver dans les semaines et mois à venir afin qu’on atteigne les 10 % de couverture nationale recommandés pour le dernier trimestre de l’année, et peut-être dépasser ce taux d’ici le début de l’année 2022. L’initiative Covax aide beaucoup, les États-Unis et la Suède s’apprêtent à faire des donations à la Guinée. »

Et d’attirer l’attention : « Plus on aura de personnes vaccinées, plus le variant sera contrôlé. Actuellement, dans le monde, l’épidémie concerne les personnes qui ne le sont pas : 95 % des malades hospitalisés en Europe ne sont pas vaccinés. Ils sont la nouvelle cible du virus. »