Politique

Algérie – Covid-19 : quand la diaspora se mobilise

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Mis à jour le 06 août 2021 à 14h34
Un médecin algérien avec une bouteille d’oxygène offerte par une société privée, dans la ville de Blida (nord), le 28 juillet 2021.

Un médecin algérien avec une bouteille d'oxygène offerte par une société privée, dans la ville de Blida (nord), le 28 juillet 2021. © RYAD KRAMDI/AFP

Face aux ravages de la pandémie et à la pénurie d’oxygène des hôpitaux, les Algériens de la diaspora se mobilisent pour collecter des dons et envoyer du matériel médical afin de venir en aide aux malades en situation de détresse respiratoire.

Des concentrateurs d’oxygène, des concentrateurs et encore des concentrateurs. Durement touchés par la troisième vague du Covid-19, les Algériens cherchent désespérément ce précieux matériel médical qui fait défaut dans les hôpitaux et auprès des patients à domicile.

La solution à cette grave pénurie vient notamment de l’étranger via les initiatives et les actions de solidarité lancées tous azimuts par des bénévoles ainsi que par des associations.

Présidente de l’Association franco-algérienne de pneumonologie, pneumologue au CHU Tenon à Paris, Lamia Chergui s’est démenée pendant des jours avec un groupe d’amis pour acquérir 500 concentrateurs d’oxygène ainsi que divers équipements médicaux pour les mettre à disposition des hôpitaux en Algérie.

Élan de solidarité

Ce 4 août, un avion-cargo chargé de 20 tonnes de ce matériel atterrit à Alger. Ces équipements ont été rapidement distribués, à travers les structures de la Pharmacie centrale des hôpitaux, dans plusieurs établissements hospitaliers du pays.

Une équipe médicale de pneumologues et réanimateurs franco-algériens est attendue

De nouvelles livraisons doivent être assurées dans les prochaines semaines, notamment d’appareils de pression positive, d’appareils de ventilation non invasive, d’aspirateurs de mucosités, de nébuliseurs, de lits médicalisés et de masques.

Une équipe médicale de spécialistes pneumologues et réanimateurs franco-algériens est attendue la semaine prochaine en Algérie pour assister le personnel médical déjà fortement sollicité depuis l’apparition du variant Delta qui, de l’avis des médecins, touche désormais les jeunes et même les nourrissons.

« Le ministère des Affaires étrangères et de la communauté nationale à l’étranger, le Consulat général d’Algérie à Paris ainsi que la compagnie nationale Air Algérie ont été mis à contribution pour piloter cette opération, insiste Farid Merabet qui participe à cette initiative. Les douanes ont également été efficaces pour faciliter la sortie rapide de ces équipements. »

Face à la pénurie de gaz médical, les autorités ont ainsi pris une batterie de mesures visant à lever les entraves et les contraintes bureaucratiques et douanières aux particuliers, aux associations et aux entreprises qui souhaitent importer les équipements médicaux.

Médecins et spécialistes estiment que les chiffres des autorités devraient être multipliés par cinq

Ces mesures sont rendues encore plus nécessaires par l’immense élan de solidarité qui a été mis en place par la diaspora algérienne en Europe et au Canada. Cette troisième vague avec son variant Delta, sans commune mesure avec les deux précédentes, provoque une hécatombe dans les hôpitaux du pays qui se retrouvent ainsi littéralement dépassés par le nombre de contaminations et d’admissions. Selon les chiffres officiels fournis par le ministère de la Santé, 630 personnes sont décédées des suites du Covid-19 au cours des 30 derniers jours.

Désastre sanitaire

Par ailleurs, 460 décès ont été enregistrés parmi le personnel soignant depuis le début de la pandémie, dont 262 médecins. Au cours du mois dernier, 45 médecins ont perdu la vie après avoir été contaminés par le virus.

Toutefois, ces statistiques ne reflètent guère l’ampleur de ce qui s’apparente à un désastre sanitaire. Médecins et spécialistes estiment que les chiffres des autorités devraient être multipliés par cinq.

Contrairement aux vagues précédentes, la grande majorité des patients hospitalisés ou à domicile succombe faute d’oxygène. La demande pour des concentrateurs et des bouteilles de gaz médical sont telles que les réseaux sociaux enregistrent un flux incessant d’appels de parents, amis et anonymes pour venir en aide aux malades en situation de détresse respiratoire.

Des gens n’arrêtent pas de m’écrire pour demander des concentrateurs et des bouteilles d’oxygène

La pression autour de ce produit provoque tensions, crises de nerfs, voire des braquages de camions transportant des bouteilles d’oxygène. D’où l’urgence d’activer les réseaux de la diaspora.

Aide psycho-médicale installée à Lille, Hanane Trinel Ourtilani dit ne peut pas pouvoir rester les bras croisés face à cette situation. Avec des amis et des connaissances, elle collecte 45 000 euros de dons pour acquérir 40 concentrateurs ainsi que deux lits médicalisés. Avec des papiers en règle, le conteneur a été rapidement dédouané et le matériel livré à des médecins à Oran ainsi qu’à des particuliers en souffrance.

« Des gens n’arrêtent pas de m’écrire pour demander des concentrateurs et des bouteilles d’oxygène, explique Hanane. Les demandes sont tellement énormes que nous comptons lancer une nouvelle cagnotte pour acquérir d’autres équipements. »

Don de 500 concentrateurs d’oxygène

Au-delà de la compassion et de l’entraide en direction des personnes souffrantes et de leurs proches, ce bénévolat se veut comme une réponse urgente aux carences des structures sanitaires du pays ainsi qu’aux défaillances des autorités à faire face à cette épidémie qui a fait officiellement 4370 victimes depuis son apparition en mars 2019.

Président de « Santé Cie », un groupe de prestations de santé spécialisé dans la prise en charge des patients à domicile actif en France et en Allemagne, Larbi Hamidi n’est pas non plus insensible aux drames que vivent ses compatriotes. Le 3 août, il a fait don de 500 concentrateurs  qui seront acheminés incessamment en Algérie via un cargo civil ou un Hercule C-130 de l’armée algérienne.

Là encore, l’opération s’est rapidement mise en place avec le concours de l’ambassade d’Algérie à Paris, du premier ministère et du ministère de la Santé. Mais il faut beaucoup plus que ces 500 concentrateurs et ces 20 tonnes de matériels pour endiguer cette vague meurtrière, dont le pic devrait être atteint à la mi-août.

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