Économie

Tidjane Thiam : clap de fin dans l’affaire qui avait causé son départ de Credit Suisse ?

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Mis à jour le 27 juillet 2021 à 19:04

Tidjane Thiam, au Credit Suisse, à Zurich, le 13 février 2020.

La banque a trouvé un accord extrajudiciaire aux poursuites pénales de l’affaire Khan, à l’origine du départ du franco-ivoirien.

C’est un feuilleton rocambolesque qui a trouvé son issue le dimanche 25 juillet 2021. Credit Suisse est parvenu à un accord à l’amiable avec « toutes les personnes impliquées » dans l’affaire qui a ébranlé le colosse helvète en septembre 2019. Celle-ci concernait la filature présumée de son ex-star de la gestion de fortune, Iqbal Khan, et de Peter Goerke, alors responsable du personnel.

Outre l’image de l’institution financière zurichoise, cette histoire de surveillance avait fini par écorner la réputation de son directeur général de l’époque, le banquier franco-ivoirien Tidjane Thiam.

Ce dernier – qui a restructuré Credit Suisse au cours de son mandat, au prix de fortes pertes durant les trois premières années de son plan – avait été contraint de démissionner début 2020. Il a quitté la banque le 14 février après avoir présenté de solides résultats annuels (2019) avec des bénéfices au plus haut depuis 2010.

Mais, dès l’exercice suivant, des difficultés ont émergé pour la banque. En 2020, Credit Suisse a subi un recul de plus de 20 % de son bénéfice net, principalement en raison d’une hausse des provisions pour pertes sur crédit, de provisions pour litiges majeurs et d’une dépréciation du hedge fund York. Depuis quelques mois, la banque helvète est fragilisée par deux nouveaux scandales liés à la fintech britannique Greensill Capital et au fonds Archegos.

Reliquat de poursuites

« Cette affaire est désormais close », a déclaré la porte-parole de la banque, Simone Meier, dans la presse suisse en commentant la conclusion de l’accord à l’amiable. Mais ni le nombre de personnes concernées par le règlement ni le montant des indemnités éventuelles n’ont été dévoilés, les parties étant soumises à une clause de confidentialité.

D’après le journal suisse NZZ am Sonntag, qui a révélé l’accord, cette transaction doit permettre l’abandon des plaintes au pénal déposées par Iqbal Khan – désormais coprésident de la gestion de fortune du concurrent UBS – contre la banque et des détectives privés qui l’auraient suivi, ainsi que sa femme, dans Zurich.

Toutefois, la procédure n’est pas entièrement close puisque les poursuites engagées par la Finma, le régulateur suisse chargé de la surveillance des marchés financiers, sont toujours en cours. En effet, en septembre 2020, cette autorité a ouvert une procédure dite d’enforcement à l’encontre de Credit Suisse dans le contexte de l’affaire des filatures.

Après une première enquête diligentée en décembre 2019 et désormais achevée, la Finma s’intéresse à présent « aux indices de violations du droit de la surveillance dans le contexte des activités de filature et de sécurité de la banque, examinant notamment la manière dont ces activités ont été documentées et contrôlées ». Aucune précision n’a depuis été donnée, l’enquête pouvant durer « plusieurs mois ».

Nouvelle vie pour Tidjane Thiam

Pour Tidjane Thiam, qui a toujours nié avoir eu connaissance de tels agissements présumés, la fin de cette aventure a également signifié la fin de sa carrière banquière. Mais, pour celui que d’aucuns considèrent comme un « prodige de la finance », rebondir sur le devant de la scène financière a été tout aussi naturel.

Le financier franco-ivoirien a ainsi accepté plusieurs mandats représentatifs, dont l’entrée au conseil d’administration du groupe de luxe Kering, mais aussi un engagement auprès des chantres du « capitalisme inclusif » au sein du Vatican. Il s’est également rapproché du continent qui l’a vu naître avec un mandat de président du conseil d’administration de Rwanda Finance Limited. Mais aussi avec sa participation active dans la réponse économique au Covid-19. Tidjane Thiam fait en effet partie de la task force de l’Union africaine consacrée à ce sujet.

Plus récemment, et toujours dans ce cadre, il a été consulté par Emmanuel Macron pour la mise en place du Sommet sur les économies africaines qui s’est tenu à Paris le 18 mai dernier. À la fin de ce même mois, il était, par ailleurs, membre de la délégation accompagnant le président français lors de son déplacement historique au Rwanda, puis en Afrique du Sud.

En parallèle, il a lancé début 2021 une SPAC cotée à la Bourse de New York qui vise à faire l’acquisition de sociétés principalement actives dans le secteur des services financiers.