Société

Le Maroc implique les entreprises dans la lutte contre le changement climatique

Mis à jour le 28 juillet 2021 à 12:36
Nabila Alaoui

Par Nabila Alaoui

Juriste marocaine, docteur en droit public

En 2016 à Marrakech, lors de la COP 22.

Si le royaume participe à la lutte internationale contre le réchauffement climatique, il se distingue en associant le monde économique et la société civile à ce combat. Au point d’en faire une nouvelle voie de développement.

Tout comme la communauté internationale, le Maroc a conscience de l’impact écologique du changement climatique avec la dégradation de ses ressources naturelles et leur coût, la pression exercée sur l’eau et sur les écosystèmes déjà très fragiles, la pollution de certains cours d’eau, la dégradation de la qualité de l’air dans les grandes villes, les menaces qui pèsent sur le littoral par la mer, l’érosion et la désertification de certaines de ses régions.

Mais là où beaucoup de pays voient une obligation d’adaptation du fait des répercussions évidentes du changement climatique, le Maroc envisage aussi la possibilité d’améliorer la qualité de vie de ses concitoyens d’un point de vue écologique, économique et sociétal.

À cet effet, le royaume a mis en place une stratégie d’adaptation climatique au niveau national en lui donnant une valeur constitutionnelle (article 31) et en faisant de la poursuite des objectifs de développement durable (ODD) une priorité politique.

À travers un Plan d’action nationale pour l’environnement consacrant le développement durable en tant que droit pour tous les citoyens (promulgation de la loi-cadre 99-12 portant Charte nationale de l’environnement et du développement durable-1995), l’élaboration d’une Stratégie nationale de développement durable (SNDD), ainsi qu’en ratifiant en 1995 la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), le Protocole de Kyoto en 2002, l’Accord de Paris en 2016 et, enfin, en organisant à Marrakech la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques (COP 22), le Maroc participe activement aux efforts déployés pour préserver la planète.

Prise de conscience

Mais établir un cadre juridique et institutionnel ne suffit pas. C’est pourquoi le royaume inscrit sa démarche dans un cadre plus large en associant à sa vision les entreprises et les différentes composantes de la société civile. Depuis plusieurs années, un grand effort de sensibilisation a été fait en ce sens sur le plan éducatif, à travers la communication et l’information, en associant médias, ONG et partenaires sociaux. Une prise de conscience des enjeux à venir et un changement durable de comportements se dessinent.

La SNDD, lancée en 2013 par le ministère de l’Énergie, des Mines et du Développement durable, s’est basée sur une approche participative incluant toutes les parties prenantes (secteur public, opérateurs privés et société civile). Engagés dans une logique de responsabilité sociétale d’entreprise (RSE), les opérateurs privés sont incités à se positionner en faveur de la protection de l’environnement, vecteur de durabilité dans leurs lieux d’implantation.

L’Office national de l’électricité et de l’eau potable (Onee) a créé en 2016 la plus grande centrale solaire d’Afrique à Ouarzazate ainsi qu’un immense parc éolien réparti entre le nord et le sud du Maroc en partenariat avec des sociétés privées. Plusieurs projets ont également été initiés par la Société anonyme marocaine de l’industrie du raffinage (Samir). Ils mettent en place un plan d’action environnemental comportant un ensemble d’objectifs à court et moyen termes. La grande majorité est de type préventif et concerne des innovations dans les procédés de fabrication ou dans la gestion des installations s’accompagnant d’économies ou de récupération d’énergie visant la réduction des émissions atmosphériques.

La grande force du royaume a été de démontrer à ces partenaires économiques que si les actions de lutte contre le changement climatique étaient une nécessité écologique, elles sont aussi une opportunité pour tous en matière de rentabilité et de viabilité économiques ainsi que de modernité (par l’utilisation de technologies nouvelles et moins polluantes) et s’inscrivent dans une stratégie d’adaptation au changement climatique avec, pour objectif final, l’amélioration de la qualité de vie des Marocains, acteurs primordiaux de cette transformation.