Économie

Hichem Elloumi : « Je rêve de voir disparaître les frontières au Maghreb »

Fondée en 1992 à Tunis, Coficab est aujourd'hui présente au Maroc, à Tanger et à Kenitra.

Fondée en 1992 à Tunis, Coficab est aujourd'hui présente au Maroc, à Tanger et à Kenitra. © Nicolas Fauque/ImagesdeTunisie.com

Hichem Elloumi, vice-président de l’Utica, une organisation patronale tunisienne, plaide en faveur d’une intégration régionale, dont il est l’un des précurseurs avec son entreprise de câblage automobile, Coficab.

À la tête de Coficab, l’une des principales filiales du groupe tunisien Elloumi (dont il est actionnaire), Hichem Elloumi est l’un de ces patrons qui ont très tôt compris l’intérêt de l’intégration maghrébine. Créée en 1992 à Tunis, la société de câblage automobile est aujourd’hui présente au Maroc sur deux sites, dans les zones franches de Tanger et Kenitra. « Le royaume représente plus du quart de notre business », confie le PDG de l’entreprise, qui est également active au Portugal et en Roumanie et revendique plus de 25 % de part de marché dans la région Euromed. Rencontré lors du IIIe Forum des entrepreneurs maghrébins, organisé à Marrakech les 17 et 18 février, celui qui est aussi le premier vice-président de l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (Utica, l’organisation patronale) nous a parlé de son expérience d’investisseur et de sa vision régionale.

Propos recueillis à Marrakech par Mehdi Michbal

Jeune afrique : Le Maghreb est très peu intégré. Les hommes d’affaires peuvent-ils réussir là où les politiques ont échoué ?

Hichem Elloumi : Je suis très optimiste. La participation massive des entrepreneurs maghrébins à ce forum montre leur volonté de se positionner sur la scène régionale, dans tous les domaines : industrie, services, énergie, transport ou logistique. Je suis convaincu que le secteur privé peut relever de grands défis.

Au Maghreb, l’initiative n’est pas vraiment libre en matière d’investissements

La fermeture des frontières entre le Maroc et l’Algérie reste la principale entrave à tout projet d’union économique. Peut-on envisager des avancées malgré ce contexte ?

Tout le monde souffre de cette situation, aussi bien les populations de ces pays que leurs économies, qui accusent chaque année un manque à gagner de 2 à 3 points de PIB. Il est grand temps que cela change. Mon rêve le plus cher – et je suis sûr que je ne suis pas le seul -, c’est de voir disparaître les frontières. Non seulement entre l’Algérie et le Maroc, mais entre tous les pays de la région.

Les échanges intramaghrébins ne dépassent pas 3 % de l’ensemble des flux commerciaux de la région. En dehors de ces frontières fermées, comment l’expliquer ?

La raison est simple : il n’y a pas d’accord de libre-échange entre les cinq pays [de l’Union du Maghreb arabe : Maroc, Algérie, Tunisie, Libye, Mauritanie]. Certes, on a la Zone arabe de libre-échange, l’accord d’Agadir [entre le Maroc, la Tunisie, l’Égypte et la Jordanie] ou de nombreux accords bilatéraux. Mais ces dispositifs comportent des freins, voire des aberrations. Par exemple, dans certains pays, plusieurs produits sont taxés à l’entrée alors que d’autres ne les taxent pas.

Les investissements intramaghrébins représentent à peine 1 % des investissements directs étrangers attirés par la région. Manque d’opportunités ou désintérêt ?

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L’initiative n’est pas vraiment libre dans nos pays. En Tunisie, tout investissement à l’étranger est plafonné, ce qui ne nous permet pas de nous engager dans des projets industriels hors de nos frontières. Et de telles limites existent dans tous les pays de la région. Les banques centrales et les réglementations des changes brident donc l’investissement, sous prétexte qu’il risque de peser sur les réserves de change. Il s’agit d’un mauvais calcul car, même si on doublait aujourd’hui les investissements intramaghrébins, leur volume resterait insignifiant.

Votre groupe, né en Tunisie, est pourtant présent au Maroc et en Europe. Comment avez-vous réussi à contourner cette réglementation ?

La question n’est pas de la contourner, mais de trouver la bonne formule pour se développer à l’international. En général, le mieux est de commencer petit. Ainsi, quand nous avons décidé de nous implanter au Portugal, nous avons fait un investissement de 300 000 dinars [138 000 euros], que nous avons appuyé par un crédit bancaire local. Au Maroc, la mise de départ était plus importante. C’est pourquoi nous sommes passés par plusieurs sociétés du groupe [Elloumi] pour consolider l’investissement.

De plus, notre politique est de toujours réinvestir les bénéfices que nos activités génèrent à l’étranger. On commence donc petit, on se développe, et ce qu’on gagne, on le réinjecte. C’est la force des groupes familiaux, qui ne cherchent pas forcément une rentabilité immédiate.

Pourquoi le Maroc ?

Beaucoup de nos clients y sont installés. Or l’industrie automobile fonctionne à flux tendu. Ils nous ont donc demandé d’implanter nos unités à proximité de leurs sites de production.

Quel bilan dressez-vous de cet investissement ?

Très satisfaisant. En 2000, nous exportions à partir de la Tunisie pour à peine 1 million d’euros. Grâce à notre implantation au Maroc, nous sommes passés à 200 millions d’euros aujourd’hui. Nous ne sommes pas venus au Maroc pour fuir la Tunisie ou délocaliser nos activités, mais pour atteindre de nouveaux paliers de croissance.

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