Politique

Affaire Pegasus-Maroc : l’Unesco a-t-elle financé l’enquête ?

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Mis à jour le 28 juillet 2021 à 13:54

Audrey Azoulay, directrice générale de l’Unesco, à Paris, en 2017

Des documents internes révèlent que l’institution internationale dirigée par Audrey Azoulay a répondu favorablement à une demande de subvention de la part de Forbidden Stories.

Le ministère marocain des Affaires étrangères en est persuadé et s’apprête à le faire savoir à la directrice générale de l’Unesco à Paris, Audrey Azoulay (par ailleurs fille d’André Azoulay, conseiller du roi Mohammed VI) : la Division de la liberté d’expression et du développement des médias de cette institution, que dirige le Sud-Africain Guy Berger, aurait participé financièrement à l’enquête de Forbidden Stories mettant directement en cause les services de sécurité marocains dans l’utilisation tous azimuts du logiciel espion Pegasus (utilisation que Rabat dément).

Versement en trois tranches

Selon des documents internes à l’Unesco dont Jeune Afrique a pris connaissance, l’association Freedom Voices Network, conceptrice du projet Forbidden Stories, a effectivement requis en 2020 une subvention auprès du Fonds mondial pour la défense des médias de l’Unesco, laquelle requête a reçu un avis favorable en date du 12 octobre 2020.

Le montant accordé, dont le versement était prévu en trois tranches, entre novembre 2020 et juillet 2021, est certes relativement faible (35 000 dollars) par rapport à ceux qu’a reçus l’association ces dernières années de la part de divers fonds et fondations. Dans l’attestation d’expert-comptable jointe à son dossier, Freedom Voices Network déclare ainsi avoir perçu près de 600 000 euros en 2018 et 2019 de la part de donateurs tels que Luminate (le fonds de Pierre Omidyar, fondateur d’Ebay), Open Society (George Soros), la fondation Veronica, etc.

Rien ne permet de dire que l’institution de la place de Fontenoy était au courant du contenu précis de l’enquête Pegasus, puisque le projet soumis ne le précise pas pour des raisons de confidentialité. Reste qu’en tant que membre de l’Unesco – « à jour dans ses cotisations », précise-t-on à Rabat –, le Maroc, qui a par ailleurs porté plainte pour « diffamation » contre Forbidden Stories (dont le fondateur, Laurent Richard, était l’un des panélistes invités par l’Unesco à la Journée mondiale de la liberté de la presse il y a deux mois), n’apprécie guère cette connexion.


Suite à la publication de cet article, le service presse de l’UNESCO a souhaité apporter les précisions suivantes :

« Un soutien de 35 000 dollars a été apporté à Forbidden Stories par le biais du Fonds mondial pour la défense des médias – l’un des 44 projets soutenus à travers le premier appel à proposition du Fonds en 2020. Cette information est publiquement disponible sur le site web de l’Unesco depuis de nombreux mois.

L’Unesco n’est ni associée ni informée du contenu des enquêtes menées à travers ce soutien. La défense de l’indépendance éditoriale de toute organisation médiatique est une valeur fondamentale pour l’Unesco. À travers ces financements, notre objectif est de soutenir le journalisme d’investigation contre les menaces auxquelles sont confrontés les journalistes autour du monde. »