Politique

RDC : Moïse Katumbi-Félix Tshisekedi : en route vers la rupture ?

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Mis à jour le 22 juillet 2021 à 11:37

Felix Tshisekedi et Moïse Katumbi. © Felix Tshisekedi et Moïse Katumbi © MONTAGE JA : Tchandrou Nitanga / AFP ; Yasuyoshi CHIBA / AFP

La condamnation à deux ans de prison ferme du coordonnateur de la jeunesse du parti de Moïse Katumbi a crispé un peu plus des relations déjà difficiles avec les partisans de Félix Tshisekedi.

Après l’opposition constructive, puis l’alliance au sein de l’Union sacrée, Moïse Katumbi s’apprête-t-il à passer dans l’opposition radicale ? En l’espace de quelques semaines, le ton a radicalement changé au sein de son camp qui ne cesse désormais de dénoncer les « méthodes et les pratiques » de Félix Tshisekedi et l’accuse de n’être « pas différent » des régimes passés.

Si les partisans de l’ancien gouverneur du Katanga multiplient les invectives sur les réseaux sociaux, la tension est encore montée d’un cran, après la condamnation de Jacky Ndala, coordonnateur de la jeunesse du parti Ensemble pour la République. Celui-ci s’est vu infliger une peine de deux ans de prison et une amende de 500 000 francs congolais (210 euros) pour « incitation à la désobéissance aux lois ». Ses avocats, qui ont d’ores et déjà annoncé leur intention de faire appel, assurent que les charges ne tiennent pas, d’autant que « l’interrogatoire à l’ANR [Agence nationale de renseignement] a porté sur la proposition de loi sur la citoyenneté congolaise des candidats à la prochaine présidentielle ».

« Allume le feu »

En cause, une prise de parole de Ndala à propos de la très controversée proposition de loi de Noël Tshiani qui prévoit que seuls les citoyens nés de père et de mère congolais pourront briguer la magistrature suprême. Elle est considérée par le camp de Katumbi comme une tentative d’écarter leur champion de la course à la présidence, en 2023, ce dernier ayant un père grec. « Lorsque le signal sera donné, là où tu es, près de ta résidence, allume le feu, aurait lancé le coordonnateur de la jeunesse du parti Ensemble pour la République. Nous avons pris rendez-vous pour aller visiter le palais du peuple. »

Les tensions, déjà palpables entre les deux camps, ont pris un tour nouveau après la confirmation par Félix Tshisekedi de sa volonté de briguer un nouveau mandat en 2023, dans l’entretien qu’il a accordé à Jeune Afrique, le 29 juin dernier. Depuis, les cadres du parti de Katumbi n’hésitent plus à prendre publiquement leurs distances avec le chef de l’État, pourtant à la tête de l’Union sacrée à laquelle s’est rallié leur chef.

L’étincelle qui a mis le feu aux poudres est survenue le jeudi 8 Juillet, lorsque le député Nsingi Pululu a déposé, pour le compte de Noël Tshiani, la proposition de loi destinée à « verrouiller » l’accès à la présidence. Une proposition très critiquée, notamment par le cardinal Fridolin Ambongo, qui a dénoncé un « instrument d’exclusion et de division ».

Offensive des pro-Katumbi

Réagissant à un tweet de l’ancien Premier ministre Matata Ponyo, dans lequel celui-ci – au coeur d’une enquête pour corruption présumée – affirme avoir été empoisonné, Olivier Kamitatu s’est fendu d’une réponse qui exprime le niveau de défiance entre les deux camps. Directeur de cabinet de Katumbi et l’un de ses plus proches collaborateurs, il écrit ainsi : « Empoisonnements, arrestations arbitraires, cachots et tortures, loi discriminatoire et raciste sur fond de populisme, le discours sur la démocratie sonne terriblement faux en RD Congo. » Et d’ajouter : « Tout y transpire la fin de l’État de droit. » Salomon Idi Kalonda, conseiller principal de Moïse Katumbi, a ajouté sa propre touche personnelle à l’attaque en règle contre la gouvernance de Félix Tshisekedi :« Deux questions désormais [se posent]. À qui profite le crime ? Et qui est le prochain sur la liste ? »

« On a pris l’habitude d’entendre des gens qui crient sur les toits à propos de l’avènement de l’État de droit, pendant qu’ils entretiennent des acteurs qui sont en train de recycler des vieilles recettes du temps des partis uniques, où on était dans l’absolutisme, le totalitarisme », a dénoncé Dieudonné Bolengetenge, le secrétaire général du parti Ensemble pour la République.

Si la justice décide de fouiner dans le passé, on trouvera des cadavres dans leurs placards

En face, la réaction a tout été inamicale. « Je constate que les partisans de Katumbi, comme lui-même, ont peur de l’émergence de la justic. Ils ont peur de l’État de droit », a déclaré Peter Kazadi ; n’hésitant pas à faire un parallèle avec les partisans de Joseph Kabila. « Ils ont peur comme ceux du FCC [Front commun pour le Congo, de l’ancien président], poursuit le haut cadre de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS, parti présidentiel). Parce qu’ils savent que, si la justice décide de fouiner dans le passé, on trouvera des cadavres dans leurs placards. »Des propos qui sonnent comme de lourdes menaces, entre deux partis pourtant supposés être membres de la majorité présidentielle… Cette Union sacrée que Félix Tshisekedi a eu tant de mal à mettre sur pied.