Politique

Tunisie : dans la famille Al Karama, je demande…

Réservé aux abonnés
Par - à Tunis
Mis à jour le 3 août 2021 à 17:25

Seifeddine Makhlouf, le 2 décembre 2020, face au personnel de l’ARP protestant contre son comportement irrespectueux et agressif.

Retour de flamme. Depuis la suspension des activités de l’Assemblée nationale, sur décision présidentielle, le 25 juillet, le mouvement ultra-conservateur, qui s’est signalé par de multiples débordements au sein de l’hémicycle, est dans la tourmente. Qui sont ses agitateurs les plus en vue ?

Seifeddine Makhlouf et certains de ses compagnons, dont Maher Zid, Mohamed Affes et Abdellatif Aloui, ont été interpellés par la justice militaire pour avoir voulu faire franchir les frontières à une voyageuse fichée S. Ils ont été relâchés, puisque les poursuites entamées par le parquet civil ont rendu caduque la procédure de l’instruction militaire. Ce n’est pas le seul fait qui leur est reproché.

Maher Zid

Plus connu pour ses condamnations que pour ses interventions politiques, il a écopé de quatre ans de prison ferme pour avoir dérobé au tribunal des documents liés au dossier de l’assassinat de Chokri Belaïd, puis de deux ans, par contumace, en 2018, pour avoir insulté le président Béji Caïd Essebsi. Il a bénéficié d’un non-lieu pour des plaintes déposées contre lui par Lotfi Brahem, ministre de l’Intérieur, en 2017. L’ancien greffier des tribunaux, blogueur à ses heures perdues, reste poursuivi pour diffusion de fausses nouvelles et diffamation à l’encontre de Ghazi Jeribi, ancien ministre de la Défense, qu’il a accusé de corruption dans l’acquisition d’avions militaires.

Saïd Jaziri

Animateur de la radio du « Saint Coran », cet imam expulsé en 2007 du Canada joue au chat et à la souris avec le régulateur de l’audiovisuel (Haica), qui réclame la fermeture de ce média pirate. Mais Saïd Jaziri, malgré les poursuites pour insultes, diffamation et injures – il avait qualifié les femmes « d’usines à procréer » en décembre 2020 –, continue à inciter à la haine sur son antenne et traite la Haica d’impie, même depuis l’hémicycle.

Pour Mohamed Affes, l’affaire est entendue : les mères célibataires sont « soit des traînées, soit des femmes voilées »

Rached Khiari

Toujours dans le giron d’Al Karama après avoir voulu créer son propre parti, il avait tranquillement justifié l’assassinat en France de Samuel Paty sans être inquiété. Mais la plainte déposée contre lui auprès du tribunal militaire par le président de la République Kaïs Saïed, dont il assurait dans des vidéos en ligne qu’il devait le financement de sa campagne électorale aux Américains, risque de l’envoyer derrière les barreaux. Depuis, il a disparu, sans être toutefois officiellement recherché par les autorités.

Halima Hammami

L’animatrice radio qui s’est prévalue à l’envi des compliments que lui avait adressés Bourguiba à Carthage a été une journaliste totalement inféodée à l’ancien régime. Mais une injonction du Prophète, qui lui serait apparu en rêve, l’a conduite à se voiler et à rejoindre la coalition Al Karama.

Mohamed Affes

Pour ce médecin, l’affaire est entendue : les mères célibataires sont « soit des traînées, soit des femmes voilées ». « Cela relève de la liberté d’expression. Un député jouit de l’immunité totale et peut tout dire », plaide son camarade Seifeddine Makhlouf.

Ridha Jaouadi estime que programmer des examens au moment de la prière du vendredi est une insulte à la religion

À la suite de ces propos, tenus en décembre 2020, plusieurs partis avaient inscrit l’examen d’une condamnation de cette déclaration à l’ordre du jour de la réunion du bureau de l’Assemblée. Une initiative qui a débouché sur l’agression des députés du Bloc démocratique Anouar Bechahed et Samia Abbou par des élus Al Karama.

Ridha Jaouadi

Cet imam limogé de la mosquée Lakhmi, à Sfax, défend avec un rigorisme à tout crin la polygamie, la peine de mort et la notion d’atteinte au sacré. Il estime aussi que programmer des examens au moment de la prière du vendredi est une insulte à la religion et que la culture est une futilité. Il a pris ses distances en janvier avec le noyau de la coalition, mais reste une référence du groupe parlementaire.