Économie

E-commerce : Sokowatch veut battre Jumia en Afrique de l’Ouest

Réservé aux abonnés
Mis à jour le 19 juillet 2021 à 11:51

Daniel Yu estime que Sokowatch est parvenu à identifier les réels besoins des consommateurs. © sokowatch.com

La plateforme Sokowatch, présente au Kenya et au Rwanda, mise sur le commerce informel et cible la Côte d’Ivoire et le Sénégal.

Depuis Kigali où il est installé, Daniel Yu, DG et fondateur de Sokowatch, pense pouvoir devancer son concurrent Jumia  en s’adaptant aux contraintes et aux spécificités des marchés africains. Jumia, souvent surnommé, à tort selon Yu, l’« Amazon de l’Afrique » n’aurait pas les capacités de répondre correctement aux besoins de la vente de détail sur le continent.

Les objectifs ouest-africains de l’entreprise, très présente au Kenya, ainsi qu’en Tanzanie et en Ouganda, sont bien définis. Elle s’implantera au Sénégal en 2022 et en Côte d’Ivoire d’ici à la fin de l’année. Cette dernière mission est déjà en cours : l’entreprise a créé une filiale et compte déjà des employés sur place. La plateforme dessert à ce jour près de 24 000 détaillants, dans quatre pays est-africains (Kenya, Rwanda, Tanzanie et Ouganda).

Sokowatch, un modèle plus adapté ?

Pour pouvoir passer une commande en ligne chez son concurrent, note le management de Sokowatch, plusieurs conditions doivent être remplies : le client doit d’abord avoir un téléphone suffisamment puissant pour se connecter. Il doit ensuite avoir une adresse facilement identifiable pour pouvoir être livré. Enfin, quand la commande arrive il faut qu’il puisse payer tout de suite, en liquide de préférence.

Un scénario totalement irréaliste pour Daniel Yu, excepté dans le cas de l’élite urbaine de ces pays.

Sokowatch garantit la livraison dans la journée

Daniel Yu estime que Sokowatch est – à l’inverse – parvenu à identifier les réels besoins des consommateurs. Selon lui, les clients africains veulent principalement des produits de première nécessité, non périssables, comme par exemple le riz, le maïs, la farine, le sucre ou encore le savon.

Or ces produits sont le plus souvent achetés dans des petits magasins locaux qui n’ont pas accès à des chaînes d’approvisionnement efficaces. Les commerçants doivent se rendre physiquement chez leurs grossistes et ramener la marchandise eux-mêmes, en laissant leur boutique sans surveillance.

Sokowatch promet justement une solution facile et efficace à ces petits commerçants, en leur garantissant la livraison dans la journée.

Quand Jumia propose des milliers d’articles dans son catalogue, Sokowatch s’est volontairement limité à une centaine de produits de base, ce qui permet d’assurer une meilleure gestion des stocks et des délais de livraison. Ce modèle a « un énorme potentiel pour capter le pouvoir d’achat de ce marché de masse », résume Daniel Yu.

Sokowatch a en outre su profiter du Covid-19, qui a fortement stimulé le e-commerce, les particuliers ayant toujours besoin de se procurer des produits de première nécessité. Par rapport à l’an dernier, le montant des commandes passées a même été multiplié par 10, contrairement aux progrès jugés moins importants de la concurrence, laissent entendre les équipes de la start-up est-africaine.

Une stratégie de paiement « unique »

Au niveau du paiement, Sokowatch accorde un délai d’une semaine à ses clients, « ce qui est unique sur le marché » du e-commerce. Le risque de non-paiement est relativement faible pour l’entreprise, Daniel Yu présentant même un taux de 99% de remboursement.

Un risque minime donc, et ce grâce à l’analyse de l’historique des commandes et des paiements du commerçant. C’est en fonction de ces deux éléments que les montants des crédits sont octroyés. L’entreprise n’a ainsi selon son DG qu’un « petit » montant de crédits en souffrance, montant « insignifiant » par rapport au niveau de ses fonds propres. Si un magasin ne paie pas, malgré toutes les vérifications faites au préalable, il ne pourra tout simplement plus repasser une commande par la suite.

Ambitions boursières

L’an dernier, plusieurs investisseurs, parmi lesquels Quona Capital, Amplo, Breyer Capital, Vertex Ventures, Timon Capital et 4X Ventures, ont participé à une levée de fonds de 14 millions de dollars (11,8 millions d’euros) de Sokowatch. Daniel Yu reste le principal actionnaire individuel de l’entreprise mais ne détient désormais plus de participation majoritaire.

Pour le fondateur de la start-up, l’objectif à long-terme est d’introduire d’ici à cinq ans Sokowatch à la bourse américaine Nasdaq, deuxième place boursière du monde.

Sur le plan environnemental, l’entreprise a mis en place plusieurs tuk tuks électriques, une première sur le continent. Elle a même annoncé vouloir mettre plus de véhicules de ce type en circulation dans le futur.