Politique

Espionnage : le « PegasusGate » est aussi africain

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Par  Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Damien Glez

© Damien Glez

Dans le scandale mondialisé de l’espionnage massif de journalistes ou activistes via le logiciel Pegasus, l’Afrique n’est pas en reste… 

L’Africain lambda a toujours la nette impression que son continent n’est « in » que dans le pire et « out » que dans le meilleur. « Out » dans l’accès aux vaccins anti-Covid qu’il a du mal à dupliquer lui-même et « in » dans l’insécurité avec, d’après l’édition 2021 du Global Peace Index, cinq pays parmi les dix les moins pacifiés de la planète. Même lorsque le cynisme politique se fait « high tech », l’Afrique est dans la place. C’est ce que tend à démontrer le récent « PegasusGate »…

C’est le 18 juillet dernier qu’un consortium de dix-sept rédactions coordonnées par la plateforme Forbidden Stories, en collaboration avec le Security Lab d’Amnesty International, annonçait qu’environ 50 000 numéros de téléphone avaient été les cibles d’un puissant logiciel espion distribué par l’entreprise israélienne NSO Group. Connu sous le nom de Pegasus, le programme malveillant infecte aussi bien les iPhones que les appareils Android, et permet aux opérateurs de siphonner, en sourdine, des localisations, des messages, des photos, voire des captations inopinées d’appels ou de visuels via l’activation secrète de microphones et de caméras.

Trois pays africains accusés

Officiellement destiné à confondre les criminels et les terroristes, le logiciel se serait retrouvé entre les mains de pays au bilan douteux en matière de droits de l’homme et aux intentions peu compatibles avec le respect de la vie privée et du secret professionnel. Dans des pays comme la Chine ou l’Azerbaïdjan, la majorité des cibles du logiciel intrusif auraient été journalistes, opposants, avocats ou défenseurs des droits de l’homme.

L’Algérie, la RDC, l’Égypte, le Maroc, l’Ouganda, le Rwanda et le Togo figurent dans l’accablant palmarès du « PegasusGate »

Partie émergée de l’iceberg ? L’Agence France-Presse évoque déjà 180 hommes et femmes de presse, 600 politiciens, 85 militants des droits humains ou encore 65 chefs d’entreprise. Or, certaines cibles de cet espionnage massif ont été contraintes à l’exil, voire assassinées, comme l’emblématique Saoudien Jamal Khashoggi

La sophistication technologique serait-elle hors de portée de régimes africains dont certains aiment faire vibrer la corde sensible de budgets nationaux trop étriqués pour satisfaire les besoins sociaux de base ? Pas sûr, si l’on en croît l’enquête du consortium de journalistes. Sous réserve de confirmation des données et de démonstration du cadre d’utilisation, trois pays du continent figurent dans l’accablant palmarès du « PegasusGate » :  le Maroc, le Rwanda et le Togo. Il y a quelques années, c’est l’entreprise de logiciels basée en Italie Memento Labs que Reporters sans frontières avait accusé d’avoir permis le hacking de journalistes d’Éthiopie et du Maroc.

L’heure est aux dénégations, à commencer par celles de la société NSO Group qui affirme n’avoir vendu son logiciel espion qu’à des « gouvernements approuvés » qui seraient au nombre de 36. La bien attentionnée entreprise de sécurité informatique auraient-elle été victime d’un piratage informatique ?

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