Économie

Algérie : le projet industriel phare de Cevital enfin débloqué ?

Réservé aux abonnés
Mis à jour le 23 juillet 2021 à 14:52

Complexe agro alimentaire de Cevital à Béjaiai.

L’espoir renaît pour l’usine de production d’huile du groupe algérien, bloquée depuis 2017 du fait de tensions entre les autorités et le premier groupe privé du pays.

Selon les informations obtenues par Jeune Afrique, le géant algérien de l’agroalimentaire Cevital a obtenu en juin l’autorisation de débarquer une partie du matériel industriel devant équiper sa future usine de trituration de graines oléagineuses, ce qui permettrait à l’entreprise de produire localement l’huile brute qu’elle importe pour l’instant.

Une opération empêchée depuis le printemps 2017, rendant impossible la réalisation de ce projet majeur pour le groupe – voire pour l’Algérie, si l’on en croit les données évoquées en termes de création de richesses et d’emplois. Sollicité, Cevital n’était pas disponible pour commenter avant la publication de l’article.

Si le groupe est présent dans l’électroménager, la logistique, l’industrie ou la grande distribution, c’est de ses activités agroalimentaires qu’il tire l’essentiel de son chiffre d’affaires (environ 1,2 milliard d’euros en 2020) grâce à son unité de production de corps gras, la plus importante du continent, et à sa raffinerie de sucre, la plus grande au monde, selon le groupe, toutes deux situées dans le port de Béjaïa.

Vaines tentatives

C’est là que le débarquement du matériel industriel de l’usine de trituration a d’abord été stoppé, avant que la manœuvre ne se reproduise dans tous les ports du pays. Jusqu’à ce mois de juillet 2018 où Cevital a réussi à débarquer son matériel à Skikda, à environ 170 kilomètres plus à l’Est. Mais les douanes avaient finalement saisi les conteneurs et ordonné à l’entreprise de les réexporter, après l’intervention du groupe (public) de Services portuaires Serport, dont l’Entreprise portuaire de Bejaïa (EPB) est une filiale.

Dans un premier temps, l’EPB reprochait à Cevital de ne pas disposer de permis de construire pour réaliser son usine à l’intérieur du port. Alors que le groupe s’était effectivement vu refuser cette autorisation à de nombreuses reprises, notamment pour étendre sa surface sur la mer, il a finalement acquis un terrain à l’extérieur du port. Un procédé que l’EPB considérait comme un « subterfuge » pour provoquer la congestion de l’infrastructure et pousser les autorités à autoriser Cevital à construire son usine dans l’enceinte du port.

Fin 2019, l’EPB a bien autorisé le déchargement du matériel mais en le conditionnant à l’obtention d’un permis de construire, dont ne disposait toujours pas Cevital.

Relations houleuses

De son côté, le groupe privé algérien a toujours assuré avoir obtenu les autorisations nécessaires à l’importation de son matériel, y compris celles de l’Agence nationale du développement des investissements (ANDI). Il insiste sur le fait qu’aucune loi n’interdit de débarquer du matériel sans permis de construire et que, de toute façon, il n’est pas du ressort d’une autorité portuaire, simple prestataire de services, d’en décider.

La suite donnée à ce projet est un indicateur clé de l’état des relations entre le plus grand contributeur fiscal privé du pays, dont plusieurs autres projets ont été bloqués depuis une dizaine d’années, et les autorités, alors même que l’Algérie est en récession, plombée par la chute des cours pétroliers et la crise sanitaire.

Le fondateur et dirigeant historique de Cevital, Issad Rebrab, âgé de 77 ans, a été emprisonné d’avril à décembre 2019, dans la foulée de la purge opérée dans le monde des affaires après la chute d’Abdelaziz Bouteflika, pour des infractions fiscales, bancaires et douanières – qu’il réfute et sur lesquelles la Cour d’Alger doit encore se prononcer en appel.

Un mois avant sa sortie de prison, son fils Omar, vice-président de Cevital, s’était montré optimiste sur la concrétisation de ses projets, après avoir rencontré plusieurs ministres. Pourtant, début 2021, son père regrettait dans les médias l’absence de progrès, juste avant qu’Omar n’indique de nouveau, en mars, avoir « bien avancé avec le gouvernement ».

Un feu vert encore partiel

Selon nos informations, seul le matériel présent à Jijel est concerné par l’autorisation de débarquer donnée en juin dernier, pas celui qui est entreposé à Bejaïa, 40 kilomètres à l’ouest, ni celui qui a été réexporté. Pour autant, les personnes consultées par Jeune Afrique estiment que les discussions, qui ont repris en juin avec plusieurs autorités concernées par le projet, vont dans le bon sens. C’est aussi le cas pour l’acquisition du permis de construire de l’usine.

Le projet de Cevital est en adéquation avec les ambitions économiques du président de la République, Abdelmadjid Tebboune. Il doit permettre d’augmenter la production agricole en assurant aux paysans un débouché mais aussi de transformer la matière première localement afin d’exporter davantage.

Selon le groupe, il pourrait générer 2,2 milliards de dollars par an, dont 750 millions à l’export, et créer 1 000 emplois directs et jusqu’à 100 000 indirectement. De son côté, le chef de l’État a fixé comme objectif de doubler dès 2021 les exportations hors hydrocarbures qui s’élevaient à 2,26 milliards de dollars en 2020, une ambition que la plupart des observateurs estiment irréalisable.