Politique

L’ex-PDG de Sonatrach Abdelmoumen Ould Kaddour extradé vers l’Algérie

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Mis à jour le 05 août 2021 à 17h08
Abdelmoumen Ould Kaddour, l’ancien patron de Sonatrac, est poursuivi dans le cadre de deux affaires de corruption présumée.

Abdelmoumen Ould Kaddour, l’ancien patron de Sonatrac, est poursuivi dans le cadre de deux affaires de corruption présumée. © Billal Bensalem/NurPhoto/AFP

L’ancien patron du géant pétrolier algérien Sonatrach avait été interpellé aux Émirats arabes unis le 20 mars sur la base d’un mandat d’arrêt international délivré contre lui par la justice algérienne. Il a été extradé le 4 août.

Arrivé à l’aéroport d’Alger ce 4 août, Abdelmoumen Ould Kaddour, costume bleu et chemise blanche, a été conduit menottes aux poignets devant les médias et les télévisions privées qui ont largement diffusé les images de son arrestation.

L’extradition de l’ancien patron de Sonatrach a été le fruit d’intenses échanges entre les autorités judiciaires algériennes et les Émiratis. Une délégation s’est rendue au cours de l’été à Dubaï afin de présenter le dossier du prévenu et de discuter de sa livraison pour le mettre à la disposition de la justice.

Deux affaires de corruption

Présenté devant un magistrat peu de temps après son arrivée à Alger, Abdelmoumen Ould Kaddour devrait être incarcéré à la prison d’El Harrach, dans la banlieue d’Alger, en attendant d’être auditionné par un juge d’instruction de la Cour suprême.

Rappelé aux commandes de la plus grosse compagnie pétrolière d’Afrique en avril 2017 puis démis de ses fonctions en avril 2019, Ould Kaddour est poursuivi dans le cadre de deux affaires de corruption présumée.

La première concerne l’acquisition en décembre 2018 de la raffinerie Augusta, située dans le sud de l’Italie, pour un peu plus de 800 millions de dollars. En juillet 2020, la justice algérienne a ouvert une instruction sur des soupçons de sur-facturation et de dilapidation de deniers publics liés à cette raffinerie.

À la prison El Harrach, Abdelmoumen Ould Kaddour pourrait retrouver Saïd Bouteflika

Ahmed El-Hachemi Mazighi, ancien vice-président chargé de la commercialisation à Sonatrach, avait alors été placé sous mandat de dépôt à la prison d’El Harrach et inculpé pour « dilapidation d’argent public et usurpation de fonctions ». Conseiller d’Abdelmoumen Ould Kaddour à l’époque, Mazighi avait dirigé pendant plus d’un an les négociations qui aboutirent à l’achat d’Augusta. La justice va donc interroger l’ex-PDG de Sonatrach qu’elle soupçonne d’être lié à cette affaire de corruption présumée.

Le deuxième dossier dans lequel Ould Kaddour est mis en cause est celui de la « BRC » ( BRC-Brown & Root Condor, une coentreprise de Sonatrach et Kellogg Brown & Root dissoute en 2007). L’affaire éclate en 2007, à la suite de la divulgation d’un rapport de l’Inspection générale des finances révélant l’existence d’une vaste opération de sur-facturations, de sous-traitance, de surcoûts et de détournements de fonds dans les marchés que BRC avait obtenus auprès de Sonatrach et du ministère algérien de la Défense, de 2001 à 2005. Montant total des sommes en jeu : 2,1 milliards de dollars.

Vingt et un mandats d’arrêts internationaux

L’ancien ministre de l’Énergie entre 1999 et 2010, Chakib Khelil, est également poursuivi dans le cadre de cette affaire BRC. En fuite aux États-Unis en avril 2019, il fait lui aussi l’objet d’un mandat d’arrêt international délivré par un juge algérien. L’extradition de Abdelmoumen Ould Kaddour est-elle un signe que les demandes présentées par la justice algérienne bénéficient d’une sérieuse écoute et que Khelil pourrait craindre pour son sort dans son refuge américain ?

S’il est encore trop tôt pour le dire, la livraison de l’ex-PDG de Sonatrach donne des sueurs froides à tous les anciens hauts responsables. Des juges algériens ont délivré 21 mandats d’arrêts internationaux et envoyé 53 commissions rogatoires internationales en France, Italie, Émirats, Suisse, États-Unis, Belgique, Grande-Bretagne, Canada et Chine.

Retour à la case prison pour Ould Kaddour. Le 26 novembre 2007, il a été condamné par le tribunal militaire de Blida à trois ans de prison pour « divulgation d’un document classé secret-défense ». La justice militaire lui reprochait d’avoir été en possession de la transcription d’une conversation secrète enregistrée par le DRS (les services secrets, dissous en 2016).

Vingt mois après son incarcération, il est remis en liberté grâce à l’intervention d’une proche auprès de l’ancien président Bouteflika. À la prison El Harrach, Ould Kaddour pourrait retrouver Saïd Bouteflika, celui-là même qui l’avait propulsé à la tête de Sonatrach en 2017.

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