Politique

Burkina – Extradition de François Compaoré : le Conseil d’État donne son feu vert

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Par - à Ouagadougou
Mis à jour le 30 juillet 2021 à 17:19

François Compaoré, à Paris, le 12 septembre 2017.

Le 30 juillet, le Conseil d’État français a validé le décret d’extradition de François Compaoré. Suspecté d’avoir commandité l’assassinat, en 1998, du journaliste Norbert Zongo, le frère de l’ex-président burkinabè pourrait être jugé dans son pays.

La décision était attendue. Elle est finalement tombée ce vendredi 30 juillet, en milieu de journée : le Conseil d’État a validé l’extradition vers le Burkina Faso de François Compaoré. « Celui-ci prend acte ; il est prêt à faire face, dans la dignité, l’honneur et avec responsabilité, à la justice burkinabè », écrivent les avocats du frère de l’ancien président déchu Blaise Compaoré, qui ajoutent que François Compaoré « regrette » cette décision, assurant qu’il serait « exposé » à des « risque de torture, de traitements inhumains et dégradants » s’il était remis aux autorités burkinabè.  Ses avocats annoncent par ailleurs avoir saisi la Cour européenne des droits de l’homme, « afin qu’elle fasse échec à l’extradition envisagée ».

L’assassinat de Norbert Zongo

Le Conseil d’État, plus haute juridiction administrative française, a donc validé l’extradition de François Compaoré vers le Burkina. Le frère cadet de l’ex-président Blaise Compaoré est en effet sous le coup d’un mandat d’arrêt international dans le cadre de l’enquête judiciaire portant sur l’assassinat de Norbert Zongo, fondateur du journal L’Indépendant.

À la veille de la décision, l’exécutif burkinabè se disait confiant et s’attendait à une réponse favorable à sa requête. « Compte tenu de l’évolution de ce dossier, nous avons bon espoir, glissait alors une source proche du gouvernement. Les juridictions françaises [cour d’appel de Paris, le 5 décembre 2018, puis Cour de Cassation le 4 juin 2019] ont en effet suivi les prétentions du Burkina, allant jusqu’à prendre un acte administratif pour ordonner l’extradition de M. Compaoré. Il revient donc au Conseil d’État de trancher si cet acte est régulier. Pour notre part, nous le pensons. »

Même son de cloche du côté de la société civile, où l’on n’imaginait pas une autre issue. « Le peuple burkinabè dans son entier attendait que le Conseil d’État valide les premières décisions [des juridictions françaises] », soulignait ainsi l’artiste Serge Bambara, alias Smockey, porte-parole du mouvement Balai Citoyen. Selon lui, l’extradition de François Compaoré est « un aboutissement logique pour la société, qui veut rendre justice », et constitue « une leçon pour ces roitelets qui se croient intouchables. »

Connu pour ses écrits très critiques à l’égard du pouvoir de Blaise Compaoré, Norbert Zongo avait été assassiné le 13 décembre 1998 alors qu’il enquêtait sur le meurtre du chauffeur de François Compaoré. Le corps du journaliste, âgé de 49 ans, et celui de trois de ses compagnons, avaient été découverts calcinés dans une voiture.

Il aurait été préférable qu’il rentre de lui-même au pays

Près de vingt-trois ans après les faits, qui avaient sérieusement ébranlé le régime (depuis sa chute, en 2014,  Blaise Compaoré vit en exil à Abidjan), le Burkina retenait son souffle en attendant la décision de la plus haute juridiction administrative française.

« Tué en cellule »

« Il aurait été préférable que François Compaoré rentre de sa propre initiative s’il n’avait vraiment rien à se reprocher dans cette affaire », estime Chrysogone Zougmoré, président du Mouvement burkinabè des droits de l’homme et des peuples. Ce mouvement avait été à l’avant-garde d’un collectif regroupant société civile, partis politiques et syndicats, qui tous réclamaient justice pour Norbert Zongo et ses compagnons d’infortune.

Le 12 juillet dernier, alors que « petit président », comme l’appelaient ses compatriotes, comparaissait à Paris, ses avocats avaient appelé les magistrats du Conseil d’État à annuler le décret d’extradition, arguant que, si François Compaoré était extradé, « il serait tué en cellule ».

Dépeignant le Burkina comme un pays « dévasté par l’insécurité », à l’appareil judiciaire « délabré et corrompu » et à l’univers carcéral « désastreux », ils avaient dénoncé une affaire politique. « Il y a des pays pour lesquels les garanties diplomatiques ne fonctionnent pas. Ce ne sont que des garanties de parchemin », avait fustigé Me François-Henri Briard, l’un des conseils de François Compaoré.

« Sous le régime en place à l’époque où Norbert Zongo et ses compagnons ont été assassinés, des vies n’étaient pas seulement mises en danger. Elles étaient purement et simplement ôtées à ceux qui osaient dénoncer les abus et travers du pouvoir », rétorque Chrysogone Zougmoré.

La prochaine étape, désormais, est le procès. « Juger François Compaoré constituerait une victoire, particulièrement pour [la mémoire de] Norbert Zongo, qui s’est battu toute sa vie pour l’État de droit, et [offrirait] une réparation pour sa famille », conclut Smockey.