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JAD20210806-ECO-SERIE-FAMILLES © 1er rang Thierry Dalais,Alain NkontchouJean Kakou Diagou,2e rang Bechir Ben Yedder, Mazhar Rawji MONTAGE JA

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[Série] La finance en héritage

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Économie

Cameroun : les Nkontchou, discrets virtuoses de la finance africaine (1/5)

« La finance en héritage ». (1/5). Nés au Cameroun, Alain, Cyrille, William et Mireille Nkontchou forment une fratrie atypique qui fait les beaux jours des places financières d’Afrique et d’Europe.

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Mis à jour le 21 septembre 2021 à 16:59

Mireille, Alain, Cyrille, William Nkontchou. © Bruno Levy/ Ecobank – MONTAGE JA

Comment ne pas être influencé par les personnes dont on est proche ? D’une manière ou d’une autre, et a fortiori lorsque leur parcours est exemplaire, « cela donne des envies ». La remarque lancée par l’un des frères Nkontchou, William, permet de cerner la philosophie des membres de la fratrie. Très soudés, les enfants de Joseph et de Justine Nkontchou, originaires de Baham dans la région de l’Ouest au Cameroun, nagent en effet presque tous dans les mêmes eaux.

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Sur sept, quatre (Alain, Cyrille, William et Mireille) font partie de la famille de la finance africaine. Pour les autres : l’un, Stéphane, évolue dans une discipline voisine. Entrepreneur, le « petit dernier» a récemment lancé un service de restauration et fournit notamment le Lycée français à Douala et à Yaoundé. Et deux sœurs sont quant à elles médecin gastro-entérologue aux hôpitaux de Paris (Gisèle) et avocate aux barreaux de Paris et du Cameroun (Caline).

William, le cartésien

NKONTCHOU WILLIAM © William Nkontchou

NKONTCHOU WILLIAM © William Nkontchou

Des profils qui donnent le tournis, encore davantage lorsqu’on se penche sur les parcours académiques. « Nous avons eu de la chance, avec des parents diplomates (leur père a travaillé pour le ministère camerounais des Finances, ndlr), de venir vivre et étudier en France », admet William Nkontchou. Vêtu de la panoplie du financier un vendredi – veste de costume de marque anglaise bleu foncé, chemise assortie et paire de jeans –, il évoque sans emphase, mais en détail, son parcours.

Né en 1973, diplômé de l’École des Mines et de Polytechnique, il boucle ses études à Harvard, aux États-Unis. « J’aurais pu faire des maths. Mais à l’époque cela aurait voulu dire être universitaire », explique-t-il. Trop peu concret pour ce cartésien – sa seule excentricité est une passion pour les objets d’art –, il délaisse rapidement les équations de l’ingénieur pour les exposants de l’investisseur.


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En effet, William Nkontchou passera notamment par Merrill Lynch avant d’atterrir en 2008 dans le fonds d’investissement Emerging Capital Partners (ECP cofondé par Vincent Le Guennou), dont il finira associé du bureau parisien jusqu’à peu. Et c’est grâce à cette dernière expérience qu’il retrouve régulièrement sa terre d’origine. Administrateur d’une microfinance basée à Yaoundé, First Trust Savings and Loans, William s’y rend fréquemment. L’occasion de joindre l’utile à l’agréable, s’offrant un détour par la concession familiale au sein de laquelle ses parents coulent des jours heureux.

Cyrille, le rassembleur

Cyrille Nkontchou, fondateur d'Enko. &copy; Cyrille Nkontchou &#8211; Vincent Fournier/JA

Cyrille Nkontchou, fondateur d'Enko. © Cyrille Nkontchou – Vincent Fournier/JA

C’est également le travail qui permet à son grand-frère Cyrille de revenir plus souvent au Cameroun. Il intègre en 2016, pour une durée de cinq ans, le conseil d’administration de la filiale locale du groupe bancaire gabonais BGFI en tant qu’administrateur indépendant. Ce rôle lui impose d’être physiquement présent lors de l’arrêté des comptes.

À 54 ans, le Young Leader de 2006  privilégie toujours le travail en famille

Lui qui partage sa vie entre Johannesburg et Abidjan consacre son énergie au continent. Et pourtant il le fait discrètement. En effet, l’expression « évoluer en dessous des radars » lui colle à la peau quand on interroge ses pairs. Peu à l’aise à l’idée que l’on parle de lui dans les médias, l’attitude de ce financier de bientôt 54 ans, cogne avec sa réussite et la distinction « Young Leader » qu’il a reçu en 2006 au Forum économique mondial de Davos.

