Politique

RDC : l’activisme diplomatique de Félix Tshisekedi est-il payant ?

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Mis à jour le 17 juillet 2021 à 16:00

Le président rwandais Paul Kagame accueille le président de la RDC Félix Tshisekedi au poste frontière de la Grande Barrière à Rubavu, au Rwanda, le 25 juin 2021. © SIMON WOHLFAHRT/AFP

Conseil de sécurité, UA, SADC, relations avec le Rwanda, l’Ouganda, le Burundi… Félix Tshisekedi a fait du retour de la RDC sur la scène diplomatique l’une de ses priorités. Mais s’il engrange plusieurs succès, cette stratégie de reconquête subit aussi quelques échecs.

« Je souhaite impulser une meilleure présence de notre pays dans les instances internationales, à la hauteur de notre vocation naturelle ». Le jour de son investiture, le 24 janvier 2019, Félix Tshisekedi avait promis le retour de la RDC dans le concert des nations, affichant sa volonté de « redynamiser » la présence de Kinshasa dans les organismes multilatéraux.

Deux ans et demi plus tard, le bilan du président congolais, sur ce point, est indéniablement positif. Au point que, dans son discours à la nation du 30 juin dernier, ce dernier n’a pas hésité à se féliciter d’une « première étape dans la quête d’une renaissance et d’une requalification des objectifs de notre diplomatie, désormais proactive et tournée vers le développement et la paix. »

Volontarisme

De la Communauté des États de l’Afrique de l’Est (EAC), dont la RDC est officiellement devenue l’un des pays membres en février dernier, à l’Union africaine dont Félix Tshisekedi est le président en exercice depuis janvier 2021, en passant par la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC), la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), la Conférence internationale sur la région des grands lacs, (CIRGL), et même au sein de l’ONU, la diplomatie congolaise est à l’offensive sur de nombreux fronts.

Un volontarisme qui a parfois donné lieu à quelques couacs. Ce fut en particulier le cas lorsque Tshisekedi a tenté de peser de tout son poids pour obtenir le siège de membre non permanent au Conseil de sécurité de l’ONU, réservé à l’Afrique centrale à partir de 2022. Relancée fin mai, la candidature de la RDC – qui avait initialement été déposée en 2019 – a finalement été retirée, une semaine plus tard, au profit de celle du Gabon, que l’Union africaine soutenait officiellement depuis février. Un acte de « bonne diplomatie », arguait alors une source proche du chef de l’État congolais, soulignant que « le président en exercice de l’UA ne peut pas être celui qui bafoue les règles de l’organisation ».

Dans la région, également, la diplomatie de la RDC a radicalement changé de visage. Kinshasa entretient désormais des relations plus apaisées avec Kigali et Kampala, alors que le Rwanda et l’Ouganda, qui ont soutenu des rébellions œuvrant en territoire congolais à la fin des années 1990 et au début des années 2000, étaient jusque-là considérés comme en partie responsables de l’insécurité dans l’Est.

L’heure est désormais à l’ouverture et à la coopération. Fin mai, le vice-Premier ministre congolais Christophe Lutundula Apala et le ministre des Infrastructures Alexis Gisaro Muvunyi se sont rendus à Kampala, où ils ont signé avec Yoweri Museveni un accord intergouvernemental portant sur la construction de trois axes routiers, en vue de faciliter les échanges entre les deux pays.

Fin juin, après une rencontre de deux jours entre Félix Tshisekedi et Paul Kagame à Goma, la RDC et le Rwanda ont signé trois accords commerciaux portant sur la protection des investissements entre les deux pays, l’harmonisation fiscale et l’exploitation de l’or. Des accords similaires ont été conclus avec le Burundi, mercredi 14 juillet, à l’occasion de la visite d’Évariste Ndayishimiye à Kinshasa. Outre les accords commerciaux, les présidents burundais et congolais ont également signé un accord portant sur le développement, le maintien et le renforcement de la paix, de la défense et de la sécurité.

