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Les groupes chinois, comme ici au Kenya, participent à la construction de nombreuses voies ferrées, mais ne s’occupent guère de leur exploitation.

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Logistique : accélérer le désenclavement

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Économie

Maroc : l’ONCF retrouve de l’allure avec le fret

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Mis à jour le 16 septembre 2021 à 14:50

Rame de la ligne de grande vitesse de l’ONCF.

Menacée par sa dépendance à OCP, qui a diversifié ses modes de transport des phosphates, la compagnie ferroviaire a su rebondir en se positionnant comme un acteur logistique indispensable à de nombreuses industries, automobile en tête.

Tanger en deux heures et dix minutes sur la Ligne à grande vitesse (LGV) n’est pas la seule prouesse de l’Office national des chemins de fer (ONCF) marocain. Avec 24,5 millions de tonnes de marchandises transportées chaque année, le réseau de la compagnie ferroviaire a toujours joué un rôle crucial dans les activités logistiques du royaume, au-delà du transport des passagers. 

Modèle économique viable

 « Nous avons construit un modèle économique viable avec une intégration progressive des principales composantes de la chaîne logistique », nous explique Mohamed Rabie Khlie, directeur général de l’entreprise publique depuis 2004. 

L’ONCF se positionne comme un prestataire de solutions logistiques globales « door-to-door » (de-bout-en-bout) incluant, outre son métier de base de transporteur ferroviaire, la gestion de terminaux à conteneurs et d’entrepôts logistiques ainsi que la distribution par route depuis ou vers la gare.

L’opérateur propose également son expertise pour accompagner ses clients dans leurs projets, comme il l’a fait avec les deux constructeurs automobiles Renault et Stellantis (le nom de l’attelage PSA-Fiat] qui se sont implantés industriellement au Maroc. 

Des capacités importantes

Chaque jour, six trains d’une capacité de 1 500 voitures sont ainsi assurés par la compagnie ferroviaire pour le compte de Renault sur la liaison d’une trentaine de kilomètres entre son usine de Melloussa et le port de Tanger Med.

Les installations ferroviaires de l’usine ont été pensées pour le futur port de Kenitra Atlantique

Deux autres trains quotidiens transportant chacun 560 voitures font quant à eux un trajet beaucoup plus long – 245 km – pour le groupe Stellantis, entre Kénitra, où est implantée son usine, et Tanger Med.

 « La convention des prestations ferroviaires signée en 2016 traite du transport des voitures par train aussi bien sur le port de Tanger Med que sur le futur port de Kénitra Atlantique, précise le patron de l’ONCF. Les installations ferroviaires réalisées à l’usine de Kénitra ont d’ailleurs été conçues de manière à pouvoir assurer le transport de voitures vers ce futur port sans aucune difficulté », indique-t-il.

Gros contrats sécurisés

Si l’entreprise cherche à verrouiller ses contrats, c’est que toute l’activité fret a failli dérailler en 2012, quand son premier client, OCP Group, a lancé les travaux de son « minéroduc » (pipeline destiné à acheminer les minerais) pour le transport de ses phosphates entre les mines de la région de Khouribga et les installations industrielles et portuaires de Jorf Lasfar. Nombreux pariaient même sur l’extinction du fret ferroviaire.

L’ONCF a malgré tout conservé deux axes de transport des phosphates, notamment celui entre la mine de Benguerir et le port de Safi.

Nous allons pérenniser le transport des phosphates par train 

OCP reste d’ailleurs le premier client de la compagnie ferroviaire : les activités de transport en 2020 – malgré la crise sanitaire liée au Covid-19 – ont porté sur un volume dépassant les 16 millions de tonnes de phosphates, ce qui a représenté un chiffre d’affaires de 1,3 milliard de dirhams (122,7 millions d’euros).

« Pour pérenniser davantage le transport des phosphates par train, un partenariat stratégique sera bientôt mis en place entre l’ONCF et OCP. Il sera élargi à d’autres domaines d’activités connexes au transport des phosphates et de ses dérivés », précise Rabie Khlie.

Un portefeuille de 180 grands comptes

Outre OCP et les constructeurs automobiles Renault etPSA, la société est partenaire de tout ce que le royaume compte comme grands opérateurs publics et privés.

Parmi les 180 grands comptes de son portefeuille clients figurent l’ONEE (Office national de l’électricité et de l’eau potable), le cimentier LafargeHolcim, Cimat (matériaux de construction), Afriquia (distribution de carburant) et Maersk (transport maritime).

L’objectif d’un CA de 750 millions de dirhams est réaliste puisqu’il repose sur des projets en partie déjà déployés

Avec l’appui de l’État, l’ONCF a réussi à se positionner comme acteur incontournable dans les dispositifs prévus des plans logistiques sectoriels, en particulier ceux des céréales et des hydrocarbures.

Conclusion de partenariats stratégiques 

Selon la direction de l’ONCF, l’activité fret et logistique (hors phosphates) a ainsi enregistré au cours des quatre dernières années une progression moyenne de 7 % par an : son chiffre d’affaires est d’ailleurs passé de 475 millions à 510 millions de dirhams.

Les plateformes logistiques au niveau des grands centres économiques sont quasi terminées 

À l’horizon 2025, OCP vise même les 750 millions de dirhams. « C’est un objectif réaliste puisqu’il repose sur des projets en partie déjà déployés », explique Rabie Khlie. 

Des plateformes logistiques sont ainsi quasi terminées au niveau des grands centres économiques du royaume, c’est-à-dire Casablanca, Marrakech, Fès, Tanger et Oujda. Une fois celles-ci pleinement opérationnelles, la massification des flux par train au départ et à destination des ports ainsi que la conclusion de partenariats stratégiques avec les principaux intervenants dans les chaînes logistiques doivent achever de mettre le fret ferroviaire marocain sur la bonne voie.