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Diplômé de Sciences Po Paris et de Harvard, il commence à Paris (Accenture) et à Londres (Merrill Lynch), avant de créer son activité en Afrique. Il fonde en 2000 la société de conseil Liquid Africa, puis, en 2007, le distributeur d’intrants RMG Concept. Cyrille, le « rassembleur », cofonde dans la foulée, avec son frère Alain, la société de gestion d’actifs Enko Capital, qui a notamment remporté en 2020 la gestion des retraites des salariés de la BEAC pour la zone Umoa. Ensuite, il travaille avec sa sœur Mireille au sein d’Enko Education, un réseau panafricain d’établissements privés qu’il a fondé en 2013.


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Mireille, l’éclectique

Mireille Nkontchou &copy; Mireille Nkontchou

Mireille Nkontchou © Mireille Nkontchou

Et c’est justement la cadette qui parle le mieux de la branche éducation du fonds Enko, présidée par son frère et dirigée par le Français Éric Pignot. Enko Education représente aujourd’hui 13 écoles, réparties dans neuf pays africains, du Cameroun au Sénégal en passant par la Côte d’Ivoire, mais aussi l’Afrique du Sud ou encore le Mozambique. Mireille contribue à élargir le périmètre du réseau d’écoles, passant progressivement de l’enseignement primaire à la 12e (équivalent à la Terminale, ndlr) – de 3 à 18 ans.

Avec trois frères qui parlent, mangent, respirent finance…je ne pouvais finir que par tomber dans la soupe

Actuellement elle met sur pied la Fondation Enko – en cours de constitution – qui vise à suivre les jeunes élèves diplômés du groupe d’écoles dans leur intégration à l’université à travers des bourses et un coaching spécifique. « Avec trois frères qui parlent, mangent, respirent finance, d’un côté. Et une mère, entrepreneure et directrice d’établissement scolaire (l’École de la Gaieté à Yaoundé, ndlr), d’un autre. Je ne pouvais finir que par tomber dans la soupe », s’amuse Mireille Nkontchou qui, à 42 ans, partage son temps à parts égales entre Yaoundé et Londres.

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Même si c’est un chemin de traverse qui a ramené cette broker touche-à-tout (ex BGC Partners) vers le liant familial. Après des études en droit à Paris, inspirées de l’expérience de sa sœur avocate, elle est attirée très tôt par la finance et sort diplômée de la London School of Economics (LSE). Aujourd’hui, elle envisage de revenir à ses premiers amours, tout en gardant un pied dans l’éducation.

Alain, le pionnier

Alain Nkontchou est le président du conseil d’administration d’Ecobank, groupe panafricain présent dans 33 pays du continent comptant plus de 32 millions de clients. © Ecobank

Alain Nkontchou est le président du conseil d’administration d’Ecobank, groupe panafricain présent dans 33 pays du continent comptant plus de 32 millions de clients. © Ecobank

D’ailleurs, le sujet en gestation fera certainement l’objet d’une réunion de famille, à neuf, via Zoom, l’application de visioconférence qui a définitivement mis au placard Skype, avec la crise du Covid-19. La dernière réunion dominicale a duré trois heures et donné lieu à plusieurs appels consécutifs en aparté. « Projets de rénovation à la concession, projet personnel ou professionnel… Tous les sujets sont évoqués et font l’objet d’un rendez-vous ad hoc. Nous prenons vraiment les décisions tous ensemble, peu importe où l’on se trouve », détaille William Nkontchou.

Ses fils jumeaux étudient tous deux l’économie et la finance. L’un à LSE, l’autre à la Queen Mary University

Une formule qui arrange ce Parisien d’adoption qui, s’il est amené à se déplacer fréquemment dans le cadre de son travail, n’envisage pas encore de « retour au pays ». Sur ce point, Alain, l’aîné de la fratrie, est plus avancé. L’ancien banquier d’affaires à Londres, cofondateur d’Enko Capital et président du conseil d’administration d’Ecobank, dispose d’une résidence secondaire au Cameroun.

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Né en 1963, Alain Nkontchou est de la veine de ces Africains qui ont dû travailler hardiment pour faire leurs preuves dans un milieu très peu cosmopolite. Un contexte qui semble-t-il a forgé son caractère. Peu disert et relativement discret, malgré un impressionnant réseau personnel et professionnel, il a la réussite modeste. En tout cas, c’est lui qui prépare la prochaine génération de Nkontchou aux manettes. Ses fils, les jumeaux Meido et Moyo Nkontchou, n’ont pas fait qu’emprunter son flegme à leur géniteur. Le premier, étudiant à LSE, est actuellement en stage d’été en tant qu’analyste financier chez JP Morgan. Tandis que le second qui suit le cursus économie, finance et gestion à la Queen Mary University, dont il sortira diplômé en 2022, a déjà couché les noms de KPMG et de VAR Capital sur son CV. La saga des financiers Nkontchou n’est pas près de s’arrêter.