Politique

Interpol, un partenaire précieux au Sahel 

Mis à jour le 30 juillet 2021 à 09:12
Dominique Trinquand

Par Dominique Trinquand

Général 2S, ancien chef de la mission militaire française auprès de l’ONU

Soldats tchadiens lors d’une opération avec le G5-Sahel et les forces françaises de Barkhane, Tin-Akoff (Burkina Faso), avril 2021.

Le retrait de Barkhane appelle un redéploiement des troupes africaines et européennes chargées de maintenir la paix au Sahel. Interpol, qui désignera bientôt son nouveau dirigeant, peut devenir un acteur du nouveau dispositif.

Le président Emmanuel Macron a annoncé la fin de l’opération Barkhane d’ici au début de 2022. Après huit ans d’opérations dans la région, la France change de stratégie, se concentrant désormais sur la lutte antiterrorisme tout en continuant à aider les armées africaines, en première ligne, à monter en compétence.

Nouveau paysage sécuritaire

Pour mener ce combat, qui n’est pas supporté que par la France, la communauté internationale doit amplifier ses efforts en s’appuyant sur tous les acteurs multilatéraux, comme l’ONU, la Force conjointe du G5 Sahel, la force Takuba, mais aussi Interpol.

Dans le domaine militaire, l’opération française, dont les effectifs devraient diminuer, se voit d’ores et déjà renforcée par la force Takuba, mission constituée de forces spéciales européennes dont la moitié provient de pays tels que l’Estonie, la République tchèque, la Roumanie et la Suède.

D’autres ont déjà annoncé leur déploiement, en particulier la Norvège, l’Italie et le Danemark. Outre la force Takuba, la Force conjointe G5-Sahel (FC-G5S) jouera un rôle croissant dans ce nouveau paysage sécuritaire. Elle regroupe le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Tchad. Au Mali, les casques bleus de la Minusma devraient voir leurs effectifs augmenter.

Au-delà de l’aspect militaire de la lutte contre le terrorisme, la communauté internationale doit utiliser tous les acteurs contribuant à combattre les trafics qui l’alimentent. C’est le cas d’Interpol. L’organisation basée à Lyon, qui organise la coopération policière internationale, joue un rôle peu connu dans la région : elle appuie la composante police de la FC-G5S pour favoriser les échanges d’informations entre les forces militaires et policières des différents états membres.

Un soutien technique et technologique

Grâce à son travail, les données recueillies sur les théâtres d’opérations peuvent être transmises aux forces policières, au Sahel et au-delà. Interpol apporte aussi un soutien technique et technologique important, en mettant ses bases de données biométriques et son expertise des substances chimiques explosives à la disposition des pays membres.

Les réseaux criminels opèrent sur plusieurs théâtres, franchissant les frontières sans embarras

Cela est primordial car on sait que les nouveaux outils utilisés par les réseaux criminels (des messageries cryptées aux cryptomonnaies) sont souvent plus avancés que ceux des forces de l’ordre. Ces réseaux opèrent sur plusieurs théâtres, franchissant les frontières sans embarras. Le Sahel est un des exemples les plus concrets : les frontières nationales y sont aussi poreuses que la limite entre les mafias, qui trafiquent, les religieux extrémistes, qui divisent, et les terroristes, qui kidnappent et assassinent. Les uns financent les autres, et tous exploitent le manque de coopération entre les services de police locaux.

Renforcer la coopération

À ce titre, la candidature à la présidence d’Interpol offre l’occasion de renforcer la coopération au Sahel. Les Émirats arabes unis (EAU) proposent le premier candidat arabe à la tête de cette institution. Les EAU, alliés de la France dans la lutte contre l’islamisme violent et depuis plusieurs années à l’avant-garde de la lutte antiterroriste, sont des partenaires fiables et essentiels.

Leur candidat déclaré à la présidence d’Interpol, le général Ahmed Nasser Al Raisi, souhaite amplifier le rôle de cette institution dans la lutte contre le terrorisme au Sahel. Membre du comité exécutif d’Interpol depuis 2018 et chef expérimenté de la police des EAU, il place l’utilisation des nouvelles technologies au cœur de sa campagne.

Habitués à un rôle de médiateur entre le bloc occidental et les puissances asiatiques ou africaines, les EAU sont déterminés à ce qu’Al Raisi devienne le premier président de l’institution lyonnaise issu du monde arabe – un symbole important tant la compréhension des dynamiques animant cette région est cruciale dans notre lutte commune contre le terrorisme et l’extrémisme.
Par son positionnement au croisement de nombreux enjeux qui planent actuellement sur le Sahel, Interpol est une institution qui peut contribuer à faire avancer durablement la paix dans cette région stratégique pour la France et l’Europe. Élire à sa présidence un expert des liens entre crime organisé et terrorisme permettra à Interpol de prendre une place importante dans le dispositif sécuritaire qui accompagnera la lutte contre le terrorisme au Sahel.