Politique

Tunisie – « Putsch » de Kaïs Saïed : ceux qui le rejettent, ceux qui le soutiennent

Réservé aux abonnés | | Par Jeune Afrique
Mis à jour le 27 juillet 2021 à 10h38
25 juillet 2021 : déclaration de Rached Ghannouchi devant le siège du parti islamiste Ennahdha.

25 juillet 2021 : déclaration de Rached Ghannouchi devant le siège du parti islamiste Ennahdha. © Nicolas Fauqué / www.imagesdetunisie.com

Si de nombreux Tunisiens sont descendus dans la rue pour saluer la décision du président, tous les partis ne l’entendent pas de cette oreille.

Le président tunisien Kaïs Saïed a annoncé le 25 juillet 2021 dans la soirée, le gel des activités du Parlement pendant trente jours, ainsi que la levée de l’immunité parlementaire et le limogeage du chef du gouvernement Hichem Mechichi. Une décision saluée par de nombreux Tunisiens, excédés par les crises sanitaire et économique, ainsi que par les débordements réguliers au sein d’une Assemblée qui semble déconnectée de leurs préoccupations quotidiennes. Point d’orgue de la crise institutionnelle qui bloque le pays depuis plusieurs mois, la décision de Kaïs Saïed est, en revanche, largement rejetée par les partis les plus importants. JA fait le point.

Ennahdha

« C’est une décision qui n’a aucun fondement dans le droit ou dans la Constitution. » Sans surprise, c’est Rached Ghannouchi, président de l’Assemblée qui a dégainé en premier pour dénoncer un « coup d’État » du président Kaïs Saïed. Dans la nuit du 25 au 26 juillet, le patron d’Ennahdha s’est rendu à l’Assemblée, dont l’accès lui a été refusé par des militaires. Le parti appelle à une mobilisation pacifique des Tunisiens contre la décision présidentielle.

Samia Abbou ne s’était visiblement pas concertée avec les instances de son parti

Le parti au référentiel islamiste, qui constitue également la première force politique au Parlement est en effet le premier visé par les mesures annoncées le 25 juillet au soir par le président tunisien, à savoir le gel des activités de l’Assemblée pour trente jours, la levée de l’immunité parlementaire et le limogeage du désormais ex-chef du gouvernement Hichem Mechichi.

Al Karama

Pointé pour ses violences à l’Assemblée, le mouvement ultraconservateur allié d’Ennahdha au Parlement, et dont plusieurs députés pourraient être inquiétés par la levée de l’immunité parlementaire, rejette lui aussi la décision présidentielle. « Nous appelons le peuple tunisien à réfuter les décisions du président et à défendre sa liberté, ainsi que la révolution des martyrs », a affirmé le porte-parole du mouvement Seifeddine Makhlouf.

Le Courant démocrate

La députée du Courant démocrate Samia Abbou a apporté le 25 juillet, sur la chaîne qatarie Al-Jazeera, son soutien à la décision présidentielle, arguant que son rejet constituerait « le vrai putsch » et que le peuple a exprimé son appui au chef de l’État. Elle ne s’était visiblement pas concertée avec les instances de son parti, lequel a rejeté l’annonce présidentielle, le 26 juillet, en la considérant anticonstitutionnelle. Par un communiqué, le parti affirme qu’il n’y a « pas de solution en dehors du cadre constitutionnel ». Une crise interne pourrait être en vue car, dans la même journée, la députée Mounira Ayari s’est désolidarisée de son propre parti à la lecture de ce document. Le parti a également rendu Ennahdha et Hichem Mechichi responsables de la crise.

Qalb Tounès

Le bloc parlementaire Qalb Tounes de Nabil Karoui a déclaré que les décisions prises par le président Kaïs Saïed, constituaient une grave violation de la Constitution et des dispositions de l’article 80, une transgression des fondements de l’État civil et un retour au pouvoir individuel.

Kaïs Saïed vient de piétiner les plates-bandes de Abir Moussi, la chef du Parti destourien libre

Parti destourien libre (PDL)

Nostalgique assumé de l’ancien régime de Ben Ali, la présidente du PDL Abir Moussi est sorti de son silence près de 24 heures après l’annonce présidentielle. Bête noire d’Ennahdha et d’Al Karama – elle a récemment été agressée par deux députés de ce mouvement –, l’agitatrice de l’Assemblée a fait du rejet des islamistes le cœur de son action politique et dénonce régulièrement les protections – politiques et juridiques – dont ils bénéficieraient.

Elle peut donc difficilement exprimer son opposition aux décisions présidentielles de ce point de vue même si Kaïs Saïed vient en somme de piétiner ses plates-bandes. Bien qu’elle devrait quelque peu perdre de la visibilité avec la suspension des activités du Parlement, elle a salué dans une vidéo le « départ des Frères (musulmans, ndlr) et du gouvernement Mechichi ».

Parti des travailleurs

Opposé à l’intervention de l’armée, le parti estime que c’est un retour à l’autocratie. « La solution ne réside ni dans le soutien à ce « coup d’État constitutionnel » ni dans l’alliance avec le mouvement Ennahdha », énonce son communiqué. Le parti a appelé aux manifestations pacifiques contre le « putsch » de Kaïs Saïed.

El Chaab

C’est l’une des rares formations à apporter un soutien univoque au président Kaïs Saïed. Selon le parti « Le Peuple », qui soutient les décisions du chef de l’État, le président a fait preuve de responsabilité dans le cadre de la loi et de la Constitution pour sauver la Tunisie de la déroute.

La centrale ouvrière UGTT a estimé que la démarche était constitutionnelle

Isie

Le président de l’Instance supérieure indépendante pour les élections (ISIE), Nabil Baffoun, a souligné que « la constitution représente un contrat social entre gouvernants et gouvernés et les faits survenus hier ont interrompu cette harmonie sociale ». Il a estimé que les mesures prises sont anticonstitutionnelles. Mais en parallèle, il engage Kaïs Saïed à signifier leur levée dès que les menaces ou les dangers qui ont engendré ces dispositions exceptionnelles seront écartés, comme le stipule l’article 80.

UGTT

L’Union générale tunisienne du travail (UGTT), traversée par différents courants politiques dont ceux proches d’El Chaab, a estimé que la démarche était constitutionnelle, mais alerte sur les délais impartis à Kaïs Saïed pour établir sa feuille de route et élaborer les changements qu’il prévoit. La centrale ouvrière insiste sur la préservation des droits et des libertés. « L’heure est venue pour que chacun assume ses responsabilités et mette fin à cette ère qui a placé la Tunisie sur une plaque de feu », a conclu le syndicat.

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