Politique

Niger – Hassoumi Massaoudou : « Ici, on ne remporte pas une présidentielle au premier tour ! »

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Par - Envoyé spécial à Niamey
Mis à jour le 20 août 2021 à 19:26

Hassoumi Massaoudou, le chef de la diplomatie du Niger, le 17 juillet 2021, à Niamey.

Le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération du Niger, Hassoumi Massaoudou, explique à Jeune Afrique les priorités et aspirations du pays dans la sous-région comme au sein du G5 Sahel. Et se confie sur sa complicité avec le président Mohamed Bazoum.

Tout juste de retour de l’aéroport après une tournée en Afrique de l’Ouest à la mi-juillet, Hassoumi Massaoudou reçoit Jeune Afrique dans sa villa située derrière l’ambassade de Chine et celle des États-Unis. Dans le salon où les ventilateurs tournent bruyamment, les réponses du ministre d’État sont concises, les explications régulièrement ponctuées d’un « vous comprenez ce que je veux dire », le ton parfois abrupt, mais invariablement clair et courtois.

Ancien ingénieur des mines, déjà cinq fois ministre (Communication, Intérieur, Défense, Finances, puis à la présidence), avant d’être nommé chef de la diplomatie au sein du gouvernement d’Ouhoumoudou Mahamadou en avril 2021, Hassoumi Massaoudou, 63 ans, connaît parfaitement les rouages de l’État. Proche de Mahamadou Issoufou, il est aussi ami de longue date de Mohamed Bazoum, avec lequel il a cofondé le Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS-Tarayya), dont il est secrétaire général. Limogé en janvier 2019 du portefeuille des Finances pour avoir affiché son attachement au franc CFA et quelques divergences avec le PNDS et le président Issoufou dans le choix de son dauphin, Hassoumi Massaoudou a réintégré l’exécutif dès septembre 2019, en tant que ministre d’État à la présidence. Désormais à la tête des Affaires étrangères et de la Coopération, toujours ministre d’État et dans le tout premier cercle de Mohamed Bazoum, il reste l’homme des dossiers sensibles. 

Jeune Afrique : Comment vous sentez-vous aujourd’hui au sein du PNDS et de l’exécutif, dont vous avez été écarté pendant quelques mois en 2019 ?

Hassoumi Massaoudou : Je me sens tout à fait à l’aise. Je n’ai jamais été écarté du parti, dont je suis resté le secrétaire général. Aux dernières élections, j’ai été candidat et élu député du PNDS. Je suis membre fondateur du parti et je n’ai jamais eu la tentation de le quitter. Ce parti m’est chevillé au corps. Il y a eu une période de malentendus. Mais, en démocratie, il y a toujours des débats dans les familles politiques. Tout cela relève maintenant du passé.

Que vous a dit le président Bazoum lors de votre nomination aux Affaires étrangères, en avril ?

Le président Bazoum et moi, nous nous connaissons bien. Je sais ce qu’il pense, il sait ce que je pense. Notre camaraderie s’est forgée dans l’épreuve. J’apprécie son engagement en politique, ses valeurs et convictions fortes ainsi que son sens élevé de la camaraderie, que je partage. C’est un militant. J’ai la conviction qu’il sera un grand président.

Ses critiques à l’égard de la junte malienne vous ont-elles donné du fil à retordre sur le plan diplomatique ? 

Le président Bazoum est, de longue date, un ami du Mali, il ne peut être suspect de velléités malveillantes vis-à-vis de ce pays. Notre préoccupation est que l’État malien regagne son autorité sur l’ensemble du territoire et que les Maliens retrouvent la paix et la sécurité. Pour cela, les autorités maliennes doivent se focaliser sur l’organisation des élections dans les délais convenus ; c’est la condition d’une sortie réussie de la transition. Je fais confiance au génie du peuple malien pour trouver les ressorts qui lui permettront de sortir de cette situation difficile.

Craignez-vous, comme certains, une « afghanisation » du Sahel ?

Comparaison n’est pas raison : les talibans sont des forces internes en Afghanistan, les jihadistes du Sahel sont exogènes. Les talibans procèdent d’un mouvement intérieur et ont, de ce fait, une certaine légitimité. Nous, on se bat sur un front international. Nos jihadistes sont des organisations criminelles transnationales.

