Société

Covid : le premier vaccin à ARN messager du continent sera sud-africain

Mis à jour le 27 juillet 2021 à 16:44

Le président sud-africain Cyril Ramaphosa dans l’usine de fabrication stérile d’Aspen Pharmacare, le 29 mars 2021 à Gqeberha, en Afrique du Sud.

Le laboratoire sud-africain Biovac produira dès 2022, en partenariat avec Pfizer-BioNTech, le premier vaccin ARNm d’Afrique. Un succès pour la communauté scientifique sud-africaine, mais le chemin vers une vraie indépendance vaccinale reste encore long. 

« On voit bien qu’on ne peut pas compter sur les vaccins qui sont fabriqués en dehors de l’Afrique : ils n’arrivent jamais à temps et les gens continuent de mourir. » Un triste constat signé du président sud-africain Cyril Ramaphosa, le 21 juin dernier. Ce même jour, accompagnés d’un réseau d’universités, les instituts de biotechnologie Biovac, et Afrigen Biologics and Vaccines nouaient un partenariat avec l’Organisation mondiale de la santé (OMS). À la clé : un accord de transfert de technologie et la perspective de voir pour la première fois une entreprise africaine produire un vaccin à ARN messager.

Il a fallu attendre un mois pour que cet accord se matérialise concrètement, le 21 juillet. Ce jour-là, le consortium américano-allemand Pfizer-BioNTech publiait un communiqué annonçant son partenariat avec Biovac, et précisait que 100 millions de doses – exclusivement réservées aux pays de l’Union africaine – seraient fabriquées chaque année au Cap. Contacté par Jeune Afrique, David Walwyn, professeur de management des technologies à l’Université de Pretoria, se réjouit de cet accord : « Les fabricants africains actuels ne sont pas capables d’opérer à l’échelle mondiale. Cet accord permettra à Biovac d’atteindre ce stade. »

Hub médico-technologique

C’est grâce aux efforts conjugués des autorités sud-africaines et de la communauté scientifique du pays que va naître ce hub médico-technologique qui permettra aux pays « à revenus faibles ou intermédiaires de la tranche inférieure, selon la terminologie de l’OMS, d’acquérir des connaissances sur la production de certains vaccins ».

Particulièrement mobilisés depuis le début de la pandémie, les laboratoires Biovac et la société de biotechnologie Afrigen Biologics and Vaccines sont tous deux basés au Cap. Cette ville, qui abrite la meilleure université africaine selon le cabinet britannique Quacquarelli Symonds, est l’épicentre de la course à la fabrication d’ARN messager dans le pays. Une quête d’autant plus importante que, selon le directeur général de l’OMS, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, « ce type de vaccin semble plus adapté face à l’apparition de nouveaux variants ».

Les premières étapes de fabrication, les plus cruciales et les plus complexes, seront toujours réalisées dans les laboratoires européens

Si le transfert des installations nécessaires à l’application de cet accord a déjà débuté, il reste toutefois beaucoup à faire. Il ne s’agit en effet « que » de la dernière phase du processus de conception du sérum. Les premières étapes de fabrication, les plus cruciales et les plus complexes, seront toujours réalisées dans les laboratoires européens. Leurs pendants sud-africains prendront en charge les étapes finales de mise en flacons.

Et si, selon, Abdool Karim Quarraisha, la vice-présidente de la faculté de santé du Kwazulu-Natal, contactée par Jeune Afrique, « l’Afrique du Sud a de l’expérience dans les dernières étapes de fabrication des vaccins. L’infrastructure et l’expertise technique pour le développement sont plus compliquées à obtenir, l’exécution des étapes précédentes à réaliser, et ce, dans tout le continent ». Malgré les déclarations du président Ramaphosa en mai dernier, qui appelait à la levée des droits de propriété intellectuelle en dénonçant un « apartheid vaccinal », l’Afrique du Sud est pour le moment un parent pauvre de la production de vaccins à ARN messager.

Encore trois ou cinq ans

Dès lors, quand l’Afrique du Sud sera-t-elle en mesure de maîtriser le processus de fabrication de ce type de vaccin dans son entièreté ? « Il faudra attendre probablement au moins trois ans si le transfert de technologie a lieu tout de suite », avance David Walwyn. Plus pessimiste, la professeure Quarraisha estime que « pour acquérir ce savoir-faire, il faudra probablement au moins cinq ans ». Une éternité, lorsque l’on sait que moins de 2 % de la population du continent a été vaccinée, et que seulement 10 % des Sud-Africains ont reçu leur première dose.

Parallèlement à l’ARN messager, l’Afrique du Sud travaille – comme le Maroc, l’Égypte, le Sénégal, la Tunisie et l’Algérie – à la conception de vaccins issus d’autres technologies. Dernier épisode en date, l’annonce par le laboratoire sud-africain Aspen PharmaCare, dans un communiqué publié le 26 juillet, de la livraison de vaccins Johnson & Johnson. Selon la firme sud-africaine, il s’agit des « premiers vaccins Covid-19 produits sur le continent par une firme africaine pour des patients africains ». Là encore, l’Afrique du Sud est en pointe : les opérations ont débuté en février dernier à Port-Elizabeth – renommée Gqberha au début de cette année.