Politique

Algérie : quand les islamistes rejoignent l’opposition

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Par - à Alger
Mis à jour le 17 juillet 2021 à 17:49

Abderrazak Makri, le président du parti politique algérien MSP, participe à un rassemblement de campagne avec ses partisans à Alger, le 8 juin 2021. © RYAD KRAMDI/AFP

Conscients que leur influence dans le jeu politique a décliné ces dernières années, le Mouvement pour la société et la paix et le Front de la justice et du développement tentent de retrouver de la hauteur dans le camp opposé à la majorité présidentielle.

Largement boycotté, le scrutin législatif du 12 juin dernier a été aussi marqué par une perte de vitesse de la mouvance islamiste qui n’a pas pu s’imposer comme première force politique du pays.

Quinze jours auparavant, le président du Mouvement pour la société et la paix (MSP), Abderrazak Makri, se montrait pourtant confiant sur ses chances de rafler la majorité des voix des électeurs, allant jusqu’à dévoiler son ambition de devenir Premier ministre et de voir le poste de président de l’Assemblée nationale, troisième personnage du pays, dévolu à un membre de sa formation.

« Nous voulons être au pouvoir, pas sa façade »

Avant même la proclamation des résultats définitifs, le chef de la première formation politique islamiste, proche des Frères musulmans, a revendiqué la victoire dans au moins 23 wilayas (préfectures), mettant en garde contre les tentatives de fraude. Avec finalement 65 sièges remportés, le MSP a dû se contenter de la deuxième place qui lui laissait tout de même espérer une participation importante au gouvernement. Mais le 7 juillet dernier, parmi les 17 nouveaux ministres qui ont fait leur entrée au gouvernement, un seul était issu de la mouvance islamiste, Yacine Merabi.

Le mouvement islamo-conservateur El Bina a ainsi intégré l’exécutif avec le maigre butin du ministère de la Formation et de l’Enseignement professionnel. Le Front de la justice et du développement (FJD) a lui carrément été écarté de l’équipe gouvernementale, alors que le MSP, qui s’est d’abord déclaré ouvert à une participation au gouvernement sous conditions, a finalement fait machine arrière.

Le scrutin législatif a remis en selle des formations politiques, socles de l’ancienne « alliance présidentielle »

« Nous voulons être au pouvoir, pas sa façade », a argué le 30 juin Abderrazak Makri au lendemain de sa rencontre avec le président Tebboune, dans le cadre des consultations engagées avec les partis politiques vainqueurs de l’élection législative, en vue de la formation d’un nouveau gouvernement. Visiblement désabusé après sa rencontre avec le président, le chef du MSP n’a pas manqué de dresser un bilan négatif de ces consultations.

« La présidence a réclamé 27 noms parmi lesquels quatre ou cinq devaient être retenus pour des postes de ministres. Nous n’avions [pas] la latitude d’imposer des noms ou des postes », a-t-il affirmé, regrettant que les autorités « n’aient pas changé de mode de gestion malgré le Hirak ».

Alors que le pays renouvelait ses députés, les scores enregistrés par le MSP (65 sièges), le mouvement El Bina (39 sièges) et le FJD (2 sièges) dans une Assemblée nationale comptant 407 parlementaires, ne leur ont pas permis d’avoir un impact sur les orientations du nouveau gouvernement.

Le scrutin législatif a plutôt remis en selle des formations politiques, socles de l’ancienne « alliance présidentielle » tel que le Front de libération nationale (FLN) ou le Rassemblement national démocratique (RND). « Notre option, au début, était de participer au prochain gouvernement mais en cas de majorité parlementaire et non pas en cas de majorité présidentielle. Nous avons par la suite compris que les autres partis qui ont gagné ces législatives [FLN, RND, El Bina, en plus des indépendants] vont finalement former une majorité présidentielle », soutient le président du MSP Abderrazak Makri.

Le chef du MSP met le score de son parti sur le compte d’une « double fraude électorale »

La nouvelle Constitution, amendée en novembre 2020, prévoit la désignation du Premier ministre par l’opposition si cette dernière obtient la majorité parlementaire, ou sa désignation par le président de la République en cas de majorité présidentielle à l’Assemblée. Toute la différence est là pour Abderrazak Makri qui convoitait depuis de long mois ce poste.

Dans l’opposition mais…

Pour lui, si le MSP n’a pu être majoritaire à l’Assemblée populaire nationale (APN, chambre basse du Parlement), c’est à cause de « la double fraude électorale »: celle de certains partis qui ont bourré les urnes et qui se sont accaparés des bureaux de vote, et celle – constante – de certaines forces, des résidus de la bande et des réseaux du système du président déchu Bouteflika.

Makri veut désormais inscrire son parti dans l’opposition, mais soutiendra le président Tebboune sur quatre axes « prioritaires », selon ses termes : le développement socio-économique, la résistance aux « forces étrangères » et « colonialistes », l’unité nationale et la « défense de l’identité nationale ».

Pour marquer son territoire, il prend pour cible le nouveau gouvernement d’Aymen Benaderrahmane, dont il estime que la composition « démontre l’absence de vision économique. Il est sous l’emprise de minorités pour lesquelles le peuple n’a pas voté ».

Abdallah Djaballah, le président du FJD, s’est lui aussi attaqué au nouvel exécutif, en mettant en doute sa capacité à enrayer les multiples crises auxquelles fait face le pays. Il explique la déroute de son parti au dernier scrutin législatif par un taux d’abstention élevé, y compris parmi ses militants qui ont dérogé à la traditionnelle discipline partisane.