La RDC est aujourd’hui au centre de la politique régionale et internationale

« Lorsque Félix Tshisekedi est arrivé au pouvoir, le pays était isolé à tous les niveaux. Le bureau de l’Union européenne était fermé, nous n’étions plus en relation directe avec nos voisins, les liens étaient rompus au niveau régional autant qu’au niveau de l’Union africaine », insiste Claude Ibanlanky, coordonnateur du Mécanisme national de suivi de l’accord cadre d’Addis-Abeba. « Deux ans après, la RDC est aujourd’hui au centre de la politique régionale et internationale et ce, de manière très active. L’objectif est clair : ouvrir le pays, quitter l’isolement. »

Corriger l’image de « figurant »

Félix Tshisekedi, le 13 janvier 2021, lors d’une réunion du Bureau de la conférence des chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine.

Félix Tshisekedi, le 13 janvier 2021, lors d’une réunion du Bureau de la conférence des chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine. © DR / Présidence RDC

Mais cet activisme ne s’avère pas franchement payant. « Contrairement aux apparences, le pays ne dispose pas de stratégie élaborée en matière de politique extérieure », estime, sous couvert d’anonymat, un diplomate chevronné. Notre source souligne que, si Félix Tshisekedi assume les fonctions de président en exercice de l’UA, et qu’il sera – après en avoir pris la vice-présidence en août – , président en exercice de la SADC en 2022, « c’est plus grâce au jeu des rotations qu’à une réelle bataille destinée à convaincre de la capacité du pays à assumer ses fonctions. »

« Il ne suffit pas d’accéder à la tête d’une organisation intergouvernementale, encore faut-il y imprimer sa marque, à travers une politique de « smartpower » dont la RDC peine à faire montre », estime en écho un diplomate occidental, qui juge que « Kinshasa peine à corriger son image de “figurant” ».

L’intense lutte qui se joue actuellement autour du poste de secrétaire exécutif de la SADC en est l’un des exemples. Félix Tshisekedi défend la candidature de Faustin Luanga Mukela, face au Botswanais Elias Magosi. Le président congolais a notamment pris langue avec les chefs d’État des cinq pays membres du jury qui devra trancher – les chefs d’État du Mozambique, de la Tanzanie, du Malawi, de l’Eswatini et de l’Angola – pour plaider en faveur de son poulain. Il a également accordé à Faustin Luanga Mukela le statut d’ambassadeur itinérant, pour lui faciliter la prise de contact avec les autorités desdits pays.

Mais le président botswanais, Mokgweetsi Masisi, ne s’avoue pas vaincu, espérant capitaliser sur les relations parfois difficiles de la RDC avec ses voisins angolais, tanzaniens et zambiens, pour tenter d’imposer son candidat.

Il faut aller au-delà de la quête de postes honorifiques

En 1998, l’adhésion de la RDC – censée relever exclusivement de la CEEAC – à la SADC était, en premier lieu, liée à des considérations géopolitiques, dans un contexte de conflictualité à dimension régionale : la deuxième guerre du Congo, qui a vu des troupes du Rwanda, du Burundi et de l’Ouganda intervenir dans l’est du pays. Aujourd’hui, l’enjeu principal pour Kinshasa est de parvenir à mobiliser l’instance sous-régionale dans le combat que le pays mène contre les ADF. Mais deux ans après l’appel de Félix Tshisekedi à la formation d’une « coalition régionale » face à ce groupe armé qui s’est récemment réclamé de l’État islamique, les avancées sont plus que timides.

Dans le cas de l’EAC, l’adhésion de la RDC a été annoncée dès l’investiture de Tshisekedi. Les effets concrets de l’intégration au sein de cet espace économique ne se sont pas encore fait sentir. « L’aptitude de la RDC à parvenir à s’intégrer dans l’union douanière de cette communauté économique régionale, qui n’a pas été préparé en amont, pose question », estime Martin Ziakwau, enseignant à l’Institut facultaire des Sciences de l’information et de la Communication. Et le spécialiste des relations internationales de conclure : « Il faut repenser la stratégie diplomatique pour permettre le rayonnement du pays et l’accroissement de l’influence congolaise. Il faut aller au-delà de la quête de postes honorifiques. »