Dans le centre-ville de Niamey. © ISSOUF SANOGO/AFP

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Politique

Niger – Ousseini Hadizatou Yacouba : « En “dame de fer”, je ne lâche rien ! »

Que ce soit pour mettre de l’ordre et de la transparence dans le secteur minier ou défendre les droits des femmes et leur représentativité, Ousseini Hadizatou Yacouba ne s’en laisse pas conter. Rencontre avec la nouvelle ministre des Mines du Niger.

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Par - Envoyé spécial à Niamey
Mis à jour le 20 septembre 2021 à 11:13

Ousseini Hadizatou Yacouba, Ministre des Mines, dans son bureau à Niamey, le 16 juillet 2021. © François Xavier Freland pour JA

Originaire de Dogondoutchi, aux abords de la frontière avec le Nigeria, madame la ministre des Mines a gardé de son enfance heureuse un goût pour la simplicité et une vraie conscience féministe. À 62 ans, Ousseini Hadizatou Yacouba est plus que jamais une femme engagée. Diplômée d’une double maîtrise en administration des affaires et en gestion de projets de l’Université du Québec à Montréal (Uqam), cette « experte nationale genre » était, depuis 2013, directrice de cabinet adjointe de Mahamadou Issoufou, avec rang de ministre.

Vice-présidente de l’Internationale socialiste des femmes, où elle est la représentante pour l’Afrique occidentale et l’Afrique centrale, elle a été pendant nombre d’années à la tête de l’organisation des femmes du Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS-Tarayya). C’est à cette battante – avec laquelle il a l’habitude de travailler depuis des années, puisqu’il était directeur de cabinet du président – que le Premier ministre Ouhoumoudou Mahamadou a confié le stratégique ministère des Mines.

Jeune Afrique : En quoi la méthode de Mohamed Bazoum diffère-t-elle de celle de son prédécesseur ?

Ousseini Hadizatou Yacouba : Bazoum, c’est la continuité. Issoufou et lui ont la même vision : « S’oublier soi-même et s’investir pour développer le pays. » J’essaie de faire la même chose. Je ne voulais pas vraiment devenir ministre, j’étais députée et, quitte à choisir, je préférais rester à l’Assemblée. Mais le président Bazoum a insisté et m’a dit : « S’il y a une seule femme dans ce gouvernement, ça sera toi. Je veux compter sur toi, sur ta rigueur. Le poste que je te confie, c’est pour travailler sur la gouvernance. Pour être sûr que je ne vais pas me tromper d’objectif. » C’était difficile de refuser.

Vous n’êtes que cinq femmes dans le gouvernement, c’est peu. Allez-vous œuvrer pour que cela change ?

Selon la loi sur les quotas, ce gouvernement comptant 34 portefeuilles, au moins une dizaine auraient dû être confiés à des femmes. Je suis une fervente partisane des droits des femmes, mais je suis aussi une politique et je comprends les difficultés à constituer un gouvernement. Il fallait d’abord un gouvernement inclusif, où tous les partis ayant participé à la victoire du président Bazoum soient représentés.

Nous allons tout faire pour travailler dans la transparence

Reste que certains politiques pensent d’abord à eux-mêmes avant de penser aux femmes. Pour ma part, je ne vais pas aller jusqu’à souffler des noms au président, mais je rappelle que les textes sont là. Des dispositions seront prises pour qu’elles soient plus nombreuses à être mises au contact du pouvoir. Le PNDS a toujours œuvré dans ce sens. Ouhoumoudou Mahamadou est un cacique du parti, un fidèle, avec un carnet d’adresses et une expertise. C’est un bon choix de Premier ministre, et il me soutient en tant que femme. Il m’a néanmoins conseillé d’être prudente « pour ne pas être minée », a-t-il dit (rires). Mais ma référence en politique, c’est Margaret Thatcher et j’en ai gardé le surnom : en « dame de fer », je ne lâche rien !

Quels sont vos objectifs à la tête du portefeuille des Mines ?

