Politique

Maroc : l’inquiétant profil du caïd de Daech arrêté en Grèce

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Mis à jour le 30 juillet 2021 à 12:37

Mohamed Boudarga a été arrêté en Grèce.

Mohamed Boudarga a été arrêté le 27 juillet sur la base de renseignements fournis par les services marocains. Voici son parcours de Deir ez-Zor à Thessalonique, en passant par Raqqa.

C’est grâce à des renseignements précis fournis par les services de sécurité marocains (Direction générale de la surveillance du territoire – DGST – et Direction générale des études et de la documentation – DGED) à leur homologue grec, l’EYP, qu’un ex-cadre de l’État islamique (EI), a été interpellé le 27 juillet à Thessalonique, dans le nord de la Grèce. Jeune Afrique est en mesure de révéler sa véritable identité : il s’agit de Mohamed Boudarga, alias Abou Mohamed al Fateh, alias Abou Mokatil al Andaloussi.

Boudarga, 28 ans, a été l’un des premiers Marocains à rejoindre, en juin 2014, la zone syro-irakienne (ils seront 1­600 au total) afin d’intégrer les rangs de Daech.

Police religieuse

Selon le mandat d’arrêt international émis par le Maroc en 2017 et consulté par JA, il a tout d’abord suivi un entraînement militaire avant d’être affecté à la Firka al Khassa (« brigade spéciale ») de Deir ez-Zor, dans l’est de la Syrie, alors sous la coupe de l’État islamique (EI). Remarqué par ses chefs pour son zèle, Boudarga est ensuite muté à Raqqa, la capitale du califat, où il occupe un poste important au sein de la très redoutée Al Hisba (la police religieuse) : il est chargé de récupérer et redistribuer des biens saisis ou abandonnés.

Ce petit caïd, qui n’hésite pas à s’exhiber sur des vidéos sanglantes (l’une d’entre elles, mise en ligne en mai 2015, le montre piétinant le cadavre d’un soldat syrien avec le sourire), est alors considéré comme très proche du porte-parole de Daech, Taha Sobhi Falaha (alias Abou Mohamed al Adnani), responsable des opérations terroristes extérieures.

Entre les mailles du filet

C’est ce dernier qui, peu avant sa mort en août 2016, avait assigné à Boudarga sa nouvelle mission : exporter le jihad au Maroc et implanter un maquis au cœur de l’Atlas. Boudarga s’était donc infiltré en Turquie, muni de faux papiers syriens, en compagnie de son épouse franco-marocaine Louiza Hajjaoui, membre elle aussi de la police religieuse de Raqqa.

Le 6 février 2018, celle qui se fait surnommer Ouur Hajar est arrêtée par la police turque en vertu d’un mandat d’arrêt d’Interpol délivré à la demande de la France – qui la soupçonne de diriger un réseau d’exfiltration de femmes jihadistes vers l’Europe –, puis extradée vers Paris. Boudarga, lui, passe entre les mailles du filet. À la mi-juillet 2021, il entre clandestinement en Grèce avant d’être repéré une semaine plus tard et interpellé.

Mohamed Boudarga est le deuxième ancien cadre marocain de Daech arrêté en ce mois de juillet en Europe sur la base de renseignements fournis par la DGST marocaine. Le 9 juillet, Abderrahmane Al Afia, alias Abi al Barae, un ancien du Front al-Nosra (affilié à Al-Qaïda) ayant rejoint l’EI, a été appréhendé à Salerne par la police italienne. La justice marocaine réclame leur extradition.