Les talibans sont des forces internes en Afghanistan, les jihadistes du Sahel sont exogènes.

Le retrait annoncé des troupes françaises du Mali implique-t-il un renforcement de la coopération militaire française au Niger ?

Il y a une reconfiguration du dispositif Barkhane, pas un retrait. La montée en puissance des armées régionales nous donne des motifs d’espoir. C’est nous qui menons notre guerre ! Et c’est là notre garantie… Nous apprécions le soutien des troupes françaises – qui ont été les plus engagées à nos côtés –, c’est le lieu pour moi de leur rendre un hommage appuyé. Cependant, nous devons d’abord compter sur nous-mêmes. C’est ce qui fera la différence, pour nous comme pour les Maliens.

La France a raison de changer de stratégie. Ce n’est plus une guerre de masse, mécanisée. On a besoin de forces légères bien entraînées, avec des appuis aériens, davantage de renseignement, une adaptation sur le terrain. Le soutien de la France et celui des États-Unis sont importants.

Et celui de la Russie ?

Le retour de la Russie militaire au Sahel est une fiction. C’est une vieille histoire malienne, qui date de l’époque du président Modibo Keïta, des avions de chasse soviétiques, etc. Il n’y a pas plus de Russes aujourd’hui au Mali qu’il y en avait hier.

Le décès d’Idriss Déby Itno, la fragilité des autres pays et le leadership affirmé du président Bazoum ne font-ils pas du Niger le nouveau garant de la stabilité au Sahel ?

Le président Déby jouait un rôle stratégique majeur et sa mort a été un coup dur. Mais l’effondrement du Tchad, que certains annonçaient, n’a pas eu lieu et nous soutenons la transition, car elle préserve la cohésion du pays, la stabilité régionale et la continuité de l’alliance stratégique du G5 Sahel.

Le Niger est tout simplement un pays stable et démocratique, qui se bat pour que ses voisins le soient aussi.

Ceci étant dit, si le président Mohamed Bazoum gagne de l’autorité dans la région, c’est une bonne chose pour le Niger. Mais nous ne profitons pas du malheur des autres pour nous positionner en leader. Le Niger est tout simplement un pays stable et démocratique, qui se bat pour que ses voisins le soient aussi ; c’est un pays d’avant-garde qui veut aider les autres à devenir ou à redevenir de vraies démocraties, pour mieux combattre le terrorisme… Nous voulons créer les conditions d’un bloc démocratique stable pour mettre fin au terrorisme et aux espaces de non-droit.

Après le second tour de la présidentielle, le Niger a lui-même été confronté à des tensions et à des appels à la désobéissance civile lancés par l’opposition ?

Il n’y a pas de risque d’implosion du Niger. Nous ne sommes pas un pays où l’on remporte un scrutin présidentiel au premier tour ! C’est la preuve que notre démocratie est bien vivante. Nous gagnons une élection sans qu’elle soit soupçonnée d’être « tropicalisée ». Nous avons d’ailleurs été longtemps dans l’opposition et avons su reconnaître nos défaites.

Quelles sont vos priorités à la tête des Affaires étrangères ?

C’est d’abord vaincre le terrorisme en renforçant l’État sur l’ensemble du territoire. Nous nous battons pour que, demain, les investisseurs et les touristes reviennent au Niger. Notre objectif prioritaire est de reprendre le développement du pays entrepris par le président Issoufou, en mettant notamment l’accent sur l’éducation, véritable tremplin pour réduire les inégalités et contenir la croissance démographique qui absorbe la croissance économique.

Le Niger doit être un modèle dans la sous-région. On ne peut pas être dans l’isolement : nous avons un devoir de solidarité avec le Mali, le Burkina Faso et les autres pays, mais je veux aussi plus d’échanges intracommunautaires et plus d’intégration au sein de la sous-région, notamment grâce à la création de la monnaie unique.

Enfin, comme me le disait le réalisateur français Jean Rouch, que j’ai bien connu : « Le Niger est un petit paradis. » Ceux qui y ont vécu en gardent ce souvenir d’un pays où il fait bon vivre. Je m’efforcerai de répandre cette image dans le monde.