Politique

Tunisie : Kaïs Saïed s’octroie le pouvoir exécutif, Ennahdha dénonce un « coup d’État »

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Mis à jour le 26 juillet 2021 à 11:34

Le président tunisien Kaïs Saïed, le 25 juillet 2020.

La décision du président Kaïs Saïed, dimanche soir, de geler les travaux du Parlement et de s’octroyer le pouvoir exécutif a plongé la Tunisie dans une nouvelle crise.

Ce coup de théâtre ébranle la jeune démocratie tunisienne, qui fonctionne depuis l’adoption, en 2014, d’une Constitution de compromis selon un système parlementaire mixte, dans lequel le président n’a comme prérogatives que la diplomatie et la sécurité.

Des Tunisiens, exaspérés par les luttes de pouvoir et la gestion contestée de la crise sociale et sanitaire par le gouvernement, sont sortis dans la rue en dépit du couvre-feu, tirant des feux d’artifice et klaxonnant avec enthousiasme à Tunis et dans plusieurs autres villes.

« Sauver la Tunisie »

« Selon la Constitution, j’ai pris des décisions que nécessite la situation afin de sauver la Tunisie, l’État et le peuple tunisien », a déclaré Kaïs Saïed à l’issue d’une réunion d’urgence au Palais de Carthage avec des responsables des forces de sécurité. « Nous traversons les moments les plus délicats de l’histoire de la Tunisie », a ajouté le chef de l’État, engagé depuis des mois dans un bras de fer avec le principal parti parlementaire, Ennahdha.

Ce n’est ni une suspension de la Constitution ni une sortie de la légitimité constitutionnelle »

« Ce n’est ni une suspension de la Constitution ni une sortie de la légitimité constitutionnelle, nous travaillons dans le cadre de la loi », a-t-il assuré, précisant que ces décisions seraient publiées sous forme de décret. Dans un communiqué publié sur Facebook, la présidence a ensuite précisé que le gel du Parlement était en vigueur pour 30 jours.

Ennahdha fustige « un coup d’État »

De son côté, Ennahdha a fustigé « un coup d’État contre la révolution et contre la Constitution ». La formation islamiste a souligné que ses « partisans (…) ainsi que le peuple tunisien défendront la révolution ».

Le président du Parlement tunisien et chef de file du parti, Rached Ghannouchi, observait un sit-in devant la chambre lundi matin à Tunis, après avoir été empêché d’y accéder par des forces militaires dans la nuit. Quelques centaines de partisans du président tunisien, rassemblés devant le Parlement, lançaient des slogans hostiles au parti d’inspiration islamiste. Ils empêchaient également des partisans de ce mouvement de s’approcher de l’Assemblée. Les deux camps ont échangé des jets de pierres et de bouteilles.

« Péril imminent »

Kaïs Saïed, qui prônait pendant sa campagne électorale une révolution par le droit et un changement radical de régime, a annoncé qu’il démettait de ses fonctions le chef du gouvernement, Hichem Mechichi. Le président de la République « se chargera du pouvoir exécutif avec l’aide d’un gouvernement dont le président sera désigné par le chef de l’État », a-t-il ajouté.

« La Constitution ne permet pas la dissolution du Parlement mais elle permet le gel de ses activités », a déclaré Kaïs Saïed, s’appuyant sur l’article 80 qui permet ce type de mesure en cas de « péril imminent ». Le président a en outre annoncé lever l’immunité parlementaire des députés et promis de poursuivre les personnes impliquées dans des affaires judiciaires.

Les services du Premier ministre Mechichi n’avaient toujours pas réagi à ces décisions, des membres d’Ennahdha indiquant ne pas savoir où se trouvait le chef du gouvernement depuis sa rencontre avec Kaïs Saïed en fin d’après midi.

Des manifestations à Tunis, en Tunisie, le 25 juillet 2021.

Hassene Dridi/AP/SIPA

Manifestations

Cette annonce fait suite à des manifestations dans de nombreuses villes du pays dimanche, en dépit d’un important déploiement policier pour limiter les déplacements. Les milliers de protestataires ont notamment réclamé la « dissolution du Parlement ». La frustration des citoyens est exacerbée par les conflits entre partis au Parlement, et le bras de fer entre le chef du Parlement Rached Ghannouchi et le président Saïed, qui paralyse les pouvoirs publics.

Beaucoup reprochent aussi au gouvernement son manque d’anticipation et de coordination face à la crise sanitaire, laissant la Tunisie à court d’oxygène. Avec ses près de 18 000 morts pour 12 millions d’habitants, le pays a l’un des pires taux de mortalité officiels au monde dans cette pandémie.

Les protestataires ont crié des slogans hostiles à Ennahdha et au Premier ministre Mechichi qu’elle soutient, scandant « le peuple veut la dissolution du Parlement ». « Changement de régime », était également inscrit sur des pancartes. Des locaux et symboles d’Ennahdha ont été pris pour cible. Des appels à manifester le 25 juillet, jour de la fête de la République, circulaient depuis plusieurs jours sur Facebook, émanant de groupes non identifiés. Ils réclamaient entre autres un changement de Constitution et une période transitoire laissant une large place à l’armée, tout en maintenant le président Saïed à la tête de l’État.

Avec AFP