Politique

Guinée : la flambée du prix du carburant tourne à la controverse politique

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Mis à jour le 5 août 2021 à 14:57

Dans une station-service à Kamsar.

L’annonce de l’augmentation des tarifs à la pompe a provoqué une levée de boucliers au sein de l’opposition. Pour limiter la grogne, le gouvernement met en avant le contexte international et les accords conclus avec les transporteurs.

Depuis ce jeudi 4 août, le prix du litre de carburant à la pompe en Guinée est passé de 9 000 à 11 000 francs guinéens (de 0,77 à 0,94 euro), soit une hausse de 2 000 francs. Les autorités la justifient par la hausse du cours officiel du baril sur le marché international, où il a frôlé les 77 dollars.

En juin, la nouvelle de l’augmentation du prix du carburant avait occasionné une ruée vers les stations-service, provoquant une pénurie artificielle et un renchérissement indu. Les automobilistes qui avaient rempli leur réservoir et les vendeurs au marché noir qui disposaient de stocks de sécurité ont dû par la suite revendre le carburant au prix officiel, donc à perte.

En juin, les rumeurs s’étaient matérialisées plus vite que la décision officielle, retardée visiblement par un manque de consensus des acteurs impliqués, au premier rang desquels le syndicat des transporteurs. Cette fois, la hausse en a pris plus d’un de court.

« Cette décision était attendue depuis un moment, mais son annonce a été repoussée afin de mener au préalable des concertations avec les acteurs impliqués et d’envisager des mesures d’accompagnement pour éviter que le pouvoir d’achat des Guinéens ne se trouve affecté, notamment dans les transports, explique à Jeune Afrique Tibou Kamara, porte-parole du gouvernement. Il fallait que la décision soit concertée et librement acceptée par les acteurs du secteur, notamment le syndicat des transporteurs, particulièrement concernés par le réajustement des prix », renchérit-il.

Reçus par Alpha Condé

Avant de fixer le nouveau tarif, il y a eu des tractations. Notamment avec ce syndicat, qui a été reçu par le nouveau secrétaire permanent du cadre de dialogue politique et social, Fodé Bangoura, un ancien baron du régime de Lansana Conté, puis par le président Alpha Condé lui-même.

« C’est de la poudre aux yeux. En fait, il y a des syndicats plus accommodants que d’autres », réagit le président du Bloc libéral, Faya Millimouno. Pour l’opposant, le fond du problème est ailleurs. « Conakry est l’une des rares capitales à ne pas avoir un service public de transport. Or l’État ne peut pas fixer le prix d’un service qu’il ne fournit pas. »

Aucun paiement ne peut être exigé à quelque titre que ce soit

Les ministères de la Défense nationale ainsi que de la Sécurité et de la Protection civile se sont en outre engagés à supprimer les check-points clandestinement installés sur les différents axes routiers qui, sous couvert de lutter contre les coupeurs de route, servaient surtout à rançonner les transporteurs.

« Il est important de signaler que les barrages filtrants et les points de contrôle ont pour unique vocation la détection des armes et munitions, des produits de contrebande, de drogue, la recherche et l’identification de malfaiteurs et autres coupeurs de route et la traite des enfants. Seules ces infractions peuvent occasionner l’immobilisation du véhicule et l’interpellation des contrevenants. Aucun paiement ne peut être exigé à quelque titre que ce soit. Tout contrevenant sera démis de ses fonctions et traduit en justice. »

En contrepartie de l’engagement des autorités à mettre fin aux rackets, les transporteurs ne doivent pas modifier leurs tarifs malgré la hausse du prix du carburant. « Les barrages coûtaient du temps et de l’argent, disent les transporteurs. Leur suppression leur dégage une marge économique non négligeable. La bonne nouvelle est que l’augmentation n’a pas d’impact sur le coût de la vie comme beaucoup le craignaient », assure Tibou Kamara.

Tarifs des transports en hausse

En dépit de ces engagements, les prix du transport ont varié chez nombre de chauffeurs à Conakry : le coût d’un tronçon est passé de 1 500 à 2 000 francs. Ousmane Horoya Sylla, de la Fédération syndicale des transporteurs et mécanique générale de Guinée, relativise ces hausses, assurant que « tout le monde ne disposait pas du même niveau d’information ». Il assure avoir engagé des actions de sensibilisation, pour veiller « au respect du maintien des prix ».

La majorité des Guinéens tire le diable par la queue

« Nous faisons confiance à nos partenaires syndicalistes, qui se sont librement engagés à contrôler les tarifs et qui vont se donner les moyens d’amener leurs adhérents à se conformer à l’accord », assure Tibou Kamara, qui juge qu’il est « trop tôt pour dire que l’engagement n’est pas appliqué ».

Des explications qui ne parviennent cependant pas à convaincre au sein de l’opposition. « C’est une grosse erreur que le gouvernement commet. La majorité des Guinéens tire le diable par la queue, rétorque Faya Millimouno. Cette augmentation du prix du carburant a pour conséquence première la montée du chômage et de la pauvreté, ce qui risque de provoquer des remous, le peuple est dos au mur. »