Politique

Crise en Tunisie : au cœur des discrètes discussions entre la France et les États-Unis

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Mis à jour le 30 juillet 2021 à 16:28

Kaïs Saïed, le 25 juillet 2021.

Le Quai d’Orsay et le département d’État américain ont mis au point un « gentleman’s agreement confidentiel », qui comprend une série de propositions de sortie de crise.

Eux aussi ont été surpris dès le 25 juillet 2021 par la décision du président tunisien Kaïs Saïed de s’arroger tous les pouvoirs, de geler l’activité de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) et de démettre le chef du gouvernement Hichem Mechichi. Eux, ce sont les partenaires internationaux du pays qui ont d’abord misé sur la prudence. En coulisses, le Quai d’Orsay et le département d’État américain – qui avaient apporté leur soutien à la révolution tunisienne – ont eu de nombreuses discussions, afin d’élaborer une proposition de sortie de crise en onze points.

Un gouvernement sans Ennahdha

Selon nos informations, ils souhaitent, d’abord, que la politique soit préservée de toute influence de l’armée ou des forces sécuritaires et que Kaïs Saïed soit maintenu dans ses fonctions jusqu’à la fin de son mandat en 2024. Ils suggèrent également de réactiver l’ARP au plus tard le 28 août prochain et d’approuver sur proposition du président, un Premier ministre et un gouvernement, dont Ennahdha ne ferait pas partie. Son chef de file, Rached Ghannouchi, demeurerait à la présidence de l’hémicycle jusqu’à l’adoption de la Cour constitutionnelle.

Puis, toujours selon cette proposition franco-américaine, le chef de l’État conserverait ses prérogatives en matière de diplomatie et de défense, la neutralité des ministères de souveraineté (Intérieur et Justice), devant toutefois être acquise. En parallèle, les députés et les hommes d’affaires ne seraient pas poursuivis en justice, les libertés et la démocratie seraient protégées et garanties grâce, notamment, au parachèvement de la mise en place des institutions constitutionnelles. Enfin, les deux pays en sont venus à des considérations plus régionales et se sont entendus pour que la France puisse investir en Libye (dont la Tunisie est la porte d’entrée) où elle s’engage à faciliter l’organisation d’élections.

Au lendemain de l’annonce du coup de force de Kaïs Saïed, les États-Unis avaient publié le 26 juillet un communiqué de soutien rappelant fermement la nécessité de remettre la gouvernance sur les rails de la démocratie. De son côté, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian n’avait cessé de multiplier les contacts avec son homologue tunisien Othman Jerandi, avant d’appeler à la « nomination rapide » d’un Premier ministre, à la formation d’un nouveau gouvernement et à la réactivation du fonctionnement normal des institutions, en préservant le calme, les acquis démocratiques et l’État de droit.