Société

Jeux olympiques : qui est vraiment Amel Melih, porte-drapeau de l’Algérie ?

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Mis à jour le 23 juillet 2021 à 15:14

Amel Melih et Mohamed Flissi portent avec bonheur et fierté le drapeau de l’Algérie lors de la cérémonie d’ouverture des JO de Tokyo 2020, au stade olympique, le 23 juillet 2021.

Plusieurs fois championne de natation d’Algérie et d’Afrique, cette franco-algérienne de 27 ans a été désignée comme porte-drapeau de la délégation algérienne qui participe aux Jeux olympiques de Tokyo, au Japon. Portrait.

Toute petite, Amel Melih n’aimait pas spécialement la natation. Elle trouvait cette discipline moins ludique que le basket ou le football. Aujourd’hui, elle rêve de décrocher une médaille aux Jeux olympiques (JO) de Tokyo qui se déroule au Japon du 23 juillet au 8 août.

Ce vendredi, à la cérémonie d’ouverture, Amel a porté le drapeau de l’Algérie aux côtés du boxeur Mohamed Flissi. La délégation compte 44 athlètes concourant dans quatorze disciplines.

C’est la première fois qu’un homme et une femme sont désignés pour être les porte-drapeaux de l’Algérie dans une compétition internationale. « Quel immense honneur et incroyable privilège d’avoir été désignée porte-drapeau de mon pays pour la cérémonie d’ouverture, réagit-elle sur son compte Facebook à l’annonce de sa désignation. Je suis extrêmement fière et heureuse de porter notre drapeau lors du plus grand événement sportif existant, c’est pour moi un rêve de plus qui se concrétise. »

Championne d’Algérie et d’Afrique

Ce rêve de défendre les couleurs de l’Algérie, Amel Melih le nourrit depuis qu’elle a intégré l’équipe nationale à 13 ans. Depuis, elle aligne les records et cumule les titres de championne en nage libre d’Algérie et d’Afrique. Née à Lyon (Rhône) en 1993 de parents originaires de Tlemcen, dans l’ouest de l’Algérie, elle apprend à nager à 4 ans.

L’initiation à ce sport s’est faite à Honaïne, ville d’origine de sa famille qui s’y rendait chaque année pour passer ses vacances d’été. Située près de Tlemcen, la cité est réputée pour ses belles plages. Son père et sa mère tenaient à ce qu’elle, son frère et ses deux sœurs, apprennent à nager. À l’époque, Amel ne nourrissait aucune ambition de mener une carrière de haut niveau. Elle avoue même ne pas avoir été particulièrement douée lorsqu’elle a commencé à enchaîner les longueurs dans la mer méditerranée en Algérie ou dans les bassins de Saint-Priest, commune de la région lyonnaise où sa famille s’est installée.

Amel est un concentré de détermination et d’énergie

Chez les Melih, la devise est « force et honneur » et les valeurs que les parents inculquent à leurs quatre enfants sont travail, persévérance, détermination et performance. Si les deux sœurs et le grand frère connaissent, eux aussi, de belles carrières dans cette discipline, ils capteront moins la lumière qu’Amel : trois médailles de bronze récoltés à 18 ans aux Jeux africains de 2011, huit autres médailles dont trois en or aux Championnats d’Afrique de 2016. La jeune nageuse est une bosseuse, disciplinée et ambitieuse. « Pour être nageuse pro, explique-elle en 2021 au magazine Gazelle, il faut être passionnée, déterminée, sérieuse et acharnée. »

Le sport, une affaire de famille

Quatre à six heures de nage tous les jours, trois séances par semaine de préparation physique, des heures de musculation et d’étirement, automassages et cryothérapie, le sport de haut niveau exige travail, endurance et sacrifices. Peu de sorties, pas de discothèques. « Amel est un concentré de détermination et d’énergie », selon Gilles Carron, professeur de sport à l’université de Lyon-3 qui suit sa carrière de près.

Les Melih aiment travailler en famille et cultivent des relations presque fusionnelles. Sa mère, à la fois sa conseillère et son mentor, s’investit comme bénévole dans les clubs de natation pour enfants, à Saint-Priest. Le grand frère de 38 ans, Selim, lui aussi nageur de haut niveau, lui sert de coach, d’alter égo, de confident. À deux, ils forment un binôme inséparable. Un double gagnant. « Il est dur, très dur à l’entraînement, se confie-t-elle. C’est ce qu’il faut et c’est ce que j’aime. »

Amel Melih a participé en janvier 2021 à la « maraude de grand froid » pour distribuer des repas à des étudiants isolés

Dans la vie d’Amel Melih, il n’y pas que la natation. Il y a aussi les études. Titulaire d’un DUT carrières juridiques et d’une licence de droit privé, elle prépare un master II de droit notarial privé. Peu de temps avant son départ à Tokyo, elle a signé un partenariat avec une grande école : l’Institut national des formations notariales (INFN). Comme pour le sport, les études exigent de l’organisation, de la rigueur et de la discipline.

Athlète au grand cœur

Pour mener cette double carrière, elle a toujours compté sur l’écoute, la compréhension et la bienveillance des responsables de l’université Lyon-3 qui l’autorisent à aménager son emploi du temps entre les bassins et les salles de cours. Amel Melih avoue que le sport lui a appris à gérer le stress des examens et à développer ce supplément de mental lui permettant de réussir sur les deux fronts.

Entre les deux, il y a une place pour le bénévolat et l’humanitaire. Depuis plusieurs années, Amel Melih est marraine de l’association Ouhlala, créée en 2007, et dont la vocation est de promouvoir les artistes et les talents de la région lyonnaise, d’organiser des manifestations culturelles et sportives.

Avec des amis étudiants, Amel Melih a participé en janvier 2021 à la troisième édition de la maraude Grand Froid pour distribuer dans un arrondissement de Lyon des repas et des kits d’hygiène à des étudiants isolés. À Tokyo, la championne au grand cœur espère ne pas se contenter de la devise « l’important, c’est de participer », communément attribuée au père français des Jeux olympiques modernes, Pierre de Coubertin.