Économie

L’heure du cloud africain a-t-elle sonné ?

Réservé aux abonnés
Mis à jour le 23 juillet 2021 à 10:32

Un technicien informatique travaille au milieu de serveurs.e © Getty

Alors que le marché des datacenters accélère sur le continent, l’enjeu pour les investisseurs du secteur est de convaincre le maximum d’acteurs économiques des bienfaits de la dématérialisation.

Héberger les données de l’entreprise à l’extérieur de ses murs n’est pas encore perçu comme naturel ou facile d’accès pour les décideurs africains.

C’est du moins ce que conclut une étude menée par le cabinet de conseil international EY sur l’informatique dématérialisée (ou cloud computing) en Afrique, entre septembre 2020 et mars 2021, auprès de 89 entreprises enregistrant 10 millions d’euros de chiffre d’affaires minimum. Si 75 % du panel interrogé confirme avoir recours au cloud, les usagers se contentent généralement d’une utilisation basique de cette technologie.

Outils bureautiques plutôt qu’hébergement de données

Les recours aux logiciels en tant que services (Software as a service ou Saas) comme Microsoft 365, spécialisé dans les outils de bureautique, ou le logiciel de gestion de clients SAP, sont plus courants que l’hébergement de données à distance, qui requiert la définition de véritables stratégies à long terme. Sur ce point, les entreprises privées sont plus avancées que les administrations publiques.

Selon le document produit par EY, plusieurs causes freinent l’adoption rapide des solutions cloud. « Le premier défi auquel sont confrontées les entreprises dans l’adoption du cloud est en réalité un facteur externe : la réglementation », indiquent Moez Braham, Oussama Chibani, Jean-Pierre Mendy, et Trésor Nkanga, les trois consultants d’EY auteurs de l’étude.

Qu’elles manquent de clarté ou qu’elles soient inexistantes, les réglementations représentent le principal frein à l’adoption du cloud pour 58 % des entreprises interrogées, devant la sécurité des données et une infrastructure réseau pas assez robuste pour supporter les solutions.

Un marché du cloud qui accélère

En Afrique, la capacité de la bande passante a pourtant doublé entre 2017 et 2020, selon des données fournies en 2020 par le cabinet spécialisé Xalam Analytics pour l’Association africaines de datacenters (ADCA). D’après la même source qui estime que le marché est « entré en phase de croissance accélérée », 85 entreprises évoluent dans ce secteur et gèrent un total de 80 datacenters à travers le continent. La plupart d’entre eux sont implantés en Afrique du Sud, qui capte pour le moment 70 % du marché continental.

Si la pénétration des services cloud dans les entreprises reste timide, les investisseurs internationaux, galvanisés par la sophistication des usages et la pénétration croissante d’internet, parient néanmoins sur une adoption large à moyen terme et n’hésitent plus à soutenir à coups de centaines de millions de dollars d’importants acteurs de l’infrastructure tels qu’Africa Data Centres, Rack Centre ou PAIX.

De grands fonds d’investissement aux manettes

Détenu en majorité par l’opérateur Econet du milliardaire zimbabwéen Strive Masiyiwa, le premier fait partie des pionniers du secteur avec le sud-africain Teraco. Il a levé plus de 300 millions de dollars en décembre 2020 auprès d’investisseurs institutionnels comme IFC ou le britannique CDC, tandis que le fonds britannique Actis a pris le contrôle du nigérian Rack Centre en injectant 250 millions de dollars dans la société qui compte pour le moment un unique centre de données à Lagos.

L’entreprise dirigée par Ayotunde Coker vient d’ailleurs d’annoncer le début des travaux visant à doubler la capacité de son infrastructure à Lagos. Le projet doit coûter 100 millions de dollars et être finalisé en 2022.


>>> À lire sur Jeune Afrique Business+ : Africa Data Centres investit 100 millions de dollars pour sa nouvelle infrastructure à Lagos 


Raxio Group, qui a bénéficié d’un financement du gestionnaire d’actif Meridiam fin mars à hauteur de 48 millions de dollars a annoncé début juillet son implantation au Mozambique après de précédents investissements en Ouganda, en Éthiopie et en République démocratique du Congo.

À Kinshasa, l’infrastructure de 400 baies (racks) de serveurs sera inaugurée en juin 2022. Le premier datacenter de Tier III (l’un des plus haut standard international) installé près de Maputo, la capitale mozambicaine, devrait également être opérationnel en 2022. L’entreprise américaine pilotée par Robert Mullins a également indiqué qu’elle investirait prochainement en Côte d’Ivoire et en Tanzanie.

Challengers sérieux

À ses côtés, de nouveaux opérateurs apparaissent. Ils sont parfois issus des télécoms pures comme Sonatel en Afrique de l’Ouest, TelOne au Zimbabwe ou Angola Cables qui, outre la gestion de câbles internet sous-marins, opère également un data center de Tier I à Luanda.

D’autres, comme l’ivoirien West Africa Data Bridge – également présent au Bénin -, l’égyptien GPX, le marocain N+One ou le nigérian Galaxy Backbone sont créés de toutes pièces. Enfin certains acteurs sont des émanations de groupes diversifiés. C’est le cas du tunisien Dataxion, créé par Unipack qui est lui-même une branche du conglomérat Poulina, fondé en 1967 par Abdelwahab Ben Ayed.

Le dernier signe qui scelle définitivement l’engouement pour le cloud africain s’observe en Afrique du Sud. Au Cap, Amazon Web Services (AWS) qui dispose déjà de bureaux dédiés au développement de nouveaux services cloud, a signalé en avril qu’il installerait son siège africain sur une superficie de 70 000 mètres carrés et pour un investissement de 4 milliards de rands (plus de 230 millions d’euros). S’il doit permettre de créer plus de 5 000 emplois directs, le projet fait néanmoins l’objet de contestations locales.