Politique

Maroc-Espagne : Arancha Gonzalez évincée, Rabat et Madrid vont-ils se réconcilier ?

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Mis à jour le 23 juillet 2021 à 11:53

L’ancienne cheffe de la diplomatie espagnole avec le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, à Rabat, le 24 janvier 2020.

Sans surprise, la ministre espagnole des Affaires étrangères a été évincée au profit de José Luis Albares, un proche de Pedro Sanchez. La résolution de la crise avec Rabat est-elle en vue ? Éléments de réponse.

Le 10 juillet, à la faveur d’un remaniement ministériel, Arancha Gonzalez Laya a été évincée des Affaires étrangères et du gouvernement. Son départ était attendu depuis plusieurs semaines déjà. Depuis l’affaire Brahim Ghali et la crise diplomatique avec le Maroc, l’ex-ministre a été désavouée par la droite et l’extrême-droite, une frange importante de l’opinion publique et jusqu’à son propre camp, puisque les ministères de l’Intérieur et de la Défense ont admis s’être opposés à l’accueil du leader du Polisario sur le sol espagnol.

Surtout, son divorce avec les autorités marocaines semblait consommé, en particulier avec son homologue, Nasser Bourita. Ce dernier avait déclaré à la fin du mois de mai sur la station de radio française Europe 1 que, « contrairement à ce qu’avait dit la ministre, il n’y avait pas eu de contacts depuis le début de la crise [mi-avril] ». Comprendre : Arancha Gonzalez Laya n’est plus une interlocutrice valable. Une déclaration qui aurait « scellé le sort » de cette dernière, selon le quotidien espagnol El País.

À la fin du mois de juin, Arancha Gonzalez Laya a recroisé Nasser Bourita – pour la première fois depuis le début de la crise maroco-espagnole – à l’occasion du sommet des ministres des Affaires étrangères de la Coalition internationale contre Daech, à Rome, mais il n’y a eu aucune discussion bilatérale. En revanche, le chef de la diplomatie marocaine s’est entretenu avec Josep Borrell, haut-représentant à l’Union européenne et ex-ministre des Affaires étrangères en Espagne (2018-2019)…

Un fidèle de Pedro Sanchez

Mais Arancha Gonzalez Laya n’est pas la seule à avoir été poussée vers la sortie. Le ministre de la Justice, Juan Carlos Campo, a lui aussi fait les frais de l’affaire Ghali en étant remercié.

Albares est considéré comme le « sherpa » du chef du gouvernement, Pedro Sanchez

Gonzalez Laya a été remplacée par José Manuel Albares, un homme de confiance du chef du gouvernement, Pedro Sanchez. Au point que dans la presse ibérique, Albares est considéré comme le « sherpa » de Sanchez.

Décrit comme un « diplomate jeune mais expérimenté » par Sanchez, Albares est un adhérent du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) depuis 1999, titulaire d’une licence en droit et d’un diplôme en gestion culturelle à l’international. Diplomate de carrière, il a notamment été consul général en Colombie ou encore représentant de l’Espagne au sein de l’OCDE.

En 2015, il est recruté par Pedro Sanchez pour participer à l’élaboration du programme électoral du PSOE en vue des élections générales. En juin 2018, après que Sanchez a pris la tête du gouvernement, il est nommé secrétaire général des Affaires internationales de l’Union européenne et du G20 où il chapeaute l’organisation des sommets mondiaux et fait la promotion de son patron – Sanchez – tout en étant son « conseiller diplomatique ».

En 2020, il est nommé ambassadeur d’Espagne en France, mais sa mission prend des allures de passage éclair : il ne reste que dix-huit mois dans la capitale française avant d’être nommé à la direction du Palais de Santa-Cruz, le bâtiment du ministère des Affaires étrangères.

Dans le milieu politico-médiatique espagnol, on voit dans cette nomination une forme de remerciement de le part de Pedro Sanchez pour la fidélité sans faille de son sherpa. Or, les diplomates espagnols ont justement très souvent critiqué la dépendance de Gonzalez Laya à la « présidence », sous-entendant qu’elle était sous la coupe de Sanchez. Pourra-t-il en être autrement avec son fidèle conseiller ?

Le Maroc, un « grand ami »

Toujours est-il que le « sacrifice » de Gonzalez Laya et l’arrivée de José Luis Albares – vierge de toute expérience marocaine – ont des objectifs bien précis : reprendre le dialogue avec Rabat, voire entrer sur le chemin de la réconciliation, et faire taire l’opposition de droite, qui utilise les affaires externes pour se refaire une santé.

Lorsqu’il a prêté serment le 12 juillet, Albares a qualifié le Maroc de « grand ami », et plaidé pour un « renforcement » des relations, sans toutefois évoquer le dossier Ghali ou celui du Sahara, mais en insistant particulièrement sur la sécurité et les flux migratoires. Pour autant, la relation entre les deux pays pourrait encore se dégrader en septembre lorsque la Cour de justice de l’Union européenne rendra deux arrêts relatifs à l’application territoriale des accords passés entre le Maroc et l’Union européenne.