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Maroc : la garde rapprochée de Fouzi Lekjâa, l’influent patron du football

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La garde rapprochée de Fouzi Lekjâa.

La garde rapprochée de Fouzi Lekjâa. ©

Le président de la Fédération royale marocaine de football, également directeur du budget au ministère des Finances, a tissé sa toile à la lisière du sport et de la politique. Voici ceux qui l’entourent.

GardeRapprochée Fouzi-04Premier Marocain à entrer au conseil exécutif de la Fifa en mars, Fouzi Lekjâa, 51 ans, est devenu au fil des ans une figure de la diplomatie sportive du royaume. Deuxième vice-président de la Confédération africaine de football (CAF) et directeur du budget au sein de la même organisation panafricaine, le natif de Berkane (nord-est) a restructuré et fait avancer la professionnalisation du football marocain depuis son accession à la tête de la Fédération royale marocaine de football (FRMF) en 2014.  

Fouzi Lekjâa est ainsi l’initiateur de plus de quarante conventions de partenariat avec des fédérations africaines, lesquelles permettent au Maroc de conserver une aura dans le milieu à l’échelle du continent. En parallèle de ses fonctions, il est également le plus jeune directeur du budget du ministère des Finances, dirigé par Mohamed Benchaâboun. À ce poste, il assure la gestion de l’investissement public. Et ce n’est pas une coïncidence si les clubs marocains, avec leurs infrastructures de qualité, occupent les meilleures places dans les compétitions continentales. 

Le refus de la candidature du royaume pour organiser la Coupe du monde 2026, finalement attribuée aux États-Unis, au Canada et au Mexique, n’a pas diminué son influence. 


C’est à Fouzi Lekjâa que ce dentiste de formation doit son poste de secrétaire général de la CAF, qu’il a occupé d’avril 2019 à mars 2020. Souvent qualifié de « deuxième cerveau » de Lekjâa dans la gestion du football marocain, il est considéré comme le protégé de ce dernier.  

Mouad Hajji est, depuis août 2020, coordinateur général de la FRMF. Cet ancien chef de cabinet au ministère de la Jeunesse et des Sports (2009-2011) est lui aussi un bon connaisseur des arcanes politiques 

Si Hajji est le numéro deux du système Lekjâa, Omar Khyari, 28 ans, en est assurément le troisième pilier. Conseiller en communication du président, cet ex-consultant du cabinet de conseil de Jacques Attali, Attali & Associés, murmure à l’oreille du chef de la « fédé » dans toutes les réunions de la CAF et de la Fédération internationale de football association (Fifa).

En poste depuis deux ans, il a travaillé sur plus d’une trentaine de dossiers de partenariat avec les fédérations du continent. Premier interlocuteur des médias qui souhaitent approcher Fouzi Lekjâa, il soigne la communication de la fédération sur des chantiers tels que le développement du football féminin au Maroc ou encore les infrastructures destinées aux jeunes.  

Premier vice-président de la FRMF, Hamza El Hajoui, qui codirige le club du FUS de Rabat au côté de Mohamed Mounir El Majidi (qui est également secrétaire particulier du roi Mohammed VI), est aussi le directeur des ressources humaines de CDG Développement, une filiale de la Caisse de dépôt et de gestion du Maroc. Né à Oujda, ville située à seulement 60 kilomètres de Berkane, il fait partie des personnalités politico-footballistiques sur lesquelles Lekjâa peut compter. Ensemble, ils ont organisé le Championnat d’Afrique des nations 2018 (Chan), compétition où seuls les joueurs issus des clubs locaux sont autorisés à représenter leur pays. Preuve de la bonne santé du football marocain, les Lions de l’Atlas en sont les doubles tenants du titre. 

En mars dernier, il s’était publiquement réjoui de la modification de l’article 4 des statuts de la CAF, qui dispose désormais que seuls les pays membres de l’ONU peuvent être représentés au sein de l’instance. Cet amendement, présenté par Fouzi Lekjâa en personne, rend dorénavant impossible l’adhésion de la République arabe sahraouie démocratique (RASD, l’entité séparatiste sahraouie) à l’organe du football continental.  

« Le meilleur des élèves n’atteint même pas la moyenne. » C’est par cette phrase choc que cet expert-comptable de formation, mandaté par Lekjâa pour réaliser un audit du football marocain, en a qualifié l’état de professionnalisation en 2016. À partir de ce constat, le président de la Commission de contrôle et de gestion de la fédération, 70 ans, a encouragé les clubs à se structurer en sociétés anonymes sportives (SAS), afin de bénéficier d’une réglementation en matière comptable, juridique et financière. 

Fiscalité, règlementations contractuelles, régimes de retraite et d’assurance des joueurs… Rien n’échappe à ce technocrate qui était, en 2005, le directeur chargé des entreprises publiques et de la privatisation (DEPP) du ministère des Finances. Il travaille encore aujourd’hui sur ce dossier essentiel aux yeux de Fouzi Lekjâa. 

Gloire du football marocain des années 1990 au début des années 2000, il a été nommé en janvier 2020 directeur technique national de la FRMF avec le soutien de Lekjâa. Un poste qui lui permet de manager l’ensemble des équipes nationales.  

En la personne de l’ancien joueur du club espagnol du Deportivo La Corogne – par ailleurs élu par les supporters galiciens parmi les onze meilleurs joueurs de l’histoire du club –, Lekjâa bénéficie de l’appui d’un homme de confiance attentif à ce qu’il se déroule sur le terrain. Il inspire du respect aux Lions de l’Atlas, qui comptent désormais des joueurs de premier plan tels qu’Achraf Hakimi ou le vainqueur de la Ligue des champions Hakim Ziyech, qui le considèrent comme leur « grand frère ». 

Lorsque Gianni Infantino présente sa candidature à la présidence de la Fifa en 2015, il sait que des soutiens africains sont nécessaires à son élection. Et l’Italo-Suisse a pu compter sur celui de Fouzi Lekjâa pour l’emporter.  

À l’occasion de l’accession de Lekjâa à la vice-présidence de la CAF, en 2017, l’actuel président de la Fifa avait publiquement déclaré le connaître et l’apprécier. Le 21 mars dernier, l’Algérien Kheïreddine Zetchi s’est retiré de la course au siège africain du Conseil exécutif de la Fifa au profit de Lekjâa, qui l’a remporté. Infantino l’en a alors publiquement félicité…

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