J’ai déjà une image de rigueur, j’essaie de mettre en confiance tous ceux avec lesquels je suis amenée à collaborer, pour faire avancer la bonne gouvernance dans le secteur minier. Concrètement, nous allons tout faire pour travailler dans la transparence. Nous avons engagé des discussions pour favoriser l’efficience et l’efficacité. Neuf directions techniques ont déjà été regroupées, que l’on suit et que l’on accompagne pour alléger la structure centrale. Nous avons aussi travaillé à l’établissement d’un cadastre minier unifié et l’avons mis en ligne pour qu’il soit accessible à tous. Ensuite, nous avons regardé un à un les permis. Désormais, on n’en délivre aucun sans vérifier ce qui se passe réellement sur le terrain.

Quelle est la situation de la filière uranium au Niger ?

Elle est en crise. Depuis la catastrophe de Fukushima en 2010, les cours n’ont jamais été aussi bas. Les grands bénéficiaires ont assez de stock pour assurer la combustion. Mais nous avons vu arriver de nouveaux acteurs, notamment des sociétés canadiennes, comme Global Atomic Corporation [dont la mine de Dasa doit entrer en production en 2022], et chinoises, comme la Somina [Société des mines d’Azelik, coentreprise entre la chinoise CNNC et l’État nigérien], dont les coûts de production sont plus bas.

Il y a une demande très forte pour travailler dans la filière aurifère

Comment se passe la fermeture du site de la Compagnie minière d’Akouta (Cominak), depuis l’arrêt de la production à la fin de mars ?

Le gouvernement a institué un comité d’orientation pour la fermeture et le suivi. Je me suis moi-même rendue sur le site et, avec les autorités d’Agadez, nous avons discuté avec les employés, les syndicats, les sous-traitants, etc., pour aider à redynamiser la région. La situation n’est pas facile. Cette mine a été à l’origine de la création de la ville d’Arlit. Plus de 800 employés ont été déflatés [mis au chômage] et près d’un millier de sous-traitants se retrouvent dans la même situation… Mais dans la région d’Agadez, il y a de l’or, beaucoup d’or, et cela peut rapporter bien plus que l’uranium.

Ce nouvel eldorado n’est-il pas à double tranchant ?

Dans le cadre de la nouvelle loi minière adoptée en 2020, une disposition vise à orienter les orpailleurs vers le formel. Avec l’octroi de permis de petites mines ou d’exploitation semi-mécanisées, on donne aux orpailleurs un lopin de terre où travailler. Nous les sensibilisons pour qu’ils cherchent à entrer dans le système légal, notamment en obtenant des autorisations de commercialisation pour une meilleure traçabilité. Il y a une demande très forte pour travailler dans la filière. On a fermé certains sites que l’on a rouverts aussitôt, car des milliers de personnes se retrouvaient au chômage et l’on craignait de graves tensions.

On fait tout pour que les installations d’exploitation ne profitent pas aux terroristes

Comment limiter l’impact des activités minières sur l’environnement ?

Désormais, des études d’impact environnemental sont obligatoires avant l’octroi des permis. Par ailleurs, la loi minière oblige le promoteur à protéger les sites et à les reconstituer après l’arrêt des activités. Surtout, on organise des contrôles sur le terrain pour voir si les opérateurs respectent les règles : on a par exemple constaté que certains avaient des sites d’exploitation sur les cours d’eau alors que la loi l’interdit. On vérifie que les produits chimiques utilisés sont autorisés, qu’on ne fait pas travailler d’enfants, etc.

À quel point le terrorisme freine-t-il l’essor du secteur ?

La situation est très difficile dans le Gourma et autour du parc national du W, dans la zone des trois frontières, où il y a d’importants gisements aurifères. Nous y avons la Société des mines du Liptako [SML, 80 % détenus par la Société du patrimoine des mines du Niger (Sopamin) et 20 % par l’État], qui exploite les sites de Samira Hill et de Libiri. Cette zone bénéficie d’un programme financé par l’Union européenne pour stabiliser la frontière des trois pays et, afin de renforcer le dispositif, notre gouvernement y a aussi placé un bataillon militaire entier. Jusqu’à présent, toutes les activités d’exploitation officielles étaient suspendues. On fait tout pour qu’elles ne profitent pas aux terroristes, qui rackettent les populations, chassent les expatriés… Si on ne reprend pas le contrôle du terrain, on leur offre le coffre-fort du pays !